En 1965, André Malraux, lui rend, lors de ses obsèques, un hommage solennel dans la Cour Carrée du Louvre : « Le Corbusier a connu de grands rivaux (…), mais nul n’a signifié avec une telle force la révolution de l’architecture, parce qu’aucun n’a été si longtemps, si patiemment insulté » « Il était peintre, sculpteur et plus, secrètement poète ».
C’est cette part, la plus méconnue du célèbre architecte que nous vous proposons de découvrir aujourd’hui.
Commentaire du tableau "Nature morte à la pile d'assiettes" que vous pouvez trouver à l’adresse :
http://www.kunstmuseumbasel.ch/de/collection/virtual-collection/epochen/20-jahrhundert/le-corbusier-charles-edouard-jeanneret/mainColumnParagraphs/03/image/wr.jpeg
Ce tableau n'est pas un tableau...
Il en a pourtant la matière, les couleurs, la lumière.
C'est une nature morte, totalement « dénaturée ».
L'oeuvre intitulée malicieusement "Nature morte à la pile d'assiettes" est signée "Jeanneret" - ou, si vous préférez "Charles-Edouard Le Corbusier"
La toile a été conçue au sortir de la Grande Guerre, en 1920.
C'est comme si le "Plus jamais ça" portait le Monde entre ses bras.
Après l'horreur des tranchées, vouloir tout changer, tout déconstruire pour tout reconstruire.
Le Corbusier et son ami peintre Amédée Ozenfant ont publié, deux ans plus tôt en 1918, le manifeste "Après le Cubisme".
À cette époque, ce n'est plus un secret pour personne. Le cubisme a achevé la dislocation, amorcée par Edouard Manet et Paul Cézanne, de la conception traditionnelle de l'espace plastique...
L'année 1920 est une année charnière. Année de décès du Peintre expressionniste Amedeo Modigliani, mais surtout année de naissance de Michèle Morgan, de Boris Vian, de Issac Stern, de Jean-Paul II, de Charlie Parker,
Cinéma, littérature, musique classique et jazz, religion ; comme s'il fallait que la nouvelle génération, au sortir d'un conflit sans nom, enfante le renouvellement et l'espérance, l'absurde et le génie, redonne du sens à la vie par tous les sens...
Ce tableau n'est pas un tableau.
Une grande époque vient de commencer. Il existe un esprit nouveau.
Sur cette toile, on voit tout de suite une guitare, enfin une… non…des formes de guitare. Un peu comme si on avait photographié l'instrument sous différents angles (de face, de dos, de profil) et que l'on avait ensuite réalisé un collage pour montrer toutes ses dimensions dans le même espace-temps. L'objet devient pluriel, ombre et lumière, devant et derrière, aujourd'hui et hier, aplats et volumes. Libre à notre esprit de reconstituer l'ensemble.
D'autres objets, eux aussi livrés en multi plans, complètent la nature morte ; deux bouteilles, un livre, une pile d'assiettes (devenue Rosace de l'instrument) et les clefs de la guitare. Nous sommes en présence d'un chant dressé à la gloire de l'esthétique de la forme dépouillée. Les objets ne sont plus réels, et pourtant : simplifiés à leur part d'ombre et de lumière, à leurs élévations en volumes, ils deviennent plus que réels, imposants, importants, improbables, mais tellement vrais.
Ce tableau n'est pas un tableau...
« Nature morte à la pile d'assiettes » est une révolution en marche.
Lorsqu'il fut peint par Le Corbusier en 1920, il ne semblait pas encore que le système cubiste de construction de l'espace pût être appliqué à d'autres domaines que celui de la peinture.
Le problème que c'était posé les cubistes dès 1907, n'était-il pas précisément celui de l'intégration totale des formes à trois dimensions de l'expérience sensible, à l'univers à deux dimensions de la toile ?
Et pourtant, après guerre, ce mouvement pictural allait apporter d'importantes suggestions aux nouveaux organisateurs de l'espace architectural tels Franck Lloyd Wright, Walter Gropius, Richard Neutra, Pierre Chareau et bien sûr Le Corbusier.
Le terme cubisme provient d'une réflexion de Matisse (qui, pour décrire un tableau de Braque, parla de « petits cubes ») relayée par le critique d'art Louis Vauxcelles
Le cubisme est un mouvement artistique qui s'est développé de 1907 à 1914 autour de Braque et Picasso. Après la Première Guerre mondiale, il s'essouffle un peu, avant de s'éteindre dans les années 20.
Le cubisme prend source dans les écrits et dernières œuvres de Paul Cézanne, le premier à faire une interprétation du monde selon des volumes élémentaires (cubes, sphères, pyramides).
Dès 1907, cette façon de représenter le monde est utilisée par Braque et Picasso, qui ne s'arrêteront pas seulement à décomposer des paysages, mais l'appliqueront également aux objets et à la personne humaine. Les cubistes ont aboli l'idée qu'il faut peindre des "matières nobles," et pensaient que n'importe quel objet pourrait être beau. Les Demoiselles d'Avignon de Picasso (1907) est considéré comme le premier tableau cubiste.
Charles-Edouard Jeanneret-Gris, dit Le Corbusier, est sans doute l'un des plus célèbres architectes du XXe siècle. Il naît le 6 octobre 1887 à la Chaux-de-Fonds, en Suisse.
Après des études d’art et d’architecture, il fait un long voyage initiatique en Europe. Logé le plus souvent chez des architectes de renom, le carnet à la main, il observe, il dessine et commente tous les styles de construction qu’on lui présente.
Il s’installe à Paris en 1917 pour devenir peintre et fonde avec Amédée Ozenfant et Paul Dermée la revue l’Esprit Nouveau.
Puis, en 1924, il ouvre, avec son cousin Pierre Jeanneret, un cabinet d’architecture rue de Sèvres à Paris et met en application (villa Stein à Garches en 1927, villa Savoye à Poissy en 1929) ses « cinq principes » d'une architecture nouvelle : pilotis, toit-jardin, plan libre, fenêtre en longueur et façade libre. Il use déjà d’éléments préfabriqués et standardisés autorisant une grande variété de combinaison à partir d’une même ossature.
Le Corbusier, soucieux d'éviter la dispersion de ses études, de ses plans, et de certaines de ses oeuvres plastiques, avait, avant sa disparition, jeté les bases d'une fondation à laquelle il a légué l'ensemble de ses biens. Reconnue d'utilité publique, la fondation Le Corbusier est installée dans les villas Jeanneret et La Roche à Paris.
Alors, si vous voulez en savoir plus sur ce grand monsieur de l’architecture, mais aussi peintre, sculpteur et poète, rendez-vous à la Fondation Le Corbusier - 8-10 square du Docteur Blanche – Paris XVIe ou sur Internet à l’adresse : www.fondationlecorbusier.asso.fr
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