Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Jeudi 31 mai 2007

   La statue sur la place publique, saviez-vous que c’était moi ? Je vois bien qu’il n’y a  plus rien à tirer de moi lorsque je deviens une statue de pierre lointaine. Petit à petit, à force de me durcir de l’intérieur, je ne ressens plus mon corps. Je n’ai plus de bouche pour sourire ou parler, je n’ai plus d’yeux, même plus de nez pour respirer. Est-ce encore vivant, un bloc de pierre ? Je me demande alors, à chaque fois, combien de temps ce blocage, dans le temps arrêté de la pierre, peut ainsi durer ? J’attends ; j’attends… ça n’en finit pas d’être ainsi dans le dur, loin de tout et de tous. Exilé dans un corps devenu monstrueux à force de devenir une pierre aussi dure : du granit ! Et pourquoi donc?

  Bien évidemment, comme je ne suis plus dans le mouvement des êtres, plus personne ne me voit quand je suis rendu à l’état de choses parmi les choses. Seulement moi, au fond, tout au fond, de la pierre, j’ai encore une conscience d’homme que personne ne peut entendre ni même voir. Alors je suis là, au milieu des statues de la place publique, devant tous et, en même temps, totalement inaperçu, sur mon piédestal. Pas un regard. Pas une compassion. Auriez-vous, vous-même, de la compassion pour de la pierre, même sculptée en statue ?

  Lorsque je sens que je vais devenir pierre, si ma femme me demande, comme je sais que je ne vais pas pouvoir lui parler à mon aise, je m’absente. Naturellement, à force de vivre avec moi, elle n’est pas dupe. Elle sait où me trouver, même si elle ne peut rien faire : il suffit qu’elle regarde les statues du parc tout proche de mon domicile. L’une d’elles… c’est moi. Quelle patience elle a ! Elle me voit. Me fait un signe de connivence. Auquel, évidemment, dans ma position, je ne réponds pas. Puis s’en va. J’avoue que dans ma détresse de pierre, savoir qu’elle est là et qu’elle attend simplement que je redevienne un être humain mouvant, a quelque chose de très réconfortant, lorsque je suis ainsi condamné à n’avoir qu’un cœur de pierre. Il y a au moins, dans cette ville, une personne charitable ne m’abandonnant pas dans mon état le plus pénible… 

  Quand je redeviens normal et que je vois une statue, j’ai du mal à imaginer que c’était moi. Parfois, je me demande aussi s’il n’y a pas un être humain qui se cache derrière… Un être que personne ne verrait, sauf moi, évidemment, à cause de l’expérience que vous savez. C’est troublant de ne pas être très sûr… C’est pourquoi, quand j’entre dans un jardin public, j’ai toujours un très grand respect pour les statues cachant peut-être des hommes dans mon genre… Je conçois bien que je ne suis pas d’un genre très réconfortant.

  « Viens dans mes bras ! » dit ma femme, avec une insouciance qui n’appartient qu’à elle. Mais avec quels bras voulez-vous que j’aille dans les siens ? J’ai déjà vu dans les musées tellement de statues antiques sans bras que j’ai peur qu’il m’arrive la même chose à cause des vicissitudes du temps.  Vous me voyez sans tête, sans jambes et sans bras : moi, réduit à un torse anonyme ! Un numéro dans un musée avec une étiquette dessus. « Trouvé, lors de fouilles archéologiques, dans les soubassements de l’immeuble où, croit-on savoir, a vécu un écrivain dont il ne nous reste plus rien aujourd’hui. » Et avec mon torse sans tête, comment voulez-vous que je leur réponde à ces archéologues aveugles qui me triturent dans tous les sens, sans rien comprendre de mon malheur intime ? Je suis la preuve de mon existence passée; je pourrais leur dire cela, si j’en avais encore la possibilité. J’ai peur des cimetières de sculptures antiques… Un monde fait d’oubli ! Vous voyez maintenant le rôle essentiel joué par ma femme : lorsque je suis à l’état de pierre, elle est encore là pour dire avec certitude… que je peux revenir d’un moment à l’autre, aussi vivant que n’importe qui… Mais il faut le dire, que ce n’est pas le cas de tout le monde !
j’ai vu par exemple de malheureux artistes qui cherchaient à me mimer sans imaginer les risques qu’ils prenaient. Certains, les pauvres, se sont figés à jamais dans leur numéro !


