Association Mots Migrateurs
L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.
Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...
Une association à partager.
L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.
mots.migrateurs@club-internet.fr .
www.motsmigrateurs.fr
J’étais occupée, en permanence occupée, possédée. Je tournais dans la maison comme un lion en cage. Et quand je ne tenais plus, je prenais le premier objet à portée de main et je me frottais
dessus. Un petit corps en sueur et qui tremble.
Une cascade d’eau qui se déverse pour le goulot d’une bouteille.
Dans ces moments-là, plus rien n’existait. Il n’y avait plus que ça. Et ma frayeur.
Il faut imaginer : je n’étais qu’une enfant. Je n’étais qu’une enfant…
Et personne à qui dire simplement, explique-moi, je ne comprends pas ce qui m’arrive, j’ai mal.
Une enfant seule et déjà une droguée en quête de sa dose de sexe.
Je ne faisais pas partie des schémas convenus des hommes, pas de ceux que l’on étale aux yeux de tous. Oui papa Freud aura dit la perversité de l’enfant, et cela on l’entend, du moins
intellectuellement. Mais voir une petite fille, une tétine dans la bouche, les yeux révulsés de désir, le vagin trempé, assoiffée d’une bite ou de tout autre bout de chair à absorber, cela, qui
peut l’entendre ? M’entendez-vous ? Me reconnaissez-vous ?
Oui, là mon appel. Et là ma révolte, je ne peux plus porter en silence ce dégoût face à l’innommable de moi, de vous.
Je ne peux plus croire que je suis un cas à part, sentence assénée par vos non-dits multimillénaires.
Et n’est-ce pas lui, l’adulte, qui m’a initiée, qui a réveillé mon mal en forme de manque ?
Je suis de vous.
Issue de vos embrassades nocturnes et de vos accouplements dérobés, (toujours dérobés). J’ai lu vos livres et contemplé vos œuvres, j’ai accueilli vos soupirs et vos plaintes, j’ai dormi dans vos
lits et caressés vos tourmentes, j’ai visité vos cathédrales, j’ai écouté vos sermons, j’ai suivi vos religions, j’ai ri avec vous, j’ai pleuré.
Je me reconnais dans la lueur de vos regards suintant d’envie, dans vos gestes calculés de séducteurs masqués, dans la torsion de vos doigts malhabiles en quête de quelque épiderme à frôler, dans
le velouté de vos seins déployés, dans la moiteur de vos langues pendues à vos lèvres, dans vos souffrances de bambins soumis aux caprices de leurs bites-vagins.
Je vous ai vus et je me suis reconnue en vous.
Je suis le monde qui balance entre plaisir et dégoût et qui joue de jouir, en pleurant.
Je suis vous. Comment pourriez-vous n’être pas moi ?
Extrait de l’ouvrage « Baisant, seule », récit de Camélia Montassere, paru dans la collection Les Flueurs aux Editions Le Grand Souffle : http://www.legrandsouffle.com/livres_baisant.html. Camélia sera l’invitée de l’émission Les Mots Migrateurs sur Radio RGB le dimanche 6 avril à 22 h 00 (Radio RGB, 99,2 FM en Val d’Oise ou en streaming sur www.radiorgb.net).
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