Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Mardi 20 février 2007

Il en aura fallu du temps
Pour que je les retrouve à nouveau
Que les mots, comme des valses douces,
Me chavirent, m’amadouent,
Et que j’y crois, un peu, beaucoup
J’avais perdu le chemin, laissé filé mes mots
Le long de sentes vertigineuses qui mènent parfois
Aux prémices de la poésie…

Oh, j’avais toujours le bon mot, le mot pour rire
Mais juste un seul en fait,
Un mot qui fusait comme un boulet de canon,
Solitaire dans des conversations.
Un mot qui jouait le fanfaron, tournait en rond,
Comme un freluquet, un poltron
Les autres, les sonnets, les rimes, toute la joyeuse équipe des mots
Les litanies, les lexiques, les glossaires, la longue cohorte des mots,
Ceux que je chérissais tant, naguère,
Petite enfant,
Ceux que je confiais sans complexe à mes cahiers secrets,
Mes papiers froissés sur lesquels j’incrustais mes colères,
Mes envies, mes rancoeurs
Ma tristesse éperdue des jours sans mère
Sans repère.
Ceux-là même s’en étaient allés
Cachés, tapis, planqués derrière des murs oubliés.
J’ai tangué, d’un clapotis à l’autre,
Sur des mers lointaines, j’ai failli me noyer
Je perdais sans m’en apercevoir,
Le goût, la notion, le sens inné des mots
J’en devenais risible, malhabile,
Je m’enivrais des phrases toutes faites, de maximes, d’adages
J’en connaissais par cœur des pages et des pages
Que je débitais au kilo,
Et pour vous,  madame, monsieur, je vous en mets combien ?
Dans ma bouche, ça en devenait indécent, presque grossier 
Tous ces quintaux de mots empruntés à d’autres.
Les miens, les vrais,  mes créatures, mes petits,
Ceux perclus au fond de mon lit,
Ceux qu’on ne dit pas à n’importe qui
Ceux qu’on transcrit juste pour soi,
A l’aube claire, ou à la nuit
Mes mots chéris s’étaient enfuis.
Je ne savais plus lire, ni même écrire, seulement parler
Pour ne rien dire, discourir de tout
Et surtout de n’importe quoi,
Du temps qu’il fait ou qu’il va faire, et ce n’était plus moi, ça !
Je vaquais à des occupations hautement ménagères,
J’avais des taches essentielles à réaliser
De celles qui occupent une vie bien remplie
J’avais des enfants, un mari, l’esprit encombré de mille et un soucis
Plus le temps pour la réflexion, trop tôt pour l’introspection.
Et puis les enfants ont grandi, sont partis,
Le temps filait, indolent,
Et un jour comme un autre,
Il s’est cogné durement la tête à une réalité tout bête,
Coin de trottoir, pied qui dérape :
Pompiers, ambulance,
Débandade…
Fracture du genou qu’ils ont dit,
Opérations, des mois, des jours
De longs mois pour reconstruire,
De la patience, patience et longueur de temps.
Et soudain ma vie m’échappait,  mon corps se rebiffait,
Regimbait, ruait dans les brancards,
Alors, comme les absents ont toujours tort,
L’esprit mutilé se rebelle, trépigne,
Reprend du galon, clame son droit d’aînesse
Comme une idée fixe,  il s’évade par la fenêtre ouverte,
Pour y chercher de l’aide, n’importe comment, à tout prix.
Il se désespère… Ne s’évade que par les sommets de grands cèdres, 
Du  parc d’une clinique de rééducation, l’affreux mot pour les maux,
Et les oiseaux n’en finissaient de piailler,
N’ont cesse de le narguer de leur joyeuse liberté.  
Insurrection,  peur sournoise, douleurs cruelles
L’inquiétude et des pourquoi moi,  en veux tu en voilà
Des pourquoi à la pelle.
Et puis peu à peu, alors l’articulation lentement se guérit,
Que les os dans le silence et la détresse des nuits, se consolident
Les mots trouvent la faille, se font entendre en sourdine,
Les mots tentent une percée dans la carapace des jours
Une idée qui traverse en catimini, une fulgurance, une pensée timide,
Et un à un les revoilà, pétrifiés, tout transis,
Leurs lettrines jolies, empêtrées de toiles d’araignées 
Ils s’unissent pour gagner le droit de gérer ce corps qui supplie
Qui clame haut et bien fort : foutez-moi la paix, s’il vous plait ! 
Ils réapparaissent,  
A la vie renaissent
Un embrouillamini de mots, une salade de mots, un méli-mélo
Mais Dieu que c’est bon de savoir qu’ils sont là
Même en tirs groupés, bancals et maladroits
Mes mots à moi.

Brigitte lécuyer Février 2007

par Brigitte Lécuyer publié dans : Poésie
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Mercredi 14 février 2007

A Bernadette, la mère des Ogres de Barback


La maman des Ogres sourit tout le temps
La maman des Ogres est connue comme le loup blanc
La maman des Ogres n’aime pas quand
ses enfants mangent avec leurs doigts.
Elle ramasse les cailloux sur les chemins de la forêt
pour se venger de tous les petits Poucets.
La maman des Ogres glisse un goûter
dans les sacs de ses garnements quand ils s’en vont en tournée
et décrotte leurs bottes quand ils en rentrent épuisés.
Elle se demande, à leurs rots satisfaits
si en chemin, vite fait,
ils n’auraient pas croqué quelque groupie de sansonnet…
A quoi sert de leur donner une éducation ? C’est décidé,
elle ne veut plus qu’ils invitent leur cousin Hannibal
ce voyou pervers qui n’a aucune morale.
Il est encore pire que son père, tonton Barbe Bleue,
qui en est à sa neuvième femme – bel exemple pour ses neveux !
Qu’est-ce qu’ils vont faire quand ils seront grands ?
Des fois, être la maman des Ogres, c’est pas marrant.
Elle a beau potasser ses gros livres de recettes,
elle ne sait plus quoi faire à manger à ses enfants.