   L’état de statue est un curieux monde de silence assez impénétrable. Hélas, je ne le sais que trop ! Aussi, je vous demande d’agir pour le bien de toutes les statues honteusement maltraitées par les commissaires de la culture qui sévissent dans ce pays. Lorsque vous en voyez un en activité, n’hésitez pas, sortez votre révolver et tirez.    A l’avance merci. 

   Bien amicalement
Lucco, une statue en colère murée dans son silence.

 

Une nouvelle lettre de Lucco dans la collection "La femme de Lucco" de Luc Hazebrouck

par Luc Hazebrouck publié dans : Nouvelle
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Vendredi 25 mai 2007

Qui a dit que l'avenir d'un enfant se devait d'être joie, qui a dit que l'être humain avait des choix, qui a dit ? Qui a dit ça ? Je viens vous chanter, une histoire, si dure à raconter... Le temps m'est compté,je suis Camillia, fille de père ouvrier, fleur de lumière dans un pays en guerre, née au Rwanda, dans une famille, aux mille et un visages, je suis une toute petite fille sage qui rêve de jouer dans un film, je suis une Tutsi, et tout ce que je vis c'est la guerre, mes frères et mes soeurs, n'ont peur de rien, car, comme ils disent la peur c'est rien, et puis jouer c'est bien, et puis devenir une femme c'est loin. En classe, j'ai de moins en moins d'amis, ils partent au ciel comme on me dit, et plus je grandis, plus j'ai des avis sur tout, et surtout sur ce génocide qui écrit ces lignes dans les livres d'Histoire à l'occidentale, et quand quelqu'un souffre, j'ai mal, surtout quand c'est ma mère qui tombe malade. Et ces hommes pâles ne font rien, mais c'est normal quand on vit en Afrique Centrale. Ma mère tellement mal monte au ciel, sans jamais redescendre, mais nous vivons près de ses cendres. Puis le temps passe, mais le temps ne chasse pas les crimes, alors je me mets à écrire quelques rimes, pour pouvoir rêver, je verse l'encre pour dissiper l'averse dans les yeux des miens, alors mon père, qui veut faire taire la haine, nous emmène dans ce pays où il me dit que je serais comme reine.


Car mes peines ont fait de moi une femme forte, au lieu d'une femme morte. Mes peines ont fait de moi une femme forte au lieu d'une femme morte. J'emporte mes joies, mais je me cache telle une lâche. On se doit de faire ce choix, car dans cet hexagone, la loi dit que nous n'avons pas de papier, alors pas de toit, p as vraiment moi, car ici on me dévisage, pourtant je suis Camillia toute petite fille sage, qui s'est enfuie, pour pouvoir rêver au lieu de crever, qui s'est enfuie pour pouvoir rêver au lieu de crever. Mais m'avez-vous vu pleurer ? Avez-vous lu la déception dans mon regard ? Car, je marche la face vers le ciel, et si la joie a fait son choix, si elle a choisi son camp, j’me battrai pour sentir son parfum, celui de la liberté qui me feint. Serait-ce pour ce teint de peau, que certains ont peur, car merde, j'entends parler de bruit et d'odeur. Mais, qui a entendu mon cri de détresse ? Qui a senti le parfum de revanche ? Dans cette douce France, je fais plus que penser, plus que danser, je me bats pour vivre, on se bat pour vivre ! Alors quand on dort, mon père cherche l'or, à raison ou à tort, alors travaille au noir, ramène quelques euros, pour faire quelques heureux, à l'heure ou certains vivent dans des palaces, nous côtoyons la crasse... Mais en classe, mes frères et soeurs, nous savons que nous avons notre place, alors on amasse le savoir, car nous voulons être mais aussi avoir, voila le premier de nos devoirs. Parce que je suis Camillia, toute petite fille sage, qui veut rêver avant de crever, car mes peines ont fait de moi une femme forte, au lieu d'une femme morte, (Bis) Puis les années passent, mes démons je chasse, trouve ma place dans la société, commence à travailler. Et je fonde ma famille sur laquelle je dois veiller. Mais J'entends parler de retour en charter, car sur ces terres, moi et mes compères, ne sommes pas les bienvenus. Pourtant depuis le temps que je marche sur l'avenue de cette vie, j'ai vu les averses de haines, j'ai écrit les vers d'amour, et j'ai essayé de déverser l'humour. Tout ça pour esquiver la mort, mais là, je ne sais que dire, je n'arrive plus à sourire, ni même à rire, et j'entends au près des miens de longs soupirs... Alors que dire, à part que demain nous devrons partir, partir pour mes terres d'enfance, qui ne sont que mes terres d'errance, car mon pays c'est la France, alors pour être franche, j'aimerais dire à ce Monsieur que pour Elle, j'aurais pu toucher les cieux, mais qu'à ces yeux, je ne suis qu'une noire de trop, mais je suis Moi, Camillia m'endormant ce soir, sans penser à demain, demandant à Corneille, dans mes rêves, de partager son bonheur, parce que ce n'était peut être pas mon siècle, mon année ou mon heure, car j'ai cru que la vie était un rêve, et j'ai voulu rêver avant de crever, mais je me suis trompée, car qui a dit que l'être humain avait des choix, qui a dit ? Qui a dit ça ?

