Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une cinquantaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr 

www.motsmigrateurs.fr

 
Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 15:19

Lettre à la gratuité et au bonheur…

Je déclare que la misère est une défaite, une honte,

Un miroir de l’homme à l’homme qui aurait perdu son regard d’être…

Je déclare qu’il est urgent de sortir des systèmes monétaires

Pour redonner l’égalité des chances, la reconnaissance universelle de l’homme par l’homme.

Lettre à l’espérance, pas à la résignation.

Je déclare que tous, nous habitons le même avenir,

Avec les mêmes droits et la même intelligence.

Je demande à tous les libres-penseurs, philosophes, sociologues et poètes,

D’écrire leur indignation face à la guerre, la violence, l’intolérance,

La pauvreté, l’ignorance, l’indignité, l’exploitation des plus démunis par les plus riches ou les plus puissants…

Lettre à tous les petits, les oubliés, les ratés :

Je déclare que vous êtes les plus précieux du genre humain, les plus fragiles aussi sans doute…

Et qu’il viendra un jour où nous serons tous heureux de pouvoir compter sur vous.

Je déclare l’amour comme seule loi à l’existence, comme seule partition de la tolérance,

Le respect d’autrui comme unique manière de vivre,

L’émotion et la création comme premières pierres à l’édifice de la paix durable.

Je déclare « Je t’aime » à tous ceux qui chantent le bonheur,

Au-delà des frontières, des cultures, des religions, des origines…

A tous ceux qui défendent la liberté d’expression,

Qui croient à l’arc-en-ciel après les tempêtes ou les tremblements de terre,

Qui vivent et pensent en toute liberté, en toute circonstance,

La solidarité du genre humain…

 

V. Gabralga

Poète

Novembre 2011

 

Par V. Gabralga - Publié dans : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 18:05

Il était une fois une petite goutte d’eau qui vivait sur un petit nuage. Un jour, alors qu’il traversait le ciel, le nuage lui parla de l’existence d’un grand royaume couleur azur, peuplé de millions et de millions de gouttes d’eau et d’innombrables créatures de toutes sortes et de toutes tailles. Ce royaume était si vaste que sa traversée d’un bout à l’autre prenait plusieurs levers et couchers de soleil. 

Le récit était tellement beau que la petite goutte d’eau eut envie de partir à la découverte de ce merveilleux royaume. Dès lors, elle ne vécut plus que pour voir l’océan. Elle imaginait les vagues se fracassant sur les rochers et atteignant le ciel, galopant le long des rivages, ou progressant vers les terres. 

Un soir, en traversant le ciel au-dessus du désert, le nuage croisa ses semblables. Prise dans les discussions, la goutte d’eau tomba soudain sur le sol dans un coin du désert. 

« Aïe », cria-t-elle. 

Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle.

– C’est toi, l’océan ? demanda la petite goutte.

– Non. Je suis le désert, et je te souhaite la bienvenue, répondit Sahara de sa voix posée et profonde. Cela fait longtemps que j’attendais ton arrivée.

– Es-tu sûr qu’ici, ce n’est pas l’océan ? 

– Oui ! dit le désert en riant. Regarde le sable : il est de couleur ambre, tandis que l’océan est bleu.

– Absolument sûr ?! insista la goutte d’eau.

– Certain.

– Alors, c’est ici, le désert ! rétorqua la petite goutte.

– Comme je viens de te le dire. 

– Alors, je ne peux pas rester, je cherche l’océan. Il faut que je parte.

– Comment, par quel moyen ?

– Je ne sais pas ! 

 

Le désert tenta de l’en dissuader en lui expliquant que le voyage serait long et semé d’embûches. Il indiqua que l’arrivée de son invitée était un événement extraordinaire et que personne d’autre sur terre ne pouvait apprécier sa présence comme lui. Il lui parla de son royaume, de ses mystères et de ses merveilles, de ses ciels étoilés, mais en vain ! La petite goutte d’eau rêvait de l’océan.  

– Reste avec moi cette nuit, et je te ferai partir dès les premières lueurs du jour, promit finalement le désert.