Texte écrit par Jean Gennaro

par Jena Gennaro publié dans : Poésie
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Mardi 13 février 2007

Cher ami,

  Voilà ce qui m’arrive : depuis quelques jours je n’arrivais pas à penser correctement et comme les ouvriers ont découvert un puits ancien dans notre jardin, un soir, je suis tombé dedans. Je ne sais pas pourquoi, mais dès que ce puits a été mis à jour, j’ai été irrésistiblement attiré par lui.

  Maintenant que je suis dedans… Je ne fais pas grand-chose pour en sortir… Je n’appelle pas au secours, je n’essaie pas de grimper contre les parois de pierre. Je me laisse choir au fond du puits. C’est un peu humide… de l’eau jusqu’au ras des fesses. Mais aucune envie de remonter. Enfin, pour le moment les choses sont ainsi. Je ne me presse pas, je me dis qu’un moment ou à un autre l’envie viendra de remonter. Voilà où j’en suis : je constate que l’envie se fait attendre. Pour l’instant, ma seule envie est de me recroqueviller au fond de ce trou… et d’y hiberner hiver comme été. Mon envie, au fond, est de ne plus être là pour personne. Sinon pour ma femme et vous cher ami. Je suis tombé dans un accès de mélancolie. Je le sais…

  Maintenant que j’ai trouvé ce trou. Je me dis que je le cherchais depuis longtemps à ras de terre, sans le trouver… parce que, dans notre environnement, à chaque fois qu’il y a un trou, on le rebouche immédiatement pour que personne ne tombe dedans. Tout le monde nous crie, lorsqu’on creuse un trou ou lorsque l’on en découvre un : « Attention ! » Vite, un panneau pour l’indiquer ; vite, des pelleteuses pour le reboucher. Personne ne s’occupe vraiment de ceux qui ont besoin de tomber dedans. Il est plus sain de tomber une bonne fois dans un trou plutôt que de se traîner lamentablement à la surface à la recherche de la moindre anfractuosité dans laquelle se glisser. Si vous saviez… comme ça fait du bien, de temps en temps, de se relâcher complètement pour atteindre enfin le fond ! Tous ces gens qui veulent à tout prix vous sortir de là, alors que vous n’êtes absolument pas prêt !

   Ma femme alerte une armée de pompiers pour me faire revenir... ; mais je sens bien que ce sera peine perdue de me remonter à la surface, si l’envie n’est pas là... D’ailleurs, la première chose que je ferai, quand tout le monde sera reparti, ce sera d’y retomber une nouvelle fois. C’est ça le problème, personne ne veut me laisser le temps… Ma femme me dit : « Accroche-toi ; les secours arrivent. » Je lui dis : « Surtout qu’ils ne se pressent pas. Il n’y a aucune urgence. » Et tous les voisins du village qui viennent voir « l’homme qui ne voulait pas sortir de son trou. » Et tous  qui me demandent un bon geste : « Allez reviens ! » Je leur dis « oui » quand ce sera le moment. « Et c’est quand ? » « Je sais pas. »

  J’ai été, un temps, l’attraction du village et des environs.  Mais, à part ma femme, les autres ont fini par se lasser…. On m’a lancé un journal de la région, afin que je voie que je faisais les gros titres. Un journaliste m’a expliqué que si je revenais dans… un jour ou deux,  il pourrait de nouveau faire un nouveau gros titre, au-delà je tomberais dans les oubliettes. Je lui ai répondu que j’y étais déjà tombées depuis longtemps personnellement. Et j’ai essayé de lui faire comprendre des choses qu’il ne voulait pas entendre… Au fond, il n’y a que ma femme qui croit encore en moi et qui, de temps en temps, me donne à manger au fond de mon trou et qui, avant de se coucher, vient me dire bonsoir aussi. Les autres c’est fini. D’ailleurs, elle leur dit ce que je ne sais pas moi-même : «… il reviendra ! » Evidemment ça m’encourage. Si elle pense ça, ça doit être vrai. J’ai une très grande confiance en son jugement. Même si, pour le moment, j’avoue que je ne vois pas le bout du tunnel qu’elle semble voir, elle. Je pense que, si je remonte, ce sera de nuit en catimini..  Mais qu’à la moindre défaillance… hop ! J’irai me réfugier au fond de mon trou. Moi je vois les choses comme ça, mais je peux me tromper…

  Si vous voulez tomber dans un trou, choisissez le bien. Dans son jardin c’est idéal. Certains sont tombés dans la rue au moment où l’on perçait le métro et ils se sont retrouvés avec la foule en mouvement des profondeurs… ça été terrible pour eux. Les trous très habités sont des pièges pour les loups solitaires comme nous.

  Bien amicalement

  Lucco

Texte écrit par Luc Hazebourck - Luc écrit actuellement la suite "des lettres de Lucco", qui s'intitulera "La femme de Lucco" et nous offre ici une première lettre.

par Luc Hazebrouck publié dans : Nouvelle
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Vendredi 2 février 2007

J’ai mal à mon poème,
Parce que l’eau de mes phrases
Se perd dans les sables
De la souffrance.

