Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Mercredi 2 avril 2008

Cher ami,
Quand je sens dans mon corps une colère gronder : je voudrais la faire sortir pour qu’elle gronde ailleurs que dans mon corps, seulement j’ai peur des dégâts que cette colère pourrait provoquer. Comme je n’ai pas l’habitude de me mettre en colère, je ne sais pas au juste ce qui va sortir. Mon corps va peut-être avoir envie de taper n’importe quel idiot dans la rue. Le premier venu, ou alors ma femme, pour une raison que j’ignore mais que mon corps, lui, ne semble pas ignorer. Bref, je suis inquiet et embêté. Que faire de cette colère qui gronde avec l’envie de cogner. Pendant longtemps, j’ai pris un marteau pour enfoncer des clous dans du bois. Ma maison, qui est en partie en bois, a ainsi, par endroits, des milliers de clous qui témoignent de colères anciennes.

Aujourd’hui, je prends une balle et je la frappe contre un mur avec une raquette. Parfois la balle éclate, d’autres fois, le cordage de la raquette explose… le mur lui, malgré les coups, n’a jamais rien, pas une égratignure. Il encaisse tout sans dire un mot. Pourtant je le pousse à bout : je tape de plus en plus fort mais lui, avec un calme impressionnant, me renvoie invariablement la balle en s’adaptant parfaitement à ma frappe. Quand je le tape doucement, il me renvoie la balle doucement. Quand au contraire, excédé, je tape un grand coup, lui me la renvoie avec vigueur. Ce mur du silence est, en fait, très à l’écoute des progrès de ma colère. C’est pourquoi finalement, j’y suis très attaché. Plus je bats le mur, plus il est lui-même capable de me battre. Plus j’ai la haine du mur lorsque je le frappe, une haine lamentable, plus lui, sans lamentation aucune, me remet la balle avec une ténacité qui force le respect. Il arrive effectivement un moment – au bout d’une heure ou deux - où face à ce pauvre mur et aux mauvais traitements que je lui inflige, je finis par avoir honte de mon comportement. Un tel silence impressionne. Pas une lamentation. Il reste très réservé et me renvoie toujours à moi-même. Je lui dis : Tiens, es-tu capable de reprendre cette foutue balle ? » « Et vous ? » « Quand auras-tu fini de m’énerver, sale mur? » « Et vous ? » « Es-tu donc de pierre face à ma colère ? » « Et vous ? » Vous avez remarqué sa distanciation : son vouvoiement face à mon tutoiement ? La sobriété de ses réponses. Je ne peux m’empêcher secrètement d’avoir de l’admiration devant autant de tenue. Il se tient toujours parfaitement droit alors qu’au bout d’une heure ou deux je suis voûté de fatigue, je jette l’éponge. J’ai voulu battre le mur mais c’est lui qui m’a battu. Et invariablement c’est lui. Je suis obligé de puiser mes ultimes  forces tant il me pousse dans mes derniers retranchements. Vraiment il est fort ! Et je constate aussi qu’une fois battue et complètement battue, la colère qui grondait dans mon corps est sortie faire un tour ailleurs… Je suis alors très reconnaissant à mon mur. Avec si peu de mots « Et vous ? » me guérir d’un mal si redoutable. Plus je rencontre la colère et plus je suis obligé d’aller visiter le mur. Pas moyen d’y échapper. Evidemment à force de le visiter, je finis par également hisser mon niveau de jeu. Il y a quelques temps, il y avait des balles que j’étais incapable de lui renvoyer, pris au dépourvu, il fallait que je courre dans tous les sens… alors, je me lamentais devant mon mur. Je le priais de ne pas m’envoyer la balle avec autant de force. Seulement, lui, doit avoir des principes éthiques et thérapeutiques que j’ignore. Mon mur est dur, il ne se laisse pas attendrir comme ça. Bien au contraire ! Plus je suis dur avec lui plus il est dur avec moi. C’est son éthique personnelle.

Quand je rentre défait, ma femme, comprenant vaguement ce qui s’est passé, me dit : « Pourquoi tu lui en veux tant  à ce pauvre mur ? »
« Je ne lui en veux pas. Bien au contraire, ce mur libère mon corps d’une colère qui y était bloquée. Ce mur aussi a le grand avantage d’être toujours là quand j’ai besoin de lui. » « Regarde toi ! A force de frapper comme un dément, tu es tout défait. Tu parles d’une victoire!»
« On dira ce qu’on voudra, être mis au pied du mur, parfois, ça fait du bien. »

Mais tous les murs ne sont pas aussi résistants. Je me souviens qu’il y a des années, entre ma future femme et moi, il y avait un mur d’incompréhension. Celui là s’est finalement désagrégé et a fini par s’écrouler. Depuis c’est l’amour sans entrave, sans limite.

Un amour comme je vous le souhaite, cher ami
Bien amicalement
Lucco

(Les « Lettres de Lucco » de Luc Hazebrouck)

par Mots migrateurs publié dans : Correspondance
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Commentaires

J'espère que les lettre de Lucco ne s'arrêteront jamais ;-)
commentaire n° : 1 posté par : Marie-Laure (site web) le: 02/04/2008 11:36:30
Toujours aussi génial, Luc ! j'adore ce que tu écris et j'adore ce que tu vis en spectacle comme à la soirée des femmes à Cergy. Ce soir là, je me suis dit que tu devrais faire du cabaret.
amitiés
arielle
commentaire n° : 2 posté par : arielle (site web) le: 04/04/2008 22:23:45

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