Ce soir-là, une promesse de paix régnait sur le désert tel un parfum suave. En l’honneur de l’invitée surprise, un doux vent venu du lointain veillait sur le royaume. Scintillantes, les étoiles dans le ciel du désert s’approchèrent du sol, s’invitant à la fête. Ici et là, les files des caravaniers fascinés par la nuit s’avançaient paisiblement, néanmoins intrigués par les grains de sable qui, en descendant les collines, semblaient chuchoter des mots. Les hommes croyaient que le désert livrait ses secrets. 

– C’est drôlement beau ici, reconnut la petite goutte d’eau.

– Tu trouves ! s’exclama le désert, fièrement.

– Oui, mais je parie que l’océan doit être encore plus beau.

– Puisque tu le dis, murmura le désert.

Le désert décida alors d’offrir à la petite goutte d’eau tout ce qu’il savait sur le monde. Le lendemain, à l’aube, un typhon se leva. La petite goutte d’eau soulevée dans l’air s’accrocha à un nuage, et ce fut à son bord qu’elle quitta le royaume. De son côté, le désert avait du mal à dissimuler son chagrin et sa déception. 

– Je comprends que tu agisses de la sorte, mais il est temps de te calmer. Je t’en prie, ordonne au sable de mettre un terme au typhon, osa un vieux lézard.

Mais la tempête reprit de plus belle. 

– Pourquoi ? demanda le vieux lézard. 

– Parce que je ne veux pas ! souffla le désert. Parce que je ne l’ai pas encore décidé ! Parce qu’il ne me reste que mes cris pour soulager mon cœur. Parce que je n’ai pas eu le cœur de lui dire que selon notre loi, désormais, elle fait partie des nôtres, puisqu’elle est tombée et née ici, et qu’elle est devenue l’enfant du désert.

– Qui t’en aurait empêché ?

– Elle avait un rêve ! se déchaîna le désert.

Le soir même, les étoiles se retirèrent du ciel au-dessus du désert. Il valait mieux pour tout voyageur de ne pas devoir chercher son chemin. Le désert était de mauvaise humeur. 

– Fais confiance à ton enfant, s’exclama le vieux lézard. Tu lui as transmis toutes tes connaissances.

Le lendemain, le désert était calme et silencieux. 

– La journée est belle mais trop chaude. Aucune chance de rencontrer une bête ou de croiser un homme, dit le lézard. 

– Désires-tu boire ? demanda le désert.

Curieux et vif, le lézard souleva la tête.

– Une oasis ! Avec un arbre et tout ! Un endroit où faune et flore accourent pour boire, pour se reposer, où nous pourrions tous deux bavarder, se confier et rire. Et encore mieux, j’en serai le gardien. Quel bonheur, une oasis, notre oasis en plein milieu du désert ! Jusqu’à présent, aux yeux du monde, le désert est connu pour sa grande sagesse et là, on parlera de sa générosité ! Ça doit être merveilleux, mais je ne t’en demandais pas tant ! se tut le lézard, arborant un sourire soupçonneux.

Un moment de silence s’installa.

– Je te savais adroit, mais en matière de flatterie et de ruse, tu es le maître, dit le désert en riant. Crois-tu que je la reverrai un jour ?

– Certainement, répondit le lézard, qui fit une grimace et continua dans un murmure : À l’instant même, je parlais de ta sagesse, et je constate qu’à part moi, personne n’est vraiment sage. Le problème, c’est que personne ne m’écoute, soupira-t-il. 

 

La petite goutte d’eau était loin. La chaleur brûlante du désert laissait maintenant place à un air gorgé d’humidité. Devant elle, une forêt se dessinait à perte de vue. Pour elle, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait de l’océan. Impatiente, elle se précipita pour explorer le lieu, mais heurtée par des millions d’autres gouttes, l’affaire semblait difficile. Déterminée et tant bien que mal, elle se fraya un passage jusqu’au sommet d’une branche d’arbre.

– Attention ! se lamenta une grosse goutte d’eau, bousculée.

– Ouste, s’écria une autre à l’autre bout.

– Désolée, s’exclama la petite goutte. Est-ce que je suis bien à l’océan ? demanda-t-elle.

– Tu ne connais pas la couleur verte de la forêt ! s’étonna la grosse goutte. 

– Peut-être qu’elle est aveugle ! lança une liane.

