Sous le soleil, les rues ont sorti leurs chaises longues de silence...
Un chat fait la sieste à l'ombre d'une voiture ; pion isolé sur le damier d’un parking de super marché. Ne vous y trompez pas, nous sommes le 5 août, la plupart des Franciliens ont déserté leur territoire pour des latitudes plus clémentes...
Comme si la grande ville s'était endormie au soleil.
Les rues et les places sont en manque de cris d'enfants et de passants. Le vol d'un pigeon claque et résonne dans le couloir des façades d'immeubles muettes.
Là-haut, les nuages et le ciel bleu font des découpages avec les toits et les cheminées. Il fait chaud à vous mouiller la chemise même sans bouger.
Vous cherchez l'air de musique qui pourrait dessiner cette ambiance d'absence.
Peut-être le premier mouvement de la Sonate en Ut dièse mineur, dite "Clair de lune" de Beethoven ? Vos pas traînent entre deux êtres.
Le vous-même du mois de juin et celui qui viendra en septembre.
Le milieu de l'été devient passerelle, suspension, errance.
Seuls les points d'eau et d'air climatisé continuent à vivre quand ils ne sont pas fermés par la fatigue de l'année.
J'ai rencontré une vieille dame à la banque. Elle m'a dit qu'elle venait ici un jour sur deux et restait des heures à faire ses mots croisés sur les fauteuils de la salle d'attente. Elle n'avait pas besoin d'argent, mais seulement de fraîcheur et de compagnie.
Où trouver ceux qui restent ? Dans les lieux d'alimentations, les bistrots, les pharmacies, les banques, les stations services... et les espaces verts.
L'été, les jardins publics se font stations balnéaires du pauvre. Vous savez celui qui ne partira jamais ou alors seulement un jour, sur une plage de mer du Nord entre un sandwich et le drapeau de la Croix-Rouge. En ville, les pelouses râpeuses se font patchwork de serviettes, de corps dénudés, de canettes de bière et de glacières familiales. Cela sent la peau huilée, la graisse de poulet froid, les parfums premiers prix, les baisers volés.
Là-bas, le bassin et son jet d'eau ont pris un air de pataugeoire improvisée pour les plus petits. Les poubelles débordent de couches malodorantes et de fin de règne de pique-niques melons et pâté... Il faudrait évacuer ces ordures saisonnières, mais l'hygiène et les agents de la propreté de la ville sont eux aussi, semble-t-il, partis en congés !
Vivement la rentrée que l'on mette de l'ordre dans tout cela, que ces gens retournent au travail, leurs enfants à l'école, et que Mme Dupond-Durant puisse à nouveau, en toute impunité, laisser son Labrador souiller les gazons "interdits" lors de ses promenades de fin de matinée.
Que faire chez soi à une telle longitude du calendrier ?
Si l'on ne part pas, les 7 et 8 sont les mois des déménagements, des travaux, des rangements, des stages... Comme s'il y avait un imperceptible besoin de continuer à s'activer ; puisque l'on n'a plus le prétexte des vacances, donc celui de s'autoriser à ne rien faire en quelque sorte. Besoin de remettre à neuf, de se préparer déjà pour la rentrée !
Sous la chaleur écrasante, les Abribus ont des allures de mirage. Les transports en commun deviennent saunas de banlieue pour quelques "privilégiés" involontaires, sans oublier les chauffeurs souriants-transpirants. Le ticket mauve vous poisse les doigts et, bien qu'il soit 13 heures, vous pensez déjà à la douche fraîche et réparatrice du soir.
Août ! C'est aussi voir sa ville autrement, prendre le temps de flâner dans ces endroits que vous ne fréquentez pas habituellement parce qu'ils ne font pas partie de votre programme quotidien ; supermarché, école, boulot, médecin, sports, boulangerie, associations, ciné... Voir l'envers du décor ou découvrir la scène sans pièce à jouer. Être sans montre, sans rendez-vous, sans obligation, chez vous, comme un explorateur du temps arrêté, un sociologue du hors champ, un écrivain des non-lieux, un homme ou une femme qui se fait réflexif à soi-même, dans le miroir des vitrines vides et des panneaux publicitaires périmés.
Un texte de V. Gabralga
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