Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Mardi 31 janvier 2006

Je m’éveille.
Ils sont là, ils me guettent,
Ils veulent sortir des limbes,
Cette nouvelle naissance les inquiète…

Je peux les laisser vivre, ou bien mourir.
Par ma plume je les fais naître,
Et je les garde, ou bien je les jette.
Moi seule décide s’ils sont éphémères, ou bien éternels.


Je leur donne vie, je les accompagne sur le papier,
Et puis ils la font tout seuls, leur vie.
Sans moi, ils n’existent pas,
Je fais d’eux un mot, une idée, tout un monde ;
Mais quand ils sont posés, ils m’échappent, ils ne m’appartiennent plus.
Je les relis, déjà ils ne sont plus les mêmes.

De nouveaux yeux les lisent, ils deviennent un autre.
Ils arrivent jusqu’au cerveau du lecteur,
En passant par ses milliers de neurones
Le sens qu’il leur prête n’est pas mon sens.

Tel des caméléons, ils s’adaptent à chaque vision,
Tout en s’efforçant de conserver, au fond de leur matière, leur part de vérité.
Ils sont juste des mots, de tout petits mots,
Insignifiants, et sans âmes.
Ou bien ils sont des mots immenses, énormes, extraordinaires,
Et alors ils remplissent tout un cœur, toute une vie, tout un pays.


Je leur prête attention, je leur donne de l’émotion,
Ils sont là, à ma disposition.
J’ai faim, je ne me pose pas de question, je mange,
Je dois nourrir cette chose en moi qui veut parler.


Oh ma tête !
Les mots sont là !
Ils se poussent, ils se bousculent,
Il y en a trop !
Stop ! S’il vous plaît !
Je ne comprends plus rien. Je suis fatiguée.
Laissez moi dormir, laissez moi rêver…
Retournez là d’où vous venez, laissez moi respirer.
Comment puis-je vous donner du sens ?
Un peu de calme s’il vous plaît,
Je ne veux pas vous trier, je ne veux pas vous ordonner,
Surtout pas !
Je vous veux vrais, entiers et sincères.
Juste, je ne suis qu’une femme,
Engoncée dans un corps, dont je suis un peu prisonnière.
Si vous arrivez trop vite, trop nombreux à mon esprit,
Je ne sais pas choisir, et je vous perds, définitivement.

Ce chemin que vous empruntez jusqu’à mon âme,
J’ignore d’où il vient,
Mais je suis là, je vous accueille avec joie
Je vous pose sur le papier, pour mieux vous partager.

par Marie Souffron publié dans : Poésie
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Mardi 31 janvier 2006

Je suis un mot migrateur
Sous ta plume, je me multiplie
Écris, écris, ne cesse pas d’écrire,
Je me sens grossir, j’ai tant de choses à dire !
Écris, écris encore,
Allez, fais un effort !
Je pleure, je crie, je hurle, je me débats,
Console moi, cajole moi, prends soin de moi,
Je suis un mot, un mot migrateur,
Je suis un Prince, un Prince venu d’ailleurs.
En réalité, si tu crois m’apprivoiser, tu te trompes :
C’est moi, beau prince, qui t’apprivoise.
Je vis en toi ; souviens-toi :
Le grand jour de ta naissance, je prenais toute la place,
J’étais toi, tu étais moi, crois moi,
Tu étais bien un prince, ou bien une princesse.
Tes parents, tout doucement, t’ont poussé
A te glisser dans cette peau de soie élastique, le boyau de l’éducation.
Pardonne leur, les pauvres, ils sont ignorants,
Et justement,
Ne sachant pas comment s’y prendre avec toi,
Ils ont appelé les « Grands » de ce monde au secours,
Les portes paroles de l’école, puis ceux de l’église,
Et tous ensemble, ils t’ont façonné, ils t’ont modelé, ils t’ont changé,
Toi le Prince, en crapaud,
Toi la Princesse, en grenouille.
Crapaud ou grenouille tu es devenu
Mais rassure toi, je suis toujours là, bien caché tout au fond de toi.
J’attends que tu me réveilles,
Je te titille un peu, pour que tu ne m’oublies pas.
Je t’envoie des petits mots, des petits mots de valeur,
Ne les refoule pas, prends les en plein cœur
Ils te livreront mes secrets…

Les écrits restent, dit-on.
Les paroles restent aussi.
Elles effleurent l’âme de celui qui les entend.
Alors écoute bien ceci :
Je suis le Petit Prince,
En toi je vis encore aujourd’hui, je suis immortel.
Des mots te viennent, ne les renie pas,
Ils sont de moi !
Je t’en prie, aide les à naître de ta plume,
Libère les, et joue avec eux, ils adorent cela,
Ce sont les mots, les Mots Migrateurs,
Ils migrent jusqu’à ton cœur,
Ouvrent les ailes et tous en chœur,
S’envolent dans la douleur, ou le bonheur,
Peu importe, s’ils touchent le cœur de ton lecteur.


par Marie Souffron publié dans : Poésie
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Mardi 31 janvier 2006


J’ai tout ce qu’il faut pour écrire : des pages blanches, des crayons qui glissent bien, des idées plein la tête, et surtout, un désir certain de me frayer un chemin dans la lignée des écrivains.