 

Texte de la  chanson “Camillia” tirée du premier album “Encre dans ma tête” de [Wm…], jeune slameur de Domont (95)
Vous pouvez écouter cette chanson, et découvrir l’univers du chanteur, sur le site Internet www.myspace.com/ecoutemonson

par Pierre Bertho - (Wm...) publié dans : Chanson
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Jeudi 24 mai 2007

 Suppose que la rose perde ses épines

Que le taureau n’encorne que des palissades sales

Que la foudre illumine le ciel à l’infini

Suppose que la mer soit douce

Que le crocodile laisse tomber ses crocs

Suppose que les fleuves ne débordent plus de leurs lits

Que la terre arrête de trembler
 
Suppose que le moustique plus jamais ne pique

Que le muguet supplante l’ivraie

Suppose que les tigres se muent en chatons ronronnants

Et que les chars s’enrayent dans le sable

Suppose que les hommes ne s’éventrent plus

Que mon cœur pour ton cœur batte à l’unisson

Un instant seulement

Suppose !

 

Brigitte lécuyer

par Brigitte Lécuyer publié dans : Poésie
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Mardi 22 mai 2007

Je suis né en France. Je n’ai pas désiré être français, je l’étais de fait.
Moi, je n’ai pas eu à la conquérir, la France. Elle m’a été donnée.
Mais à quel prix…

- Papa ! à l’école, on se moque sans arrêt de mon nom, on dit que c’est pas français. Papa ! D’où on vient ? C’est quoi, un espingouin ?
- Questions stupides ! Tu es français, mon fils ! Ce n’est pas comme si tu étais étranger…
- Tu la connais, toi, la langue de grand-pa ?
- Je n’ai qu’une langue, c’est le français.
Mon père ne parlait pas espagnol avec les voisins Castillans. Converser dans sa langue natale l’aurait signalé comme d’ailleurs.  Il avait laissé tomber celle-ci comme une vieille peau hors d’usage pour mieux muer en Français moyen.
Mais chez mes grands parents, j’entendais parler cette langue étrange
que je ne connaissais pas.
Il y avait donc des étrangers dans ma propre famille !
Ils venaient d’un pays dont j’ignorais tout, dont on ne me disait rien.
Quelques cartes postales jaunies de villages perdus dans la montagne
et des odeurs exotiques – les chants de ma grand-mère…
Elle chantait une vieille Espagne de soleil écrasant et de figues,
de chemins de cailloux et de mules… Avant les bombes de la Légion Condor.
El Condor pasa… no pasaran… marabout, bouts de langue, langue de bois,
bois pour oublier, oublier d’où tu viens…
 …de ce pays qu’on te décrit comme arriéré,
 gelé par le sabre et le goupillon,
  figé dans les clichés de ses enfants sans mémoire…
 On attendait que Franco crève pour y retourner.
 Cet épouvantail cachait en vérité
 un long cortège de peur, de silence et de honte…
 La honte d’être ce que tu n’es pas, au fond de toi.
 et  tout ce que j’ai appris plus tard, beaucoup plus tard…
 Les humiliations des républicains espagnols survivants parqués
  dans des camps en France…
 Des gosses élevés dans le mensonge et la soumission…
 

Sois Français et tais-toi !