– Ou bien qu’elle fait l’imbécile ? suggéra une baie sous sa robe noire violacée et luisante.

– Pardon de ne pas connaître la couleur verte, s’excusa la goutte d’eau, sans comprendre la raison de tant d’hostilité envers elle. 

– Laissez-la tranquille ! gronda un grenadier solitaire. 

La liane se redressa jusqu’au sommet de la branche et observa la petite goutte d’eau.

– C’est vrai qu’elle est jeune ! reconnut-elle d’un air compatissant. Je me propose de prendre son éducation en main. 

Aussitôt, la liane entoura l’arbre vigoureusement.

– Pauvre petite ! soupira un figuier sauvage.

La liane rassembla toutes ses forces pour faire pencher la branche d’arbre au plus près du sol, puis elle la lâcha, ce qui projeta la petite goutte au loin.

Suspendue entre la terre et le ciel, la goutte d’eau attendit des jours avant de rencontrer une brise qui l’emmena vers de nouveaux horizons. Bientôt, chevauchant un vent glacial en direction du nord, elle découvrit le royaume de la neige. Tapissé de blanc, le silence y régnait, et la petite goutte d’eau ne put qu’attendre, mais le temps lui paraissait interminable. Seul le souvenir du désert lui réchauffait le cœur et lui donnait force et courage. 

 

À l’apparition du premier rayon du soleil dans le pays du froid, la neige sembla s’enthousiasmer. Sous son air impassible, elle attendait impatiemment l’astre du jour. Celui-ci, derrière son aspect téméraire, se révéla fasciné. Depuis l’éternité, un amour secret les unissait tous les deux. La neige et le soleil au tempérament opposé brûlaient du même amour. Chaque année, à cette période, impatient, le soleil revenait, et la neige d’altitude, telle une jeune fille passionnée, descendait vers la vallée pour parcourir la terre avec lui. Sur leur passage, les fleurs sauvages sortaient de terre, et des gouttes d’eau venant des plus hauts sommets redonnaient naissance à un cours d’eau. Le soleil et la neige écrivaient l’histoire et le monde des vivants, année après année, avec la même ferveur et la même audace. Puis, limpide, le cours d’eau, le fruit de cet amour, s’avançait à petits pas, gambadant au milieu des terres et appelant toutes les créatures vivantes à lui. Sur son chemin, il peuplait la terre. 

Cette année-là, le cours d’eau invita la petite goutte à venir avec lui. Descendu dans la vallée, il la confia à une rivière. 

– Crois-tu qu’un jour, nous allons nous revoir ? s’écria la petite goutte d’eau balancée entre les vaguelettes.

– Fort possible, lança le cours d’eau. Prends soin de toi.

– Toi aussi, répondit la petite goutte tout en s’éloignant.

 

D’une rivière à l’autre, la petite goutte d’eau parcourut les pays, commença à reconnaître les couleurs, et vit le monde tout en rêvant de l’océan. Elle voyagea à travers les plaines, rencontra des fontaines, et refusa d’être prisonnière de la terre. Elle fit même un passage chez les hommes. Ce fut durant un jour d’été où quelques bambins se rafraîchissaient autour d’un point d’eau. Pendant un instant, la petite goutte d’eau crut que c’était la fin, mais elle rassembla tout son courage et gaiement, elle chuchota à l’oreille d’une petite fille de tenir le tuyau d’arrosage en l’air pour le soulever dans le ciel aussi haut et aussi loin qu’elle pouvait. La brise fut au rendez-vous pour la conduire jusqu’à un nuage qui partait en direction de l’océan. À son arrivée, elle n’eut pas besoin de demander quoi que ce fût : l’océan était tel que la goutte d’eau l’avait imaginé, et plus encore. 

– Bonjour, dit-elle. Enfin, je vous rencontre.

– Qui es-tu ? demanda l’océan.

Après un moment de silence, la goutte d’eau répondit :

– Je suis l’enfant du désert. Le grand et indéfinissable désert !

– Bienvenue, enfant du désert, répondit humblement l’océan, mais dans toute sa splendeur.

