Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Lundi 23 mars 2009

Cher ami,

  Pour ne pas tomber totalement en ruine, et me tenir debout en un seul morceau encore quelque temps, je répète pour moi-même le même mot à l’infini. Je me dis que, si je m’acharne suffisamment sur ce mot, je vais pouvoir tenir encore un peu. Je ne sais pas combien de temps? Quand j’ai l’impression qu’il ne me reste rien à quoi  m’accrocher, il me reste au moins ce mot aussi réduit soit-il. C’est toujours ça !

  C’est là que nous voyons que nous ne sommes pas maîtres de ce que nous possédons… Il nous arrive d’être fort riches. Seulement aujourd’hui, je suis pauvre. Je m’accroche donc au dernier mot : ma dernière fortune. C’est connu, moins on en a, plus on s’accroche. Si encore il m’en restait deux ou trois, je pourrais me dire qu’en perdre un n’est pas si grave, mais réduit au dernier, il n’y a alors plus à tergiverser : C’est lui ou rien ! Je m’occupe donc de lui, de jour comme de nuit et le répète autant de fois que nécessaire : à l’infini, encore et encore, pour ne pas le perdre.

  L’heure est grave. Je sauve ce qu’il y a à sauver : mon unique mot. Les autres sont perdus, je ne suis pas absolument sûr, mais je le crains : un vol caractérisé, mais par qui ? Je ne sais pas. Tout s’est passé si vite. Je ne me suis aperçu de rien. En l’espace d’une seconde, crac ! Je n’avais plus que lui. Le coup n’a pu être fait que par un « professionnel » Maintenant, je suis acculé à sauvegarder mon mot unique, nuit et jour, jour et nuit et par tous les temps. Vous comprenez, dans ces conditions, que mon esprit ne puisse avoir le temps de chercher tous les mots perdus. Bref, mon voleur et mes mots courent toujours.

  J’ai tellement peur de perdre mon dernier mot que je le profère nuit et jour. Je le profère des milliers de fois, pour bien m’en souvenir. Résultat, à force de le répéter, je ne sais plus ce qu’il veut dire.  Me voilà bien : mon dernier mot me devient inconnu. Son sens m’échappe. Ca n’a vraiment pas de sens : un mot sans plus aucun sens ! J’ai beau le graver des milliers de fois sur le sol, rien à faire !

  Je vais devoir couvrir la terre du seul mot restant : un mot  unique et énigmatique.  Ce sera mon grand œuvre.  Une œuvre sans doute un peu répétitive. De toutes les manières, quoi qu’on fasse, on se répète toujours. Les autres - qui ne comprennent rien - risquent de me dire : «Allez ! Laisse tomber ton mot. Arrête ! On a compris» Moi je leur répondrai : « Jamais !  je le répète pour ne pas tomber. » Je rivalise d’énergie afin qu’il soit aussi consistant que des milliers de mots. Je me maintiens debout grâce à lui. Seulement personne ne veut le comprendre. Sans lui ce sera la chute fatale. Le mot de la fin.


  Quand j’aurai plus de temps, je vous dirai, prochainement, dans une autre lettre par exemple, de quel mot il s’agit. Pour le moment, c’est impossible. Mon mot m’absorbe trop.  Rendez-vous compte : un seul mot peut me faire passer de vie à trépas. 

  Bien amicalement
                 Lucco


Extrait du recueil 2 des lettres de Lucco (la femme de Lucco)
de Luc Hazebrouck

Par V. Gabralga - Publié dans : Correspondance
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Commentaires

Eh bien j'espère que Lucco nous livrera bientôt ce mot qui le met dans des états "proche de l'Ohio" comme le chantait Isabelle Adjani dans sa chanson "Ohio" ;-)
Commentaire n°1 posté par Marie-Laure le 23/03/2009 à 14h25
Pas question de perdre Lucco ! Le trépas c'est trop tôt et un mot c'est trop peu. Rends-lui les autres qu'il puisse nous écrire encore de belles lettres et nous enchanter par ses mots d'esprits, ses jeux de mots. Merci Luc
Commentaire n°2 posté par Florence F. le 23/03/2009 à 14h38
un mot, des maux ! essaye de le conjuguer ton mot, il te sortira de ce trou..........
amitiés Luc !
arielle
Commentaire n°3 posté par arielle le 23/03/2009 à 16h31
Terrible de n'avoir plus qu'un seul mot à se répéter ... j'espère que ce n'est pas le mot "obsession"..... mais ce n'est pas obsession .... Peut être tout simplement le mot "vie"..... Avoir l'obsession de la vie.... Cela me plait bien. A bientôt pour la suite

Martine : http://www.cergyrama.com
Eglantine : http://quaidesrimes.over-blog.com

Commentaire n°4 posté par Martine / Eglantine le 23/03/2009 à 20h10

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