 

La langue d’origine n’était pas pratiquée à la maison.
On n’a pas souhaité que je l’étudie à l’école. On ne la parlait que dans
les réunions de famille, hors de la présence des enfants. Elle était assimilée
au sabir nasillard de la voisine andalouse, à l’accent à couper au couteau.
La Conchita  avec ses bibelots et l’odeur de l’huile d’olive…
Je me sentais bien chez elle, moi, je retrouvais ma culture d’origine
à travers ce folklore un peu pathétique de poupées andalouses
gagnées à la Fête des Loges.

On devait être meilleurs que les autres. Il fallait être sans taches pour mériter d’être français. Il fallait être premiers à l’école. On s’est bien intégrés.
Mais à quel prix !...
Moi, je suis né en France. Je n’ai pas désiré être français, je l’étais de fait.
Mon ami Isaac, lui, la France, il la désire. Il lutte pour qu’elle l’accepte. Il sait ce qu’il lui doit, il en connaît la langue sur le bout des doigts, il la considère comme sa vraie patrie, il est très imprégné de cette culture de tolérance et d’ouverture que véhicule sa religion protestante … Et pourtant, malgré tout, certains prétendent qu’ici il n’est pas chez lui. Ici, il trouve tant de cœurs et de mains fermées…

Nous ne savons pas, nous autres nés européens, ce que c’est que de vivre tous les jours dans l’inquiétude, sous le poids de cette menace au quotidien :
le contrôle d’identité. Ou tout simplement la banale demande de papiers.

Désir de France… si seulement ces murs de refus avaient des oreilles… c’est comme un interminable suspense : au bout, sera-ce la fin de l’errance ou bien le retour à la case départ ?
L’homme non régularisé ne doit rien laisser paraître de cette peur qui pourrait se lire sur son visage : la peur quotidienne du contrôle qui pourrait le renvoyer en Enfer.
Car lui sait que l’Enfer est sur terre : il en vient.

L’espoir vissé au corps, il est comme un passager clandestin dans une société où il est pourtant bien intégré. Il a des amis qui croient qu’il est comme eux,
tant il est imprégné de la même culture. 
Mais lui, il n’est jamais tranquille. Il ne marche jamais insouciant, peinard, dans la rue. En permanence ce nœud dans le ventre, le regard qui malgré soi barre de travers… Lui, le sans papiers, vit depuis des années comme ça, il traîne derrière lui cette chaîne invisible comme un chapelet de larmes pétrifiées. Avec le sentiment amer qu’ici il n’est pas tout à fait quelqu’un.
Car au moindre contrôle d’identité…

Pourtant, que d’efforts il a consentis pour être reconnu, régularisé, pour simplement avoir le droit d’exister !
Question : quand la France daignera-t-elle enfin entendre son chant
d’amour pour elle ?

Nous autres, mon frère, nous n’avons que les mots pour t’aider, pour montrer les chemins du cœur et traverser les murs d’intolérance.
Ces mots migrateurs partis à la recherche de la patrie idéale, de ce pays d’où aucun être humain n’est rejeté…

On dit qu’en France, tout finit par des chansons. Mais il y en a pour qui la France, ça commence par un chant. Un chant de départ : celui de l’âme déracinée qui s’accroche à un rêve. Et ça continue par un chant d’arrivée, comme celui que fredonnent ces femmes coiffées de foulards dans la Gare d’Austerlitz, la gare des migrants du Sud :

Sur le grand quai des arrivées
une femme assise sur sa valise
attend en chantant de mémoire
un air de son pays quitté
un air d’avant qu’il fasse noir
Sur le grand quai des arrivées.

Un homme qui vient de son pays
l’entend et la chante l’air de rien
pour l’emmener un peu plus loin
faire son chemin dans les esprits.

Chanson perdue sur un quai de gare
p’tit air chanté Rue des Départs
tu cours ainsi de coeur en cœur
pour alléger un peu le malheur.
Et tu parles un peu du pays
celui qui ne vous quitte jamais
à l’homme qui traîne son sac Tati
dans le grand hall des arrivés
nulle part.

C’est une chanson que l’on se passe
de bouche en bouche comme un secret
comme si on se prenait la main
pour recoller ce qui fut brisé
pour mettre du baume sur ses plaies
et se rappeler d’où l’on vient.