Cependant, je reste des heures devant ma feuille vide, mon crayon inutile bien calé entre me doigts. J’écoute ce babillage incessant qui se poursuit en moi, sans que je puisse réellement intervenir. Le flot de mes pensées surgit de mon esprit, des idées plus ou moins extravagantes traversent mon paysage intérieur.

Je veux les apprivoiser, de la façon dont l’indien dompte le cheval sauvage. Pour cela il me faut écrire, donner une autre vie de mots à ceux qui me hantent. Ces mots si puissants me relient à mon esprit et à mon cœur, et créent en moi la chaleur si douce de la création.

Je reste sans bouger devant le papier encore vierge. Comment transformer quelque chose d’intérieur en une autre chose, d’extérieure ? Pendant des heures, les pieds nus sur le sol, la tête posée dans une main, le coude sur la table, je réfléchis. Je crois savoir ce que ressent un maître zazen, assis dans son dojo glacial, juste attentionné à sa respiration ! Sauf que mon esprit à moi, il galope dans ma plaine intérieure, et si je cherche à l’imaginer, je découvre un petit cheval bai, doué à la course, capable de rivaliser avec ceux des gauchos de la pampa.

C’est à ce moment précis qu’entre en jeu le « faux-moi » : cette vilaine petite voix qui dénigre tout ce que je fais. Elle chuchote doucement  au creux de mon oreille des petites phrases du genre : « tu n’y arriveras pas ! Tu n’es pas assez douée… Allez, laisse tomber… » Cette même petite voix vient par exemple gâcher ma gourmandise en murmurant : « tu manges trop ; tu vas grossir. ». Elle vient aussi gaspiller mon énergie, endormie certes, mais créative, en susurrant cette petite phrase tueuse : « Quelle paresseuse tu fais, tu as du ménage à faire ! ». Ou même elle marmonne entre ses dents, un rien cruelle, alors qu’excédée je me fâche contre un de mes enfants : « Quelle mauvaise mère tu fais ! ».

J’ai appris à connaître cette petite peste ridicule, et à vivre avec elle. Je ne peux lui interdire son babillage incessant et inutile, elle ne m’entend pas. Mais c’est sans moi : je ne l’écoute plus. Et mieux encore, j’ai découvert en elle un gardien de seuil. Si je parviens à passer la porte, je trouve derrière elle un joyau d’une valeur inestimable, et simplement spirituelle : je crois en moi.

Les mots surgissent de mon esprit enfiévré, je peux enfin les poser. Je suis libre d’agrémenter mon paysage comme il me plaît.

L’écriture digère ma tristesse.

par Marie Souffron publié dans : Essai
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Mardi 31 janvier 2006

A tous les philographes de Mots Migrateurs,
ma 2ème famille

Le 27 janvier 06


Entre mes doigts glisse le bonheur du savant mélange de la poésie et des heures. Je laisse crier ma plume qui cherche sa voix. Je suis là et je contemple les couleurs des mots avec la certitude de ne plus fuir.

J’aime sombrer dans le délire des mots. Des mots fragiles qui se déversent sur mes mains tournées vers les cieux. Des mots bleus, rouges…Tous en chœur, ils défilent sur mon corps.

C’est ça être poète, c’est laisser les mots fleurir aux quatre coins du cœur. C’est se frotter aux multiples sensations et ensuite les jeter sous un pont dans l’attente de l’écho.

Je voudrais respirer cet élan de la création et m’en imprégner jusque dans mes veines. Doucement, la brise, la braise, le bruit éclos de tous ces mots viennent à moi et me laissent le linceul de l’éternel. Comme entre les dunes du désert.

Un sourire. Un moment.

Et toi, quelle force t’anime et te conduit au-delà du croisement des mots ? La sensation du corps ? L’élévation de l’esprit ?  La limpidité de l’âme qui passe au travers des temps ?

Je t’accompagne dans toutes ces vibrations qui me sourient. Je me sens ta compagne. Dis-le  au premier venu. Ensemble, on brisera  le miroir des émois. Et du moi !

 

      Paula Gonçalves

par Paula Gonçalves publié dans : Nouvelle
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Mercredi 25 janvier 2006

Un livre sans titre est ouvert avec des pages vides qui attendent une histoire. Une histoire qui veut du souffle et du rythme. Et pourtant, les lettres à demi-éveillées s’effacent devant moi. Mon corps est sans musique et mon âme un non-sens. Je décide de partir pour apprendre à tisser des phrases cohérentes et fluides. 

Je suis sur le quai. La seule chose que j’arrive à faire est de vérifier l’heure affichée. Mon train part dans quelques minutes. J’ai toujours aimé l’excitation des grands départs. L’appel du grand large comme celui des plages de mon enfance, d’un pays de navigateurs à l’horizon envoûtant.

