Association Mots Migrateurs
L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.
Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...
Une association à partager.
L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.
mots.migrateurs@club-internet.fr .
www.motsmigrateurs.fr
Vous n’auriez pas dû prendre ce thé allongé avant de partir de chez vous, voilà que vous avez subitement envie de vous soulager, mais vous êtes en pleines courses, en transport en commun, au volant….
Comme tout être normalement constitué, vous allez chercher le lieu d’aisance le plus proche : au sous-sol d’un bistro, au bout du quai de la gare, à l’entrée de la station de métro… Quelques secondes, quelques minutes, parfois plus, vous oubliez tout, devenez guetteur à l’affût du premier panneau « WC public » venu, d’autant plus avisé que votre nécessité est pressante.
Enfin, à l’entrée d’un square, vous avez trouvé ce que vous cherchiez, en lieu « Water Closed », où l’eau est enfermée pour pouvoir vous libérer en toute intimité.
La poésie des lieux est minime, tout comme la couleur des murs (toujours à vous donner envie de rester le moins longtemps possible) et l’odeur, qui dans le meilleur des cas fait le yoyo entre la fougère, la violette bon marché des rouleaux de papier et l’eau de javel. Mais heureusement, il y a le sourire de madame-lavabo, qui, quand elle n’est pas occupée à nettoyer à force gants de caoutchouc rose et à grands bruits (de chasse d’eau), se tient derrière son comptoir les mains remplies d’objet à tuer le temps : journal, tricot, transistor….
Avec sa blouse blanche, jaune ou bleue délavée par les produits d’entretien et la pâleur des néons, vous avez toujours cette désagréable impression d’être attendue par une infirmière pour une sombre piqûre, ou par un professeur pour un inquiétant examen. D’ailleurs, le regard qu’elle vous lance dès votre entrée en dit long quant à l’opinion qu’elle porte déjà sur vous.
Assis, assise sur le trône, vous contempler votre royaume, où des mains inconnues ont griffonné, « graphité », tailladé sur les murs des cœurs enlacés, des dessins obscènes (sauvagement mal effacés par la gardienne du temple), des heures de rendez-vous, des « Georgette, je t’aime ! » et juste à côté des « Va te faire …, grosse salope ! », « Rémy est un PD ! » et autres affirmations toujours plus poétiques ! C’est de l’expression triviale, voire tribale, une sorte d’art brut et virile, qui s’étale à vos yeux en toute discrétion. Un mur sociologique entre espoirs et lamentations, un journal intime sans pudeur, un espace qui devrait être interdit aux enfants, et où l’on aimerait qu’il y ait moins de fautes d’orthographe…
Voilà, vous quittez le sous-sol étroit, vous vous sentez soulagé(e)… Vous oubliez bien vite la dame-lavabo et les cinquante centimes qu’elle vous a réclamés : « Comment a t-elle osé ? ». C’est tout juste si vous avez pensé à regarder la plante verte qui pousse miraculeusement dans cet univers clos, « closet », sans lumière naturelle, hygiénique... C’est tout juste si vous vous rendez compte qu’il y a là une dame qui nettoie et travaille depuis 27 ans à rendre service à toutes les couches sociales de la population d’un quartier : 81 000 heures de vie en silence, très souvent seule… trop seule.
Texte écrit par Philippe Raimbault pour l’émission Les Mots Migrateurs de février 2008 sur Radio RGB
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