Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Lundi 17 mars 2008

ME VOICI sur un plateau venteux, en promontoire des vallées montagneuses qui se découpent dans le lointain.

Région au climat doux. L'on pense aux Alpes du Sud, "Sils Maria"
ou "la Campanie". arrière-pays Niçois. Si cher au cœur de Nietzsche.

Cette aire sauvage, aux buissons d'épineux, et hautes herbes,
semble le lieu d'élection des rapaces.
Cet endroit n'évoque-t-il pas aussi ces domaines de grandes chasses, des indiens d'Amériques ?
AMATEURS DE PLUMES D'AIGLE POUR orner LEUR COUVRE-CHEF
ET ANIMAL TOTEMIQUE central dans leur mythologie.

La tradition veut qu'un Indien se doive de peindre un rêve sur la toile de son tipi. Lors de son départ, le motif est acquis très cher par les guerriers de la tribu. On porte haut, ici, la valeur de ces rêves divinatoires et révélateurs.

Je souligne à ma partenaire la variété des spécimens rencontrés.
Ici un vol soudain, proche de nos têtes... et lui décille les yeux, niant l'identique et affirmant, car c'est bien de différents types dont les plumages, les faciès, les couleurs de ces oiseaux témoignent.

Plus loin, dans un village, après une errance dans les ruelles,
me voici dans une bibliothèque où un homme feuillette en notre compagnie, un "in folio" grand format, ouvrage du XIXe siècle semble-t-il, reliure en parchemin ou peau de chagrin au plat fileté d'un cadre doré.

La page de garde est pourpre, puis l'intérieur se dévoile et des "similigravures", phototypies soignées, mais dont la chromie reste celle des premières conquêtes, occupent la "belle page" :
soit un couchant style "grand espace américain et lac dans son miroir...".

Nous parvenons à une gravure, dont la "marie-louise”, scandée de filets d'or fin et de bandeaux exfoliés, concentriques, aux teintes "pistaches", isole le visage d'un homme, celui d'un notable "gentleman-farmer" souriant et malicieux, non sans distinction.

Légende : "le Marquis d'Ombrebise."

A par moi, je réalise, que, de ce fait, j'ai franchi et apprivoisé les réticences des autochtones, et suis l'élu de cette consultation d'initiés.

Cadre pour rehausser l'aménité, la distinction et la décontraction (Je crois que c'est le visage de William Faulkner... dans la mouvance... Maurice Genevoix, peut-être Mallarmé !...Julien Gracq, un officier de 14...). d'un homme, Dieu bienveillant.

Ses origines rurales indubitables, son style "Français" ne font aucun doute, le tout ennoblit et raréfié par des générations successives pour proposer ce portrait "policé", courtois, souriant et malicieux. Plante de serre.

Loin de la brutalité quotidienne,
de la vulgarité du bas peuple, de la haine ordinaire.

Est-ce l'oiseleur ?

Rêve-texte de François Egler – Graphiste, Studio de Création Melody à Cergy le Haut

par Mots migrateurs publié dans : Essai
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Vendredi 6 avril 2007

Il est venu un soir croiser notre route. Il n’avait qu'une envie, celui de vivre comme tout le monde, intégré "comme ils disent"....
Immigré, Joshua vit en France depuis des années, sans papiers, c’est un clandestin du quotidien. Ce n'est pas l'aumône qui lui faut, encore moins la pitié, juste un regard, un job, un moment de reconnaissance, une main tendue.

Il a voulu participer à notre vie associative. Faire du théâtre, montrer qu'il sait écrire, lire... parler, jouer le Français parfois mieux que nous autres.
Il a tellement de choses à dire sur ces années d'errance entre l'Afrique et la France.
Pouvons-nous seulement imaginer ce que c'est, que de ne pas avoir d'identité sur un sol étranger ?
La peur d'être arrêté, aucune sécurité, être à la marge, au marché noir,... heureusement un peu de famille pour vous héberger et vous nourrir. Tout est mélangé. Le désir de rester en France, traditionnellement  terre d'asile et de libertés, parce que revenir au pays, c'est très probablement retrouver les violences ethniques et la torture au bout du voyage. L'incompréhension devant ce beau pays, toujours la France, qui perd la tête, qui ne sait plus accueillir les étrangers, qui traque les sans-papiers, ferme les yeux et les oreilles, et les renvoie par charters entiers à la prison ou à la mort.