Chanson d’avant, triste et amère
tu te fais belle et deviens fière
quand tu consoles l’étranger
qui te reprend sans y penser.

Elle monte dans le hall immense
cette mélopée d’âmes en partance
et son écho prend de l’ampleur
comme le chœur d’un opéra
un crescendo de toutes ces voix
unies dans une même douleur.

De ton joli filet de voix
Fille d’exil, tisse ce fil
qui nous relie avec le sol
du pays laissé derrière soi.

 

"Ce texte fut crée par Jean Gennaro pour la Semaine de l'Identité, co-organisée en mai 2007 par l'association Mots Migrateurs et la Maison de Quartier des Linandes de Cergy - Val d'Oise. C'est l'auteur lui-même qui interprétait son texte devant le public."

par Jean Gennaro publié dans : Témoignage
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Lundi 7 mai 2007

Le soleil dort sur la mer
Où ondulent quelques mats.
Le port s'arrime au paysage
Comme un vieux coquillage.
 
J¹ai rencontré des marins
Tout ruisselants d'anecdotes.
Ils m'ont vendu du haddock
Fraîchement pêché ce matin.
 
Le ciel se mire dans les vagues
Où nagent quelques maillots.
La plage s'enroule sur les flots
Comme un vieux parchemin.
 
J'ai aperçu des oiseaux
Tout ébouriffés de vitesse.
Ils m'ont dessiné des silences
Sur la portée de l'horizon.
 
Le vent se cache dans les cimetières
Où se noient quelques bateaux.
Le phare s'étire au couchant
Comme un vieux ménestrel.
 
J'ai ramassé des galets
Tout usés de tendresse.
Ils m'ont appris le sel
Des couleurs de l'océan.
                  
                  
V.Gabralga

Poésie extraite de l'ouvrage "Entre deux oreillers bleus" (épuisé)
de V. Gabralga. Editions Librairie Galerie Racine.
http://www.librairie-galerie-racine.com

par V. Gabralga publié dans : Poésie
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Mardi 24 avril 2007

 - « Vos papiers ! » -
Cher ami,

    Tout en avançant, dans la difficile traversée de la vie qui est, comme vous le savez, pleines d’embûches multiples et de pièges sans nom, il m’arrive des choses inouïes : je me perds de vue et je deviens un autre que je ne connais pas.  Je ne suis plus le même qu’avant – ça ne vous arrive  jamais de ne pas savoir qui vous êtes ? – Depuis, je me cherche partout, dans tous les recoins imaginables, pour savoir qui j’étais avant, qui je suis maintenant… tout cela change à une telle vitesse. Vous vous voyez et quand vous vous voyez de nouveau, patatras ! vous êtes déjà un autre. Cela s’est passé sans crier gare. Vous croyez que vous vous êtes simplement égaré… Mais pas du tout… Vous avez changé de l’intérieur. C’est assez perturbant comme expérience. Vous vous endormez un tel et vous vous réveillez un autre. Au bout d’un moment, vous ne savez plus qui vous êtes. Vous allez de l’avant, à votre recherche. Vous essayez d’aller vite pour ne pas vous faire devancer par vous-même.

   Il faudrait toujours avoir sur soi un certain nombre de photos pour se souvenir de ce que l’on a été, afin de faire le lien entre hier et aujourd’hui. Mais si la police vous demande : « qui êtes-vous ? Vos papiers » et si avec la meilleure volonté du monde et pour répondre pleinement à la question, vous sortez, tout naturellement, de votre poche l’album de votre vie afin de laisser la police fouiller dans le fatras de  vos personnalités multiples et successives…  vous risquez de provoquer, malgré vous, un quiproquo fâcheux. En effet, si pour vous, vous êtes déjà une énigme, alors vous pensez  pour un autre, vous abordant sans rien savoir, c’est un défi impossible! Il n’est d’ailleurs pas sûr du tout que la police veuille voir de préférence votre dernière transformation. Peut-être que l’avant-dernière était plus avantageuse… Allez savoir !… Seulement, étant donné que vous êtes le jouet de ces transformations : il est impossible de revenir en arrière… ou seulement par votre album photo.