J’ai mal à mon poème,
Parce que mes mots
N’arrivent pas à dire
La difficulté d’être,
Ou si peu,
Ou si maladroitement,
Ou si timidement.

J’ai mal à mon poème,
Parce que mes vers
Sont bien dérisoires
Face à la misère.

J’ai mal,
Mais j’écris quand même,
Parce qu’il le faut,
Parce que sinon,
Il n’y aurait plus d’espoir.

Auteur anonyme

par auteur anonyme publié dans : Poésie
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Mercredi 31 janvier 2007

L'un écrit,
- espace -,
l'autre lit.
Entre deux,
autres nous,
quelques griffes,
quelques lignes.
Quelques lettres,
de l'un à l'autre,
de l'un pour l'autre.
Et l'autre ?
Autre vie,
autre signe
qui s'enroule,
sans racine
sans fin.
Feuille noircie,
chemin d'écriture,
trait d'union,
de papier :
main tendue.
Là, se glisse,
haletante,
l'idée de l'autre
qu'écrit l'un,
le désir de l'un
à l'autre,
l'espoir démesuré
du lien,
écrit tendu.
Voix inscrites
Traces vives
pour une parole absente,
mots manquants,
hésitants.
Éperdus
Par les mots,
lignes liées.
À l'horizon,
dire au lointain
l'écart des regards.
Diligenter
avec adresse
une geste de plume
et confier ses pages
aux vents ouverts.
nord sud
parcours et distance
de pensée
de douleur
et de savoir
pour exhaler
un non-dit
tuer un silence
tu es un, autre
tromper, abuser
l'espace et le temps,
et vouloir extirper
de nos corps
l'indicible retenue
de la chair
comme l'angoisse
de sa disparition.
Tension écrite,
jetées folles.
Risques de l'oubli.
Attente du retour...

Quand bien même
serions-nous faits de mots :
point d'illusion,
point d'interrogation.
La rencontre de deux points
ne figurera-t-elle
à jamais
qu'un autre point ?
Point
.

Poème de Fritz BANG - Novembre 2006

par Fritz BANG publié dans : Poésie
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Mardi 16 janvier 2007