Les passagers montent soucieux de trouver une place assise. Certains lisent déjà, installés à la fenêtre. Une horloge gigantesque pointe des secondes qui se succèdent à une vitesse incroyablement lente. Dans le train, j’arpente deux ou trois wagons bien remplis avant de m’asseoir en face d’une femme aux lèvres pincées. Elle corrige de longues pages.

Il me faut enlever mon manteau, une chaleur moite m’envahit rapidement. Le train s’ébranle et je cherche dans mes pensées la destination de mes souvenirs. Le sifflement d’une locomotive à vapeur. Dans une vaste plaine, presque vide. Il y a longtemps, très longtemps. Je sors mon petit calepin qui m’accompagne toujours. Pour noter quelques impressions. Le portable de ma voisine sonne sans gêne. Je partage son intimité pendant deux minutes, elle n’arrivera pas à temps pour emmener Paul à son cours de judo, à son interlocuteur de s’en charger. J’ai du mal à me concentrer sur mes notes. Je jette un regard furtif à la BD de mon autre voisin. Dehors, les immeubles se noient dans la nuit tombante et les lumières gagnent peu à peu les devants de la scène urbaine. Il y a un gémissement presque inaudible qui me parvient du fond de la ville. Celle où je suis née et où j’ai grandi. L’eau est toujours là, heureuse de faire son apparition après les tourments des crues. Rivière dorée qui se laisse dompter par la majesté de la mer. Les agglomérations défilent les unes derrières les autres. Pas d’arrêts, ce train est direct.

Sensation de liberté retrouvée ! Je cours vers les grands espaces, en pleine nature. D’immenses conifères émaillent mon chemin et une brise rafraîchissante ravive mes forces. La vitre du train est devenu le miroir de ces heures lointaines, enfouies dans mon autre vie.

Un phare étoilé illumine la forêt. Sa lumière m’embaume d’une mélodie voluptueuse. En pleine nuit, je me mets à danser, légère sur mes bottines. Seule, au milieu de la terre, je pressens ton nom. Sans toi, mon corps m’était étranger, je me sentais nue sans ton regard pour me guider, sans ta sève pour m’inspirer. J’ignore comment tu es maintenant. Pourtant, je devine la saveur de tes lèvres qui murmurent des mots brûlants à mes oreilles. Ta beauté remonte, en ricochet, à la surface de l’impalpable. Je n’arrive à la distinguer que par le silence des arbres. Il y a dans leur immobilité quelque chose de solennel, de conventuel. Ils savent que tu es là quelque part à travers mes sens. Tu accompagnes mes gestes d’une complicité attendue. C’est une des offrandes du moment. Mes bras sont mes ailes, mes joues sont en feu, mes yeux déclinent des saveurs jamais dépeintes.

Le ciel est farouchement plein et la terre magnétique. Le vent m’enveloppe avec majesté et une bruine me transperce le visage de ses cristaux de larmes. Je n’ai plus qu’à prier les forces de la nature et leur implorer l’élixir magique qui me permet de te rejoindre.

La lune se cache. Ses étincelles se déversent sur une fresque antique. De lourdes pierres disposées en cercle reposent sur le sol depuis des siècles et attendent la paix des hommes. Toi, tu te tiens là, au milieu. Tu as la cape blanche des anges et les cheveux longs des sages. Tu brandis ton âme cristalline vers l’absolu du cosmos et je suis affranchie du poids de l’indicible. Le verbe apparaît, l’histoire du livre flotte entre mes mains.

Les voix de la nature me disent de respirer les couleurs qui se mêlent aux senteurs dénudées. Tout semble en éveil, la sève se réjouit et la brume jette un regard fort. Il faut toucher les corps nus. Embrasement de jouvence. Alchimie de pureté. Eaux virginales qui copulent avec les liqueurs déposées sur l’autel de l’infini. Merveille.

Bousculer le néant n’est pas tâche facile. Le rêve s’incruste dans mes pores et attend délivrance. Je tends ma main et je vois tous les cristaux de l’espérance scintiller. Derrière le décor. Juste en attente.

Le feu s’égrène et la nuit en pointillés s’essouffle paisiblement. Sur le quai. Le train est arrivé mais je ne te vois pas en descendre. Tous les passagers marchent d’un pas rapide. Il y en a qui semblent courir. Scène habituelle de grande gare. Les gens sont pressés de rentrer chez eux. Ou tout au moins de rejoindre ceux qu’ils aiment.

Seule. Immobile. Je n’entends plus ton cœur battre. Je dévisage tous ceux qui arpentent le quai sans me voir. Tu n’y es pas. Tu me ferais signe, sinon ! Néanmoins, je sais qu’un jour prochain, je serai ton invitée et ensemble, nous pourrons tremper l’encre de notre fusion dans le réservoir de la plénitude.

par Paula Gonçalves publié dans : Nouvelle
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