Un jour, vous apprenez que Joshua est en garde-à-vue. Faisant l'objet d'un Arrêté de Reconduite à la Frontière. Les mots vous manquent. Il fait Appel.
Au tribunal, il est introduit menotté, entre trois policiers, comme un meurtrier ou un prisonnier. Vous avez envie de crier à l'injustice ... mais vous manquez d'air.
Pourtant son attitude est déterminée. Résister jusqu'au bout.

Il est là, menotté,
sa dignité d'homme
réduite en poussière
au fond de sa poche
au fond de son coeur
Il avance
avec le couperet
d'être expulsé,
de mourir sur son sol natal.

Un sans papiers.
Pourquoi tant d'inhumanité?

Poème de Paula Gonçalves
 
L'avocate à beau dire que son client est parfaitement intégré à notre société, que depuis des années, Joshua essaye par tous les moyens de mener une vie normale sur le sol français, qu'il fait même du théâtre, qu'il est écrivain.. Qu'il n'a plus de famille en son pays d'origine, et que s'il repart là-bas... il mettrait sûrement sa vie en danger.

L'avocate à beau dire... Madame Le juge parle à voix basse comme si elle avait honte de représenter la Justice française, et elle rejette l'Appel.

Vous qui le connaissez. Vous qui sentez vos racines  « vous démanger l’identité » (nous sommes tous immigrés de quelque part). Vous pleurez à l'intérieur parce vous ne voulez même pas offrir vos larmes à des hommes et des femmes sans coeur, qui jugent sans savoir, qui jugent sans vouloir, presque comme des marionnettes, tirées par les fils d'une loi sans discernement, que vous n'avez même pas votée. Et puis il fait si froid ici, les murs, les regards des policiers, tout est inhumain dans les locaux d'un tribunal..

Encore quelques heures, et ce sera le départ pour le centre de rétention du Mesnil-Amelot. Pour Joshua, cela signifie le désespoir, l'amertume, la rage, en attendant le premier avion « direction là-bas ».

Il ne vous reste plus qu'à prier.
Même les associations d'aide pour les immigrés et les sans-papiers, qui se sont pourtant mises à nu pour le tirer d'affaire, ne vous laissent plus beaucoup d'espoir.
Si, un seul, infime, illusoire, illogique ! Espérer qu'il n'y ait plus de place au centre de rétention. Trop d'immigrés à renvoyer, c'est peut-être la planche de salut pour Joshua.
Incroyable, après 48 h de garde-à-vue, deux jugements et sans avoir pu seulement changer ses vêtements, le voilà libre.
Univers kafkaïen poussé à l'extrême.

Libre ? Un retour à la case sans-papiers ; avec un Arrêté de Reconduite à la Frontière qui vous mine, valable pendant un an. Libre d'errer ou de chercher un peu plus à s'intégrer, à enrichir son dossier, jusqu'à quand, le prochain contrôle d'identité ? La prochaine demande d'intégration ?
Nous devons l'aider.

Ils sont combien ainsi à fuir la misère ou la guerre de leur pays en espérant trouver en France une terre d’asile, un lieu de paix et de justice, une nouvelle vie..
 
« Feux de croisement » : Où es-tu mon pays ?
Ils ne savent pas ce qu’ils veulent
Entre terre d’asile et expulsions !
J’ai découvert les discours
D’un racisme primaire,
Entre frères,
Anonymes.
Identité.
Partagée
Sans perdre racines,
Trouver la voie du métissage,
Et faire de la différence une couleur.
Quelles que soient nos terres d’origine,
Il faudrait savoir « dépasser la ligne blanche ».

Poème de V. Gabralga


Car qui a dit que l'être humain avait des choix,
Qui a dit ?

Qui a dit ça.… ?

Nous avons  tellement mal pour eux, pour tous ces gens qui n'ont rien fait, qui sont nés dans un pays en guerre, qui n'ont pas eu la chance de naître, comme nous, dans un pays dit développé et en paix ! C'est si injuste !!!