  Imaginez donc un policier, vous demandant naïvement vos papiers. S’il savait, il ne vous demanderait rien. Pauvre homme ! Il faut savoir qu’il existe des gens qui, lors d’une vie, ne connaissent pas ces problèmes d’identités fortuites et qui, toute leur vie, restent identifiables au premier regard ; dès qu’ils sortent du ventre de leur mère, on sait qui ils sont.  Par exemple, je connais hélas  trop bien, et personnellement, un policier né policier. Dans le ventre de sa mère il avait déjà dressé un procès verbal contre elle. Un destin tout tracé. D’autres sont nés – je ne l’ai pas vu de mes yeux, mais je le crois sur parole -  plume à la main écrivant déjà avec leur sang.  Comment ceux-là peuvent-ils donc comprendre les personnalités changeantes ? Même avec la meilleure volonté du monde, ils ne peuvent pas. Pour ceux qui n’ont qu’une tête depuis toujours, vous êtes, assurément,  un vrai casse tête.

    C’est pourquoi, vous en conviendrez, il est préférable ne pas se perdre de vue trop longtemps, sinon, gare aux mauvaises surprises ! Ainsi, vous pensez être plongeur des fonds marins, vous vous installez confortablement dans votre métier et déjà pousse sur votre tête  à vingt mille lieux sous les mers, une casquette de pilote de ligne ! Vous devez alors, précipitamment, ranger  vos accessoires –palmes tuba, bouteilles - et votre connaissance des poissons en eaux profondes pour vous hisser vers un élément inconnu : l’air, les oiseaux, les hautes altitudes, la stratosphère… Changement vertigineux !  Vous commencez à vous habituer à la cabine de pilotage que déjà, vous rédigez des notes à vos collaborateurs, pour une liquidation judiciaire de votre entreprise en faillite et que vous trouvez dans le tiroir personnel de votre cabine de pilotage, se transformant en bureau, un pistolet qui vous donne envie de vous supprimer.

 Convenez que vous vous suivez mal.

   Parfois, il est arrivé que l’on me dise : « Votre tête ne me revient pas. » Je réponds alors : « Je sais, à moi non plus, elle ne me revient pas. » Mon problème est que j’ai trop de têtes en stock et en devenir. Je sens donc bien que vouloir me couper la tête est impossible. Vous en coupez une et  immédiatement, une autre repousse ! Et ainsi de suite… à cause de mon côté hydre. Mais il y a tout de même une bonne chose dans tout ça : l’hercule qui me tuera n’est pas encore né.

  Si j’ai eu le tort de me perdre de vue depuis trop longtemps, je le sais immédiatement. Et je le sais également par les regards étonnés de mon entourage. L’avant-dernière fois que je me suis reconnu, j’étais devenu, par un jeu de circonstances complexes, un individu très riche ayant des racines profondes dans le Vexin français. Mais hélas ! rien n’est fixé, tout change ! La dernière fois, j’étais un homme, sans même une photo sur lui, encore moins un album ; un sans papier attendant dans une zone de transit. Quelle vie !  

  Je vous salue sans pouvoir signer de mon nouveau nom – que je ne connais pas encore – je vous salue sans pouvoir mettre un timbre sur l’enveloppe étant donné mes poches vides.
Il paraît que j’ai déchiré mes papiers d’identité, aucun souvenir.
 Seule certitude : le vent ne me les rapportera pas.

……x…….x……x……x……x…..x……..x……x……

Une nouvelle lettre (lettre de Luco) de Luc Hazebrouck

par Luc Hazebrouck publié dans : Nouvelle
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Vendredi 6 avril 2007

Il est venu un soir croiser notre route. Il n’avait qu'une envie, celui de vivre comme tout le monde, intégré "comme ils disent"....
Immigré, Joshua vit en France depuis des années, sans papiers, c’est un clandestin du quotidien. Ce n'est pas l'aumône qui lui faut, encore moins la pitié, juste un regard, un job, un moment de reconnaissance, une main tendue.

Il a voulu participer à notre vie associative. Faire du théâtre, montrer qu'il sait écrire, lire... parler, jouer le Français parfois mieux que nous autres.
Il a tellement de choses à dire sur ces années d'errance entre l'Afrique et la France.
Pouvons-nous seulement imaginer ce que c'est, que de ne pas avoir d'identité sur un sol étranger ?
La peur d'être arrêté, aucune sécurité, être à la marge, au marché noir,... heureusement un peu de famille pour vous héberger et vous nourrir. Tout est mélangé. Le désir de rester en France, traditionnellement  terre d'asile et de libertés, parce que revenir au pays, c'est très probablement retrouver les violences ethniques et la torture au bout du voyage. L'incompréhension devant ce beau pays, toujours la France, qui perd la tête, qui ne sait plus accueillir les étrangers, qui traque les sans-papiers, ferme les yeux et les oreilles, et les renvoie par charters entiers à la prison ou à la mort.

