Sur la crête des mots, il surfe
Verse en pluie de confettis
Des mots indigo,
Des lettres en vedettes,
Tripatouille, gribouille, barbouille
Phrases et paraphrases,
Survole et décore de rimes anonymes
Pétris les sages consonnes
Emmêle les demoiselles voyelles
Folâtrer au bordel.
Sur les carreaux d’un bloc note, il pianote
Ou s’arrête, circonspect, tout net
Il empoigne des virages avec rage
S’évade des lignes bleues ou violettes
Le poète.
Et tandis que s’érodent, ses odes
Au gré des passés imparfaits
Autant de présents si présents,
Et loin des futurs antérieurs,
La grammaire, angoissée, se terre
Quand au dehors,
Les libellules émues stridulent
Les anophèles s’interpellent
Plus tard, il le sait
On lancera des pétales de rose sur la prose.
De compositions volages en poèmes sages,
De thèmes en anathèmes
De suites échevelées en rimes cabotines
Selon l’inspiration des printemps
Il bafouille, fouille et farfouille
Muni de dictionnaires obèses
Scrute de travers, les retardataires
En considère l’effet, les reflets, que ça fait !
Puis il contemple ce ramassis indécis
Et recueille dans ses panières,
Ces invités de fin de soirée, sans livrée.
Il laisse croupir au creux d’oubliettes proprettes
Balourdises, sottises et queues de cerises,
N’en peut plus, de raturer, biffer,
S’escagasser la santé
Pour la postérité
Et proclame la fin des hostilités
Les autres, les recalés,
Voués à un sort amer,
Dans la mer
Iront se jeter,
Écoeurés.
Ils pourront bien crier,
Se traîner à ses pieds, supplier
Peu de chance
Qu’il épargne ces reliquats indélicats
Il range, dérange les élus hurluberlus,
Qui paradent dignes et en cadence
Pleins d’insolence
Les écrits, dégringolent, en rigoles
Se bousculent, basculent
Hors du temps,
Réjouis comme des enfants
Dans une cour de récré.
Ces miraculés piaffent d’impatience
Et sans gêne, écrasent les pieds du voisin !
Quel honneur, quel bonheur
On sort de l’anonymat
Les p’tits gars !
Chantonnent-t-ils tous en chœur,
Ne traînons pas à cette heure
Rentrons dans l’ordinateur
Harassé, vidé de tout ressort
Sur ses vers
Solitaire,
À bout de nerfs
Le poète épuisé, s’endort.
Poème écrit par Brigitte Lécuyer - Mai 2004
ajouter un commentaire commentaires (2) créer un trackback recommander
Derniers Commentaires