Nous pensons tout particulièrement à tous les Joshua du Gongo Brazaville, du Rwanda, de Colombie, d’Iraq, de Tchétchènie ou d’ailleurs.. Nous pensons à tous les déracinés, les immigrés, les sans-papiers qui vivent aujourd’hui dans nos quartiers, entre parenthèse, clandestins, pendant des années,… Nous pensons  particulièrement à notre ami Joshua. Nous devons les aider.

Et pour les aider, nous vous proposons d’aller sur les sites Internet du GISTI - Groupe d'information et de soutien des immigrés à l’adresse www.gisti.org, et sur celui de la Cimade, www.cimade.org,  service oecuménique d'entraide qui intervient tout particulièrement auprès des personnes en situation irrégulière, placées dans des centres de rétention.

En mai 2006, la Cimade lançait "Assez d'humiliation !" une campagne de dénonciation et de sensibilisation pour s'élever contre l'aggravation des politiques publiques menées à l'égard des étrangers et des migrants. Issues d'un vaste chantier de réflexion collective, la Cimade présente aujourd'hui 75 propositions pour une autre politique d'immigration. Certaines d'entre elles répondent à l'urgence de restaurer les principes d'égalité et de solidarité, quand d'autres tracent des perspectives à plus long terme.

Texte diffusé sur Radio RGB de Cergy-Pontsoise (www.radiorgb.net) lors de l'émissioin Mots Migrateurs du 1er avril 2007. Animateurs Paula Gonçalves et Philippe Raimbault
par V. Gabralga publié dans : Essai
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Dimanche 15 octobre 2006

L’air semblait mélangé au sable, la chaleur était suffocante et donnait un goût âcre à la salive. Le ciel étalait largement son drapeau turquoise sur les toits de la ville….

 

 

L’agitation régnait partout, des ennemis sans doute. Le bruit montait en même temps que la foule près des remparts de la cité ancienne. L’enfant lui, avait le rempart des bras de son père pour abriter sa chevelure brune et bouclée.

 

 

L’enfant ne désirait rien d’autre que la force rassurante de cette voix et de ces bras. Tout le monde courait dans tous les sens. Les balles sifflaient bruyamment comme les abeilles autour d’une ruche. Les murs séculaires faisaient écho à ce bourdonnement. Explosion, détonation, fumée. Le ciel prenait des tons d’olive noire. La poussière qui se dégageait ne masquait pas les hurlements de terreur. Chacun essayait de trouver un abri. Le père courait avec le petit serré contre lui.

 

 

Alors l’enfant sentit une brûlure terrible, sorte de rivière chaude et glacée qui fit sursauter son petit corps plein de sang. Le rempart des bras paternels tremblait encore dans son regard qui s’opacifiait quittant injustement l’avenir.

Texte de Caroline Tafoiry, peinturologue

par Caroline Tafoiry publié dans : Essai
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Dimanche 4 juin 2006

Rembrandt Harmenszoon van Rijn (15 juillet 1606 - 4 octobre 1669), a produit environ 600 peintures, 300 gravures et 2000 dessins. Grâce à son goût pour les autoportraits (il en a réalisé une centaine tout au long de sa carrière), on peut suivre son évolution personnelle, tant dans son apparence physique que dans ses émotions. Le peintre se représente sans concession, avec ses défauts et ses rides.

Tous les tableaux de Rembrandt sont mondialement connus à commencer par ses portraits de groupe comme « La leçon d’anatomie du professeur Tulp » ou « La (fameuse) ronde de nuit » - tableau de plus de 12 m2 exécuté pour la guilde des arquebusiers d’Amsterdam. Rembrandt est en fait extrêmement prolifique et s’attaque, contrairement à nombre de ses contemporains, à tous les genres, portraits, natures mortes, paysages, sujets religieux, etc..

Voici une description du  tableau « Philosophe en méditation » qui a été peint par le grand maître en 1631 et que vous pouvez toujours admirer à loisir aujourd’hui au musée du Louvre à Paris.