Un jour, vous apprenez que Joshua est en garde-à-vue. Faisant l'objet d'un Arrêté de Reconduite à la Frontière. Les mots vous manquent. Il fait Appel.
Au tribunal, il est introduit menotté, entre trois policiers, comme un meurtrier ou un prisonnier. Vous avez envie de crier à l'injustice ... mais vous manquez d'air.
Pourtant son attitude est déterminée. Résister jusqu'au bout.

Il est là, menotté,
sa dignité d'homme
réduite en poussière
au fond de sa poche
au fond de son coeur
Il avance
avec le couperet
d'être expulsé,
de mourir sur son sol natal.

Un sans papiers.
Pourquoi tant d'inhumanité?

Poème de Paula Gonçalves
 
L'avocate à beau dire que son client est parfaitement intégré à notre société, que depuis des années, Joshua essaye par tous les moyens de mener une vie normale sur le sol français, qu'il fait même du théâtre, qu'il est écrivain.. Qu'il n'a plus de famille en son pays d'origine, et que s'il repart là-bas... il mettrait sûrement sa vie en danger.

L'avocate à beau dire... Madame Le juge parle à voix basse comme si elle avait honte de représenter la Justice française, et elle rejette l'Appel.

Vous qui le connaissez. Vous qui sentez vos racines  « vous démanger l’identité » (nous sommes tous immigrés de quelque part). Vous pleurez à l'intérieur parce vous ne voulez même pas offrir vos larmes à des hommes et des femmes sans coeur, qui jugent sans savoir, qui jugent sans vouloir, presque comme des marionnettes, tirées par les fils d'une loi sans discernement, que vous n'avez même pas votée. Et puis il fait si froid ici, les murs, les regards des policiers, tout est inhumain dans les locaux d'un tribunal..

Encore quelques heures, et ce sera le départ pour le centre de rétention du Mesnil-Amelot. Pour Joshua, cela signifie le désespoir, l'amertume, la rage, en attendant le premier avion « direction là-bas ».

Il ne vous reste plus qu'à prier.
Même les associations d'aide pour les immigrés et les sans-papiers, qui se sont pourtant mises à nu pour le tirer d'affaire, ne vous laissent plus beaucoup d'espoir.
Si, un seul, infime, illusoire, illogique ! Espérer qu'il n'y ait plus de place au centre de rétention. Trop d'immigrés à renvoyer, c'est peut-être la planche de salut pour Joshua.
Incroyable, après 48 h de garde-à-vue, deux jugements et sans avoir pu seulement changer ses vêtements, le voilà libre.
Univers kafkaïen poussé à l'extrême.

Libre ? Un retour à la case sans-papiers ; avec un Arrêté de Reconduite à la Frontière qui vous mine, valable pendant un an. Libre d'errer ou de chercher un peu plus à s'intégrer, à enrichir son dossier, jusqu'à quand, le prochain contrôle d'identité ? La prochaine demande d'intégration ?
Nous devons l'aider.

Ils sont combien ainsi à fuir la misère ou la guerre de leur pays en espérant trouver en France une terre d’asile, un lieu de paix et de justice, une nouvelle vie..
 
« Feux de croisement » : Où es-tu mon pays ?
Ils ne savent pas ce qu’ils veulent
Entre terre d’asile et expulsions !
J’ai découvert les discours
D’un racisme primaire,
Entre frères,
Anonymes.
Identité.
Partagée
Sans perdre racines,
Trouver la voie du métissage,
Et faire de la différence une couleur.
Quelles que soient nos terres d’origine,
Il faudrait savoir « dépasser la ligne blanche ».

Poème de V. Gabralga


Car qui a dit que l'être humain avait des choix,
Qui a dit ?

Qui a dit ça.… ?

Nous avons  tellement mal pour eux, pour tous ces gens qui n'ont rien fait, qui sont nés dans un pays en guerre, qui n'ont pas eu la chance de naître, comme nous, dans un pays dit développé et en paix ! C'est si injuste !!!