    Ce n'est pas encore cette fois-ci, que je verrais les fastes de la nouvelle mairie. C'est donc, une chance que ce soit encore à coté de chez moi. J'ai apprécié la transformation de la salle de sport, où mon fiston (qui a déserté définitivement Cergy pour Paris 15ème)  grimpait aux murs, il y a quelques mois à peine.  Je dois avouer que j'ai aimé la déco qui était soft et élégante. J'ai néanmoins entendu des gens se plaindre du quartier disant qu'ils avaient eu un mal de chien à trouver une place pour se garer. Je connais le problème par coeur puisque je vis dans ce quartier depuis plus de vingt ans, mais une fois de plus, personne n'avait pas pensé à ce détail pratique. Je suppose que nos problèmes lassent, et ne pèsent pas bien lourds dans la bataille électorale qui se joue. Je sais seulement que la Bastide reste une épine plantée dans le pied de notre Maire, pour x raisons  sur lesquelles je ne m'étendrais pas en cette soirée de fête.
    Durant toute la séance des voeux,  j'ai  souffert de la température démente, et comme beaucoup,  j'ai pensé : où sont les économies d'énergie ? C'est alors que, cherchant un peu d'air en direction des couloirs,  un grand black me dit que je suis bien rouge, je lui réplique, que je ne peux lui rendre la pareille. Bon à ce moment-là, j'en étais seulement à ma deuxième coupe de Champagne, qui était fort délicieux,  alors que le reste, ce qui est sensé être comestible d'ordinaire,  me sembla assez ordinaire. J'y reviendrai plus tard.
    Après qu'on eut vérifié mon carton d'invitation à l'entrée, je reçus une petite boîte, la curiosité l'emporta et je me dépêchais d'ouvrir, (je me méfie peut être à tort, des cadeaux de la mairie, celui de l'année dernière était d'un goût douteux,  j'ai dû en faire profiter un des enfants de mes voisins. A l'intérieur d'un mini pot, je discernais une crotte en chocolat !  Ne riez pas, la lumière étant opacifiée, ça ne permettait pas de bien voir. Et comme j'étais venue sans sac à main, pour des raisons pratiques, je tentais de caser le truc encombrant dans une de mes poches de manteau. Je donnais celui-ci au  vestiaire  où des jeunes filles en fleur, tout sourire, se pelaient de froid, en rangeant les doudounes des autres.   Le carton d'invitation indiquait 18 heures, et je suis hélas, du genre toujours à l'heure, on ne se refait pas.
    Il y avait deux entrées, une en haut et l'autre en bas. J'ai vite compris, qu'on faisait la queue pour serrer la pince monseigneur du grand chef, et se faire présenter des voeux peut être pas si sincères que çà. Alors j'ai traîné un peu, l'air de rien, en attendant que mes copines rappliquent. Quand deux sbires m'ont affirmé que je n'étais pas obligée d'en passer par là où je ne voulais surtout pas passer. « Vous êtes certains ? », leur dis-je. « Si je ne passe pas par la case départ, je n'irai pas en prison ».  Les gentils messieurs m'ont laissée passer. J'ai donc poussé un ouf de soulagement discret, et je suis entrée.
    J'ai senti  la chaleur ambiante me sauter aux joues, la foule commençait à circuler lentement, chacun cherchant des yeux les siens, ceux de son clan, et les autres, ceux qui se réjouissaient en douce de faire partie de l'élite. J'ai été contente d'apercevoir une tête connue, en l'occurrence notre secrétaire. Il arborait costume et cravate, et on a fait un brin de causette succinct, vu qu'on ne s'était pas vus depuis le matin même. Lui était passé par la case départ, moi, j'avais bifurqué, chacun ses choix ! Au passage j'ai apprécié qu'on ait mis des sièges pour les gens âgés, les indigents et les malades, et j'ai tenté de m'asseoir, mais une mégère pas apprivoisée m'a houspillée : « c'est pris » a-t-elle dit, d'un air revêche, et vite elle a posé son sac à main sur la chaise, pour marquer son territoire  J'ai fui dans une autre direction avec un sourire narquois. L'air de dire, ma cocotte, profite bien de ta chaise,   je resterai debout contre vents et marées, je suis encore jeune, moi ! Bien que mes genoux  eux, disaient le contraire.
    Ça n'en finissait pas là-haut,  les serrements de main et les embrassades, berk, berk avec la chaleur, je me suis pensé, que les miasmes de la gastro hivernale devaient se réjouir de tant d'effusion et proliférer à toute allure.
    J'ai retrouvé notre secrétaire, mais je lui ai pas demandé : Alors, comment ça s'est passé. Je l'ai laissé avec ses secrets et ses convictions, c'est très intime ces choses là ! J'ai continué à bavasser, en attendant que ça se passe, tandis qu'une vieille copine attendait que j'aie fini de débiter mon lot de balivernes, pour me dire bonjour.
    Le temps passait et ça n'en finissait  toujours pas  les petites parlottes et les apartés, et la foule continuait de s'agglutiner.  On se serrait bravement les coudes à présent et la chaleur montait, montait. Soudain, mon téléphone portable a vibré et une voix amie a  dit : « on est là », j'ai dit  "où ",  elle m'a guidée à travers un bloc compact qui ne voulait pas se bouger d'un poil, j'ai dit pardon, pardon messieurs dames, une quinzaine de fois, le téléphone scotché sur mon oreille, et enfin je les ai trouvées, toutes belles, chic  et en rouge pétant, l'une comme l'autre !  Moi je n'avais que mon écharpe de rouge, et mon visage. Il était temps que je me pose,  à presque 19 H 15, l'équipe municipale s'est avancée sur la scène et le spectacle a commencé. Retransmis par des écrans géants pour qu'on ne rate aucun détail. Monsieur Larsen a tenté quelques couacs, et comme je ne m'attendais pas à des retentissants bouleversements, je n'ai pas écouté grand-chose. La politique c'est toujours pareil, pas de préliminaires, on entre dans le vif du sujet, mais moi je suis une sentimentale, il faut m'enrober les maux dans la guimauve, me les enrouler dans du papier de soie,  pour que je les trouve  jolis et bien tendres !!! Et puis, ce n'était pas franchement ce que j'avais envie d'entendre. Je dansais d'un pied sur l'autre en reluquant le Champagne que des serveurs stylés commençaient à servir dans des flûtes entassées  en une pyramide savante.  Je pensais, zut, le Champagne va être chaud, quel dommage !  Le maire qui n'avait pas mis de cravate rouge continuait son laïus avec conviction, tout en déboisant sans vergogne sur son futur adversaire qui apparemment n'était pas encore arrivé.   La cravate du maire était si pale qu'on la discernait à peine, par contre son brushing semblait figé et sa coloration aussi !   Une  dame replète à coté de lui, se cramponnait à un sac pas plus grand qu'un confetti, je me suis juste demandé de quoi elle s'occupait. Le groupe semblait soudé, ils étaient tous attentifs  et conquis  d'avance,  sauf peut être l'opposition qui devait trouver qu'il en faisait des tonnes, et que ça avait assez duré.
    Les serveurs ont apporté des plateaux garnis de  trucs en couleur, qui semblaient être mangeables.  J’étais fascinée par ces petits ronds couverts de mayonnaise certainement pas allégée. Comme on était près de la table, on a été les premières servies, mais alors on ne pouvait plus s'échapper, de partout ça affluait. Ils  voulaient tous leur part du butin. Enfin j'ai pu m'extraire du magma et quitter la sainte table, et siroter mon Champagne qui avait bien du  mérite à rester frais. La bouffe était navrante : rien que des trucs mous, déjà pré mâchés !  J'ai fait remarqué à mes copines qu'on sentait bien que la population vieillissait car il n'y avait à manger que des choses semi liquides. Elles ont eu la bonté de sourire à ma sortie du jour. Ça suffisait à me rendre joyeuse.
    J'ai continué mon tour de foule, j'ai salué des têtes connues, des de près et d'autres de loin, j'ai englouti quand même quelques denrées molles et sans saveur, mais finalement j'ai opté pour le liquide, et j'ai fait en sorte de faire renouveler le contenu de mon verre dès qu'il était vide. J'ai vu arriver un énorme plateau d'huîtres et une copine qui n'avait pas l'intention de s'éloigner de la table de sitôt, m'en a fait passer une,  l'huître était en gelée, et comme je ne pouvais pas cracher, j'ai dû l'avaler à regret. Par la suite, j'ai préféré m'en tenir à ce que j'avais absorbé par hasard,  plutôt que de continuer à gober n'importe quoi, sous prétexte que c'est gratuit.  J'ai parlé avec des dizaines de personnes, mais je ne sais plus de quoi, faut dire qu'à la quatrième coupe, j'étais encore moins fraîche que les huîtres, mon sang bouillait littéralement. Il était temps de filer à l'anglaise, de retrouver l'air frais, de dire adieu à la foule qui s'éclaircissait, et qui attendait que le gros de la troupe ait déguerpi pour se taper tout le dessert. Je n'ai pas eu la patience d'attendre, mes copines s'étaient déjà fait la malle.
    J'ai donc réintégré mon manteau, la rue de l'Abondance qui porte si mal son nom. En trois minutes, j'ai atteint mon home, salué mon homme, et j'ai pris une douche salvatrice pour me laver de tous les miasmes qui me collaient à la peau.
    A l'année prochaine, si j'en réchappe !
Brigitte Lécuyer Janvier 2007  