 

Il y a du feu dans la cheminée, au premier plan à droite. Ici la lumière ne permet pas de dire si nous sommes dans la fraîcheur d’un automne tardif ou le froid piquant d’un long hiver. Qu’importe !
La servante, penchée, est toute à son affaire. Elle met du bois dans l’âtre. Seul son visage nous éclaire sur son âge sans doute avancé. La pièce est immense, nue, rude. Pas un tableau au mur, pas une tapisserie, juste ici et là une corbeille ou un panier suspendus. Le lieu est austère à l’image de ses propriétaires.
Ici, pas de signes ostentatoires de richesse, pas de distraction pour les yeux.

Dans la diagonale opposée au foyer, sur la gauche, un homme à barbe blanche, est assis dans un fauteuil, les mains croisées posées sur son ventre, un grand manteau en guise de fardeau. L’inclination de la tête, le poids des paupières laissent à penser que notre philosophe est en pleine méditation.
 

Devant lui, une table de travail, encombrée de livres savants, le sépare de la fenêtre.
L’huis est source de lumière froide, le feu, lui, rayonne de couleurs chaudes. Entre les deux, le clair-obscur d’un escalier monumental en colimaçon.

Passage des cendres incandescentes à la croisée baignée de soleil, passage de l’Enfer au Paradis, de la souffrance des hommes à la sagesse divine. Passage alternatif, transcendantal, changement d’éclairage sur la nature humaine.

La volée de l’escalier fait le trait d’union entre le sol et le très haut plafond du premier étage, entre la terre et le ciel. Elle symbolise la spirale du temps, le temps cyclique des saisons, celui des générations. Son bois usé nous invite à grimper, marche après marche, heure après heure, année après année… Effort de l’ascension vers encore plus de sagesse, plus de clairvoyance mystique.

Entre le vieil homme et les degrés du sablier monumental, une porte en plein cintre, massive et basse, condamne l’accès au sous-sol. Et voici soudain qu’à la croisée de l’espace lumière et de l’espace-temps, notre penseur devient, en bon Platonicien, sentinelle de la Caverne, ou gardien du temple, par amour du protestantisme puissant qui habite la Hollande du XVIIe siècle.

Le  « Philosophe en méditation » de Rembrandt est plus qu’une œuvre picturale de grande virtuosité, c’est une invitation à notre propre cheminement intérieur.

Texte réalisé par V.Gabralga pour l'émission radiophonique Mots Migrateurs du 4 juin 2006 sur 99.2 FM (Val-d'Oise uniquement) ou www.radiorgb.net

par V. Gabralga publié dans : Essai
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Mardi 25 avril 2006

Pourquoi écrire ?

Pourquoi peindre ?

Pourquoi écrire ?

Pourquoi peindre ?

Pourquoi dire ?

Non ; Pourquoi se taire ?

Je m’exprime, je m’évacue, pour me trouver,

pour me connaître puis pour vous connaître et

vous trouver, pour nous trouver, nous

Re-trouver. Mieux.

Je jette ici sur le papier comme je jette

ainsi sur la toile.

Je crie sur le papier comme sur la toile.

Pour après rire, sourire hors papier,

Hors toile avec vous, dans la vie.

Peut-être que d’autres sourient dans

le papier, nous offrent un rire par la toile.

Moi, je pleure dans le papier,

Pour mieux rire avec toi.

Pourquoi écrire ?

- Pour dire non. Pour dire non en couleur.

« Mais, il faut plus que dire non ! »

- Je transmets, c’est l’émotion « quel terme flou ! »

- Le ressenti, plus que les sensations

des sens, les sensations du cœur, de

l’âme.

- En fait, je prends l’émotion et je la rends.

Mais je ne la rends pas seule.

Je la mets à ma sauce. Je l’agrémente de moi-même.

Je la nourris et elle me nourrit.

Si vous voulez, vous pouvez continuer la chaîne.

Je voulais, non, je VEUX vous dire deux choses

Encore : Ma première expo, mon texte

de présentation, comme une chanson,

juste les mots qu’il faut et rien de plus.

« Identité

Exode

Emotion, Portraits.