Nous pensons tout particulièrement à tous les Joshua du Gongo Brazaville, du Rwanda, de Colombie, d’Iraq, de Tchétchènie ou d’ailleurs.. Nous pensons à tous les déracinés, les immigrés, les sans-papiers qui vivent aujourd’hui dans nos quartiers, entre parenthèse, clandestins, pendant des années,… Nous pensons  particulièrement à notre ami Joshua. Nous devons les aider.

Et pour les aider, nous vous proposons d’aller sur les sites Internet du GISTI - Groupe d'information et de soutien des immigrés à l’adresse www.gisti.org, et sur celui de la Cimade, www.cimade.org,  service oecuménique d'entraide qui intervient tout particulièrement auprès des personnes en situation irrégulière, placées dans des centres de rétention.

En mai 2006, la Cimade lançait "Assez d'humiliation !" une campagne de dénonciation et de sensibilisation pour s'élever contre l'aggravation des politiques publiques menées à l'égard des étrangers et des migrants. Issues d'un vaste chantier de réflexion collective, la Cimade présente aujourd'hui 75 propositions pour une autre politique d'immigration. Certaines d'entre elles répondent à l'urgence de restaurer les principes d'égalité et de solidarité, quand d'autres tracent des perspectives à plus long terme.

Texte diffusé sur Radio RGB de Cergy-Pontsoise (www.radiorgb.net) lors de l'émissioin Mots Migrateurs du 1er avril 2007. Animateurs Paula Gonçalves et Philippe Raimbault
par V. Gabralga publié dans : Essai
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Mercredi 4 avril 2007

C’est un p’tit canal bleu
Si lancinant
Sous l’arc boutant
Réverbères de lumière

Les arbres sont dépouillés
Comme l’hiver avant l’automne
Je ne sais plus si le ciel est gris
S’il faisait jour

Tranquillement
L’ambre coulait sous les péniches
De bleu de vert bâchées
Des vélos noirs
Je ne sais plus

Les astres tremblaient dans l’eau jaune
À contre-jour
Deux vélos noirs une pause à contre - temps

L’instant a duré
Très longtemps
Un canal bleu coulait sous mes pieds
En emportant la peur     le temps       un peu de moi

Entre Dam et l’Amstel
Je ne sais plus l’heure qu’il était
En plein midi
À Amsterdam.

 

Tiré du recueil « Voyages » de Geneviève Silvestro, paru aux éditions de Saint Mont

par Geneviève Silvestro publié dans : Poésie
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Lundi 26 mars 2007

Au grenier
- parc des nuits blanchies à chaud -
L'enclume du forgeron
les vers à vif
martelés en rafale
 
Appareillent les papillons
tête-de-loup
Les désirs en fuite
selon l'angle de l'écliptique terrestre
 
Si je vis je souffle
mes serpents jetés au fouet des faces
 
A perte de vue
les oursins pianotent les couleurs
les courants amnésiques
des entailles phosphorescentes
 
Essoufflée la figure ruisselante
d'algues brisées
l'attente au feu central
fléau amer
 
Sur l'agenda des marées
j'ai inscrit les nocturnes fondations
la migration des cétacés
album d'enfance
 
Plongez
mes compagnons
scaphandriers de l'infini en pièces détachées
vers les gouffres vacants
 
La joie délivre le poulpe prolétaire

Texte de Jean-Marc Baholet

par Jean-Marc Baholet publié dans : Poésie
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Lundi 5 mars 2007

J’ai marché longtemps  sur les traces du citadin perdu  à la rencontre rieuse  improbable  d’une inconnue  à l’angélique allure

Place des Vosges  curieux balai des pigeons  tantôt sauvages tantôt familiers  et le vent soulevant  un sable fatigué  sous l’incessante foulée des promeneurs

J’ai marché encore  dans le silence des quartiers muets  à l’écoute secrète d’une confidence    le sifflement des courants d’air  exhale un chant de vie  jusqu’à mes oreilles

Jardin des Tuileries  le temps d’une pause  dans l’anonymat d’un matin de mai    regards croisés  qui  se défont    fondu-enchaîné d’un bref instant    andante  du  quotidien

Jean-Philippe AIZIER

par Jean-Philippe AIZIER publié dans : Poésie
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