 

par Brigitte Lécuyer publié dans : Billet d'humeur
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Vendredi 12 janvier 2007

                           Les vœux de nouvel an
                         Sont toujours les mêmes :
                      Prendre de bonnes résolutions,
                         Se souhaiter le meilleur
                             … Vile rengaine …

                               Pour ma part,
                      Je souhaite que chacun reçoive
                             Selon ses actes,
                          Que justice soit faite
                      Car voilà mon coup de ras l’bol
                            … Point de grâce …

                        Que celui qui tue soit tué,
                    Que celui qui blasphème soit berné,
                    Que celui qui blesse soit choqué !
                        Que celui qui fait du bien
                          Soit enfin récompensé.

                      Je ne peux plus vivre d’utopie,
                          J’ai besoin de réalité.
                 A toutes ces belles paroles, et ri et ri…
                         Je préfère l’instantané,

                           Ce qui sort du cœur,
                       Sans tricherie, sans rancœur,
                       Quitte à essuyer des pleurs.
                      Mais quand la sincérité est là…
                         Les larmes il n’y a pas.

                             Jouer franc jeu,
                             Cartes sur table,
                        Ne plus se faire des nœuds,
                          Fuir ce monde affable.

                           Bonne année à tous !
                      J’espère bien que pour mes vœux
                                L’on tousse
                      Et que dans ma quête de vérité,
                    On se retrouve à la queue leu leu.

Poème d'Arielle ALBY

par Arielle ALBY publié dans : Poésie
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Lundi 8 janvier 2007

Cette nuit, nous nous sommes présentés à minuit trente aux ateliers. Le chef avait sa tête des jours mal rasés, le champagne encore pétillant dans l’estomac : trop tendu le patron, pas bon pour nos affaires…
C’est Henri qui a parlé le premier :
- « J’ai fait mon tour. A la cité des Quatre Mains, même s’il n’y a plus beaucoup de réverbères qui fonctionnent, les poteaux d’éclairage sont toujours là. On pourrait sans problème y installer les …. »
Mais le chef l’a fait taire d’un geste de la main. On aurait dit qu’il était pas réveillé, qu’il luttait encore contre l’excès d’alcool. Il faut dire que c’était une drôle d’idée de fêter son départ en retraite – « son enterrement », comme il disait - un 31 décembre. Mais à André, on ne pouvait rien refuser. Après 46 ans de bons et loyaux services à la communauté, avec Gérard, le jardinier, le chef des Services techniques de la ville était le plus vieil employé municipal. Pas un seul élu de Cordillant qui puisse le battre à l’ancienneté. Faut dire que « DD », c’est comme cela que l’on surnomme le chef, nous a souvent parlé de ses débuts dans le métier, il n’avait pas 16 ans ; du temps de Monsieur Bonti, le Maire, un Communiste, un vrai, dans les années 60 ! C’était l’époque où, à l’entendre, il fallait tout faire à l’échelle. Il y avait pas de camion grue, pas de nacelle, pas de casque de sécurité…
Il m’fait rire le « DD ». Moi, en 1960, j’étais dans les langes !! Enfin bref, aucun conseiller municipal, même pas Madame le Maire – qui lui a remis la médaille du travail tout à l’heure – ne s’est opposé à cette excentricité. Nous, bien sûr, avec les gars du syndicat, on a tous hurlé « au loup ! » à l’idée de passer notre réveillon à fêter le départ du « vieux con ». Déjà que nous avons les astreintes le week-end et une nuit par semaine, là, c’était aller un peu fort tout de même.
Mais « DD » nous a tous convoqués quelques jours plus tard, ici même aux ateliers, soit-disant pour nous présenter notre nouveau chef, et puis, en fait de nouveau chef, il s’est mis à nous raconter une drôle d’histoire… A la fin, on avait tous les larmes aux yeux et même Christian, le dur du syndicat, a pour une fois fermé sa gueule.
C’est pour cela qu’on est presque tous là ce soir, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Bien sûr, cela n’a pas été facile de trouver des excuses auprès de nos familles. Certains, comme Julien, ont dû même y renoncer, à cause de sa grand mère malade qu’il visite tous les ans au changement de numéro. Faut dire que la vieille est née le premier janvier, alors forcément !
André donne des ordres, peut-être ses derniers avant son départ officiel ce 3 janvier. Déjà les moteurs tournent. Les gars n’ont pas traîné pour enfiler leur tenue de travail et sauter dans les bahuts. On se croirait un matin de veille des élections quand tout le monde est sur le pont pour installer les 18 bureaux de vote de Cordillant. Pas ou peu de mots échangés, mais beaucoup de sourires aux lèvres. Presque tout le matériel roulant est de sortie, camions grue, ateliers mobiles des menuisiers et des serruriers, les fourgonnettes des électriciens, les plateaux des gars des Espaces Verts. Tout a été préparé depuis maintenant trois semaines. Nous nous sommes divisés en équipes pour intervenir dans les différents quartiers. La course contre la montre commence. Il faut que tout soit terminé avant 8 h demain matin. Avec Henri, Jacques, Djibouré et Tonio, nous avions en charge la rue commerçante de Cordillant. Une chance que le temps soit avec nous et que le thermomètre se maintienne quelques degrés au-dessus de zéro. Si cela avait été comme l’année dernière, nous n’aurions pu agir aussi vite sans prendre de grands risques…
A trois heures trente du matin, nous n’avions que 10 minutes de retard sur l’horaire prévu et, sur le parking du supermarché, notre lieu de ralliement, nous étions tous fiers d’avoir accompli la première partie de notre besogne. Il y eut bien quelques soucis dans l’équipe des « éboueurs », mais après tout, c’était normal. Pour eux, même bien encadrés, ce genre de grandes manœuvres relevait de l’improvisation !
Le café chaud et les croissants furent l’affaire de Gérôme, le gardien du gymnase des Tourelles. Mon Dieu que c’était bon ! Les plaisanteries fusaient. Le chef, totalement dégrisé, semblait vouloir dire merci dans chacune de ses poignées de main, au ton de ses consignes, à la nature de ses petites tapes amicales… Ses yeux brillaient comme des étoiles. Je ne sais encore maintenant, si c’était des larmes de joie ou de souffrance enfin libérée…