Encre acrylique et puis tout ce qu’on peut utiliser,

Récupérer, bâtons, papiers du quotidien, tissus,

dentelles, emballages…

Apprendre avec la vie et surtout, travailler avec

les mains, les doigts… »

et puis ce qu’il y eut après,

après qu’on m’ait vue nue ! Vous

vous vous êtes déjà mis tout nu, vous ?

C’est fragile.

Fragile parce qu’on se dit que les

larmes sont là au bout des yeux et

qu’un tout petit mot pourrait les attraper.

Fragile parce qu’on se tord les pouces

dans tous les sens, un pied sur l’autre

timide pour aller vers les autres, mais

si heureuse de leur raconter, de les

écouter.

Alors, même maintenant, en écrivant,

je suis fragile, fébrile, parce que je vous

livre, un, mon, des, mes secrets :

«  C’est un tournant dans ma vie.

Je me découvre, on me découvre.

Moi la vraie. Je m’apprends.

Ainsi, je m’aime.

Je suis heureuse, je me sens

vivre, m’épanouir, devenir un être exceptionnel

et unique, pouvoir le partager,

le donner même, et

ainsi pouvoir recevoir aussi.

C’est ça « la clé du bonheur »

Je veux continuer.

Je suis fragile car

Découverte, vulnérable ?

Je suis nue, et belle.

Je vie.

Je vie du précieux, du vrai

et j’aimerais

pouvoir ne vivre plus

que ça !

La paix, c’est ça le mot. Trouver la paix.

 

Halina Mennaï

Mars 2004.

Texte lu par l’auteur au cours de la réunion de l’association Mots Migrateurs du 31 mars 2006 à Cergy.

Extrait de la Revue de femmes en Méditerranée. ETOILES D’ENCRE. N° 19-20.

« Ecrire pourquoi ? » Avec l’aimable autorisation des Editions Chèvre-feuille étoilées. Montpellier. Tél. : 04 67 73 75 45.

par Halina Mennaï publié dans : Essai
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Mardi 25 avril 2006

 

Le mot, murmure de la voix

Parole, phrase, ou énoncé pour exprimer une pensée

Ne souffler mot …

Ne rien dire ou bien encore parler pour ne rien dire.

Résumer en un mot une idée, est-ce bien raisonnable ?

Avec des mots d’amour, de joie, de colère ou de tristesse

Il y a aussi les mots de remerciements, en toutes circonstances.

Avoir le dernier mot dans une discussion, sans perdre la raison

Sans avoir des mots, sans se quereller…

Parole, paroles,  parle plus bas avec des mots doux  pour le dire,

Mais surtout, avoir son mot à dire pour affirmer sa liberté.

En toucher un mot à quelqu’un, en tout bien tout honneur,

Au bas mot de temps en temps, les mots se ramassent à la pelle chantait le poète…

Des mots de passe, des mots d’ordre… Attention

J’ai deux mots à lui dire !

Des mots d’esprit ou peut-être bien un vieux mot…

Pourquoi pas le mot de Cambronne  (Merde)         

Vous avez dit gros mot ?

Tout de suite les grands mots et les grands airs

Alors que d’autres parlent à demi-mots et à mots couverts.

 Ils courent, ils courent les mots dans tous les sens

Sans dessus, sans dessous et se jouent des mots croisés.

Sans avoir peur des mots,

Je dis qu’il faut trouver les mots justes pour dire tout le bien

Que je pense de « Mots migrateurs »

Où sont à l’honneur tous les mots, petits et grands, pour notre plus grand plaisir !

Ainsi s’achève mon propos, c’est le mot de la fin,

« Savourons, avec gourmandise, les mots migrateurs »

Pour partager ensemble de belles et surprenantes migrations aux pays des mots !

José GUERIN 

Texte écrit par l’auteur pour la réunion de l’association Mots Migrateurs du 31 mars 2006 à Cergy.

par José Guérin publié dans : Essai
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Vendredi 24 février 2006

On appelait jadis centon un poème dont les vers ou les fragments de vers venaient d’emprunts à des auteurs divers. Par extension, nous devrions nommer ainsi toute sorte d’ouvrage, littéraire, historique, musical ou théorique fabriqué de pièces et de morceaux recopiés. Transcrivez un modèle, on vous traite de plagiaire, mais si vous en copiez cent, vous voilà bientôt docteur. Exemple : cette étude des racines gréco-latines du mot centre se réduit à un centon. Mot peu usité, en vérité, alors que le pot-pourri qu’il décrit se présente fréquemment.
La langue latine, donc, connaissait déjà le mot et la chose, on y composait déjà de ces salmigondis, aussi appelés satires, d’où l’on voit que la paresse n’a pas d’âge. Mais avant de désigner un tel mélange de morceaux choisis, à réciter, chanter ou citer, elle appelait cento un pan d’étoffe rapiécé, un lambeau de tissu composite, voici revenu le manteau d’Arlequin, comédien placé au centre de la scène et de ce livre.
Le mot français dont je regrette l’effacement « cento », parmi l’abondance des objets qu’il devrait désigner, comme son équivalent latin, renvoie au grec kentrôn, qui traduit exactement cento et le centon, poème à morceaux pris à diverses sources et manteau rapiécé, l’un jouant le rôle d’image de l’autre.

Extrait de l’ouvrage « Le Tiers-Instruit » de Michel Serres, philosophe, pp. 71 et 72, paru chez Gallimard dans la collection Folio Essais N° 199

par Michel Serres publié dans : Essai
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Mardi 31 janvier 2006


J’ai tout ce qu’il faut pour écrire : des pages blanches, des crayons qui glissent bien, des idées plein la tête, et surtout, un désir certain de me frayer un chemin dans la lignée des écrivains.

Cependant, je reste des heures devant ma feuille vide, mon crayon inutile bien calé entre me doigts. J’écoute ce babillage incessant qui se poursuit en moi, sans que je puisse réellement intervenir. Le flot de mes pensées surgit de mon esprit, des idées plus ou moins extravagantes traversent mon paysage intérieur.

Je veux les apprivoiser, de la façon dont l’indien dompte le cheval sauvage. Pour cela il me faut écrire, donner une autre vie de mots à ceux qui me hantent. Ces mots si puissants me relient à mon esprit et à mon cœur, et créent en moi la chaleur si douce de la création.

Je reste sans bouger devant le papier encore vierge. Comment transformer quelque chose d’intérieur en une autre chose, d’extérieure ? Pendant des heures, les pieds nus sur le sol, la tête posée dans une main, le coude sur la table, je réfléchis. Je crois savoir ce que ressent un maître zazen, assis dans son dojo glacial, juste attentionné à sa respiration ! Sauf que mon esprit à moi, il galope dans ma plaine intérieure, et si je cherche à l’imaginer, je découvre un petit cheval bai, doué à la course, capable de rivaliser avec ceux des gauchos de la pampa.

C’est à ce moment précis qu’entre en jeu le « faux-moi » : cette vilaine petite voix qui dénigre tout ce que je fais. Elle chuchote doucement  au creux de mon oreille des petites phrases du genre : « tu n’y arriveras pas ! Tu n’es pas assez douée… Allez, laisse tomber… » Cette même petite voix vient par exemple gâcher ma gourmandise en murmurant : « tu manges trop ; tu vas grossir. ». Elle vient aussi gaspiller mon énergie, endormie certes, mais créative, en susurrant cette petite phrase tueuse : « Quelle paresseuse tu fais, tu as du ménage à faire ! ». Ou même elle marmonne entre ses dents, un rien cruelle, alors qu’excédée je me fâche contre un de mes enfants : « Quelle mauvaise mère tu fais ! ».

J’ai appris à connaître cette petite peste ridicule, et à vivre avec elle. Je ne peux lui interdire son babillage incessant et inutile, elle ne m’entend pas. Mais c’est sans moi : je ne l’écoute plus. Et mieux encore, j’ai découvert en elle un gardien de seuil. Si je parviens à passer la porte, je trouve derrière elle un joyau d’une valeur inestimable, et simplement spirituelle : je crois en moi.

Les mots surgissent de mon esprit enfiévré, je peux enfin les poser. Je suis libre d’agrémenter mon paysage comme il me plaît.

L’écriture digère ma tristesse.

par Marie Souffron publié dans : Essai
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