L’histoire de « DD » était banale. D’Italie, il était arrivé en région parisienne à l’âge de 10 ans avec ses parents, sa sœur et ses deux frères. Son père fut tout de suite embauché à l’usine automobile, sa mère faisait les ménages. On leur avait promis un logement de fonction. Après quelques mois de transit dans un bidonville sordide à Nanterre, ils se sont retrouvés entassés, comme des centaines d’autres familles ouvrières, dans un trois pièces aux Quatre Mains. Pour les parents d’André, c’était la réussite, l’eau courante, les sanitaires, l’électricité, le chauffage, mais pour lui…Quitter sa Lucchesia natale au climat si tempéré, au ciel presque toujours bleu, toute proche de la mer, pour trouver les matins gris et froids de Cordillant, laisser la ferme familiale à mi-chemin entre Lucques et Florence, nichée au milieu de merveilleux paysages riches de pinèdes, d'oliveraies et de châtaigneraies pour aboutir dans le béton sordide des Quatre Mains, trahir sa langue natale et se forcer à apprendre le Français alors que 20 langues différentes habitaient déjà les murs de la cité, trop, c’en était trop ! Pendant quatre années, le petit André s’est recroquevillé dans sa coquille de déraciné, passant de longues nuits à pleurer, avec le faible espoir que tout cela n’était qu’un mauvais rêve et que « demain, enfin ils repartiraient au pays… ».

La deuxième partie de la nuit fut plus pénible que la première. Bien sûr, la fatigue commençait à jouer sur les nerfs des équipes et nous avions besoin de toute notre conviction pour rester à l’œuvre, surtout que la température frôlait la catastrophe et qu’une brume givrante s’amusait à percer nos anoraks. Le plus dur fut de respecter scrupuleusement la consigne N° 1 : « faire le moins de bruit possible ». Des mécaniciens, des plombiers, des jardiniers, des menuisiers, …, vous savez, ils sont tous capables de faire des merveilles de leur dix doigts, même de vous improviser des scénarii de virtuosité, mais, travailler sans bruit ! Alors là, c’était vraiment leur demander la lune !… Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais nous avons tous été des génies. Même que Paul nous a passé vers 4 heures du matin un bon tuyau sur nos talkies-walkies : une astuce à lui pour fixer les pitons dans les murs à moindre décibels. Il y a pas à dire, il a mérité son titre de technicien supérieur en cours du soir au CNAM notre Paul. Un super pro ! Tout en m’activant sur ma nacelle, je repensais à l’histoire de notre chef, enfin chef seulement encore pour quelques heures.

A quinze ans, « DD » était sorti du trou d’autisme où il s’était fourré, notamment grâce à un nouveau copain rencontré à l’école. Aussi paumé et italien que lui, voisin des Quatre Mains, ils avaient ensemble reconstruit le monde, leur monde, pour mieux relever la tête et accepter leur sort. Une nouvelle vie pouvait commencer. André fit cette année-là des progrès remarquables en français – sans pouvoir néanmoins « masquer » son terrible accent du pays natal qu’il a d’ailleurs toujours aujourd’hui. Avec Giuliano, il réussit même à caracoler dans les 10 premières places de sa classe, ce qui leur valut un certain succès auprès des filles. Giuliano avait choisi Magdeleine, André fricotait déjà avec Nathalie qui deviendrait sa femme 5 ans plus tard. A 17 ans, ils participaient aux réunions de quartier du parti Communiste. Pour payer une robe ou un ciné à leurs conquêtes, ils faisaient des extras aux services techniques de la ville. Ils avaient retrouvé l’espoir, une ligne d’horizon sur l’avenir. Et puis, il y eut ce drame pour tout balayer, pour tout exploser, pour…

Sur les coups de 6 heures 30, « André » et « Jean », son second pour l’opération, appelèrent toutes les équipes une par une sur leur talkie pour savoir comment avançait la manœuvre. Nous étions éreintés mais l’humeur des troupes était excellente. Nous sûmes quelques jours plus tard que seule l’équipe des charpentiers avaient rencontré de vraies difficultés dans le quartier sud ; ils avaient dû créer de nombreux points d’ancrage sur les façades des bâtiments, ce qui ralentissait sérieusement leurs affaires, mais ils furent aidés en dernière heure par trois autres équipes qui avaient déjà terminé leur ouvrage.

Le 28 novembre 1957, c’était un jeudi de grand froid, Giuliano et André avaient été « réquisitionnés » par les services techniques de la ville pour donner un coup de main et placer les premières illuminations de Noël que connut Cordillant. Aujourd’hui, cela ne se pourrait plus. La législation du travail, sous la pression des p’tits gars du syndicat, a depuis longtemps interdit ce genre de recours à de la main d’œuvre extérieure locale et « saisonnière ».
Installer des illuminations, c’était pour DD et Giuliano une véritable aubaine. Tout d’abord, le jeudi ne leur faisait manquer aucun cours au lycée, et ensuite la journée continue de 7 h à 21 h était fort bien payée. Mon Dieu qu’ils étaient fiers, grimpés sur leur échelle, avec les 4 employés communaux de la voirie, pour fixer au travers de la rue commerçante les cadres aux ampoules multicolores ! André s’en souvient toujours, il y avait 13 cadres à placer sur la longueur de la rue ; en alternance deux séries de six – de même format rectangulaire, mais au motif différent (feuilles de houx ou rosaces) - et un dernier central en forme de flocon de neige. A la pause de midi, Magdeleine et Nathalie étaient venues leur apporter leur panier et leur avait réservé une petite surprise. C’était la première fois que les garçons goûtaient du pain d’épice ! Ils l’avaient d’ailleurs partagé tout de suite avec les employés municipaux et leurs compagnes.

A 8 heures moins cinq, tous les camions et les hommes étaient rentrés aux ateliers, mission accomplie. Sûr que cela allait jaser dans le pays mais pour « DD », ils seraient allés au bout du monde. En sortant des camions, on voyait bien que les gestes des gars étaient lourds de fatigue, les dos et les bras labourés de courbatures, les visages nettoyés par la sueur. Après la douche obligatoire et réparatrice, les habits de tous les jours retrouvés avec délice, le chef avait exprimé le souhait de nous dire un dernier petit mot dans le grand entrepôt. Et là ! Quel ne fut pas notre étonnement de voir presque toutes nos femmes et enfants réunis pour nous accueillir et nous souhaiter la Bonne Année : avec chocolats chauds et brioches, café et gâteaux… et même, rillettes, saucisses, pâtés, jambons et le petit coup de rouge. A travailler comme des fous toute la nuit, c’est vrai que nous n’avions même pas songé à nous « donner la bonne année » aux 12 coups de l’église Saint-Martial. Trop occupés que nous étions, faut dire. André nous a remerciés. Avec la larme à l’œil, le verre de café dans une main, une brioche tremblante dans l’autre, ils nous a simplement dit : « Vous êtes tous des chics types » et nous, on ne sait pas pourquoi, on a tous applaudi. Comme pour chasser toute cette tension de la nuit, cette consigne de silence, ce mauvais souvenir de « DD ». Aujourd’hui, on est tous d’accord pour dire que ce fut notre plus beau réveillon !

Giuliano était un fin siffleur et quand il bossait dur, il ne pouvait s’empêcher de faire ses bruits d’oiseau. Evidemment, ses airs préférés étaient des chants patriotiques que nous apprenions à la section du PC avant les grandes manifs. Ce n’était sans doute pas une bonne idée de chanter ces airs là sous les fenêtres des bourgeois du centre ville, mais de là à montrer tant de mépris pour des jeunes qui installent de belles lumières de fête dans votre quartier ! A deux, trois reprises, Giuliano fut prié de se taire. Ce fut d’abord le clerc de notaire qui sortit de son étude comme un diable d’une boîte à ressort, puis la femme du pharmacien qui ouvrit sa fenêtre pour crier au scandale… Mais Giuliano, qui était plutôt fier et pas du genre à se laisser influencer par la haute société, se mit à siffler de plus belle. André, et les gars de la voirie riaient. Ah ! Si seulement ils avaient su à ce moment là ? Tout est allé très vite. Alors que l’équipe posait le onzième cadre à hauteur du numéro 39 de la rue, la femme du médecin – faut dire qu’elle était particulièrement punaise celle-là – est sortie à sa fenêtre, juste au-dessus du chantier, avec un grand seau d’eau. Excédée par les chants patriotiques, elle voulut lancer sa flotte sur la tête de Giuliano. Dans sa colère et sa précipitation, sa main glissa. Le seau et son contenu volèrent ensemble sur la tête de Giuliano qui ne s’y attendait pas. En équilibre instable en haut de l’échelle, occupé à soutenir à bout de bras un cadre de 50 kilos, Giuliano fut déséquilibré et tomba de 3 m 50 de haut. André se précipita au chevet du corps de son ami, étendu inerte sur la chaussée. La femme du médecin poussa un cri horrible, les gens accoururent de toutes les boutiques voisines, sortirent des maisons. André en voyant son ami sans vie, la tête curieusement tournée, tremblait de tout ses membres en disant sans cesse « ce n’est pas vrai », « ce n’est pas vrai », « dites-moi que ce n’est pas vrai » ! Puis Giuliano ouvrit une dernière fois les yeux. Il murmurait quelque chose. André pencha son oreille à hauteur de sa bouche pour mieux l’entendre ; il s’écoula une minute, peut-être deux, puis tout fut terminé….

Aujourd’hui, ce 2 janvier 2007, tous les journaux locaux ne parlent que de ça. : « Cordillant : mystérieuse migration des décorations de Noël la nuit du Nouvel An ! », « 1er janvier 2007 illuminé à la cité des Quatre Mains à Cordillant  ! - les habitants du quartier Est en sont aussi étonnés que ravis… » Même Madame Solange Estimont, actuelle Maire de Cordillant, n’était pas au courant. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, toutes les décorations lumineuses de la ville ont été démontées du centre ville, pour être installées dans les quartiers réputés difficiles ou excentrés de la commune. Les riverains interrogés ont bien déclaré avoir entendu des bruits d’engins et être étonnés de voir travailler les services municipaux la nuit du réveillon, mais ils étaient trop occupés à faire la fête.
Ce qui est sûr, c’est que les résidents des Quatre Mains, de la Croix Saint Charles, du Vieux Moulin et du Puits Massé ont eu la bonne surprise de découvrir hier soir leur quartier sous un éclairage de fête qu’ils n’avaient jamais connu. Les élus des quartiers concernés, bien que totalement impuissants à donner quelque explication rationnelle, sont ravis, les commerçants du centre-ville crient « au scandale ». Madame Solange Estimont a ordonné une enquête auprès de la Gendarmerie, mais sans vouloir nous en dire plus, elle nous affirmait ce matin avoir sa petite idée…

« DD » s’était penché sur l’oreille de Giuliano. Ce dernier lui avait fait promettre qu’un jour il y aurait aussi des décorations de Noël à la cité des Quatre Mains. Pour que le monde soit moins bête, pour que la vie ait un sens, pour que les jeunes de là-bas eux aussi participent à la fête, pour que son histoire ne soit pas oubliée, pour lui, pour Magdeleine et l’enfant qu’elle portait déjà dans son ventre… Un enfant qu’il lui demandait maintenant de protéger jusqu’à sa majorité. André avait promis, et quelques mois après son service militaire, il embauchait au garage de la commune.


Nouvelle écrite le 31 décembre 2006 par V.Gabralga – P. Raimbault

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Mercredi 20 décembre 2006

                          Je suis faite de bois,
                         Je suis blanche et pure,
                      J’aime que l’on danse sur moi,
                     Que les mots se tiennent la main
                           Pour que je perdure.

                      Je suis goulue, jamais repue !
                          J’aime qu’on me dévore,
                  Je prends tout ce qui me tombe dessus :
            Les dessins, les pâtés, je n’en fais qu’une bouchée
                       Pour qu’avec moi tu t’endors.

                   J’ai faim d’expressions, de dictons,
                   Ce n’est plus par appétit d’ailleurs,
               Mais par plaisir…. Rien que pour le bonheur !
                        J’avale toutes les encres,
                      Me laisse noter par les pions.

                        J’ostente à faire ripaille
                         Quitte à finir à la baye.
                   Je ne supporte pas le moindre soupir,
                Le silence qui ne comblerait pas mon désir
                    …. Celui de tout gober, oui tout !

                      Je ne grossis pas pour autant,
                             Je reste 21 x 29,
             Mais croyez moi : quand mon pied vous atteindrez,
                    Je m’en serais mis plein la panse,
                     Et pourtant c’est toi qui pense.

                        Je suis gourmande de rimes,
                         Je me lèche les babines.
               S’il vous plaît, remplissez aussi le verso !

 

Texte écrit par Arielle  ALBY pour le concours du CPCV (www.cpcvidf.asso.fr) sur le thème de la gourmandise. Son poème a été édité dans un recueil réalisé pour cette occasion.

par Arielle ALBY publié dans : Poésie
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Dimanche 10 décembre 2006

Du fil de ces années où le fado m'a prise dans son moule
me marquant de manière indélébile de la saudade des Portugais,
je suis restée les sens imprégnés des images de l'estuaire du Tage.

Encore aujourd'hui, l'eau m'attire comme source de vie
qui rend sereine cette angoisse : vivre ou non-vivre !

Le bourdonnement du fleuve qui s'en va déboucher dans la mer
s'est mis à déteindre en moi dans mes promenades imaginaires
à travers le rouge des toits de tuiles de la cité des Lisboètes.
Et quand je descendais la Baixa aimantée par les quais
du Terreiro de Paço, je vivais déjà l'attente de laisser plonger
mon désir de humer le ciel, couleur d'azulejo endormi,
venant se projeter dans les mouettes marines du Tage.

Alors je fermais les yeux et je buvais d'un trait énergique
l'iode des plages qui arrivent au delà du pont et qui imbibent l'air, là-bas,
au point de rencontre des eaux.

Ce mélange du doux et du salé a inondé mon âme d'un sanglot prémonitoire
de fantaisie et d'amertume, de joie et de souffrance.
Ainsi, sans le savoir, je me suis sentie en communion
au point  de jonction des opposés des êtres hybrides à deux faces,
marquée du sceau, du sceptre solaire,
consécration mystique d'un vertige irréversible.

Et dans une union, sorte de kyrielle de tous les éléments,
le vent, dans un rugissement, ouvrit pour toujours la déchirure de mon destin,
me remettant dans les mains le spectre du verbe partir....

                                                                                                                                           Paula Gonçalves

Extrait de Ancre en éclats/ Âncora estilhaçada aux Editions Lusophone, collection Témoignages, version bilingue, 2006
Extrait « exposé » à Mots Arts  en correspondance avec Triptyque lisboète de Paula Liberato

par Paula Gonçalves publié dans : Extrait roman
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