Derrière la goutte d’eau, un courant se dessina sur l’océan. Pour elle, le voyage ne faisait que commencer…

 

Firouzeh Ephreme

Par V. Gabralga - Publié dans : Nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 3 janvier 2011 1 03 /01 /Jan /2011 22:49

J'ai toujours quelques mots coincés dans mon sac pour le cas 

où il me viendrait l'envie de diffuser du bonheur…

Père Noël, si je vous écris ce soir, moi Sébastien, c’est parce que nous marchons dans le noir depuis trop longtemps. Non, ce courrier n’est pas la 5 948 647eme commande d’un enfant rêvant de garnir généreusement ses pantoufles devant le sapin, ce serait plutôt la missive d’un ancien gamin au cœur tendre, un message de 31 décembre, une lettre de réclamation.

Voyez-vous, cher vieil ami à barbe blanche, il m’est impossible de passer sous silence les espoirs de tous ces enfants qui n’ont pas eu la visite de votre céleste harnachement…

Parole d’homme, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.

Avez-vous écouté France Inter, lu le magazine des miséreux, vu le Canal + des nécessiteux et des sans famille ? 

Non, vous et vos lutins étiez trop occupés sans doute à passer votre hotte dans les conduites tordues des cheminées, et les canaux encombrés d’Internet. Trop inquiets de savoir comment livrer à temps les jouets des enfants bien-portants, dans des quartiers respectables, au coin du feu des gens bien-pensants et si possible généreux avec le denier du culte…

Il est vrai que, pour votre défense, la neige était abondante cette année et que vos rennes enrhumés ne savaient plus très bien flairer le bon chemin ; j’en conviens.

Alors, je vous le demande solennellement Père Noël, qu’avez-vous fait pour Hajrudin, enfant bosniaque survivant depuis trop longtemps dans un immeuble éventré, où même les courants d’air glacé s’excusent de déranger les disparus, à commencer par son père et son grand-père exécutés sans jugement dans une guerre fratricide aussi cruelle qu’inadmissible ? Qu’avez-vous fait pour Oumapathi, petite fille indienne du couchant, ouvrière depuis l’âge de 7 ans dans le chantier de démantèlement des navires de Mangalore, risquant chaque jour sa vie entre projections de poussières d’amiante, émanations de gaz toxiques, ingestion de métaux lourds, « cadeaux » importés directement des pays à haut niveau de vie, USA, Europe et Japon ? Qu’avez-vous fait pour Zamaras, esclave mineur des mines d’or du Pérou, fouetté sans état d’âme par des contremaîtres mercenaires, n’ayant de comptes à rendre à personne ; sauf peut-être à leurs employeurs qui jouent au monopoly avec les traders de Wall Street ? Qu’avez-vous fait pour Vivi de Bandung, fillette de 9 ans, achetée à ses parents démunis comme « petite main » ? Cette môme maigre, déjà plusieurs fois violée ; collant 10 heures par jour des semelles à des chaussures de sport de marques renommées, produites pour 100 Ringgits en Malaisie et vendues 150 Euros en Allemagne ? Qu’avez-vous fait pour Pantxo de Korhogo, Côte d’Ivoire, boy de 12 ans loué à bas prix à des coopérants français pour être 24 h / 24 h baby-sitter de leurs enfants à peine moins âgés que lui ? Qu’avez-vous fait pour Ashley, 14 ans, autiste de Rochester dans le Minesota, délaissée par ses parents dans un centre de soins spécialisés, et qui n’ont pas pris le temps de lui rendre visite depuis 5 ans ? Qu’avez-vous fait pour Czeslawa, cette trop jeune prostituée Polonaise, que je croise chaque soir, occupée, en toute saison, à faire ses avances rue de l’Espérance dans le 13e arrondissement ? 

Et voulez-vous que je continue Père Noël ? La liste est tellement longue de ces enfants et ces adolescents qui, chaque année, ne reçoivent en cadeau que leur anonymat, leur misère, leur souffrance, fruits d’un destin qu’ils n’ont pas choisi !

Oui, Père Noël, je suis en colère contre vous et tous vos collègues qui se prélassent sans rien faire pendant des semaines dans les devantures des magasins, sur les toits des maisons, aux balcons et fenêtres de nombreuses habitations, dans les pages douillettes des magazines, les écrans confortables de nos télévisions, et même sur les bûches glacées et autres déserts de circonstance… 

Mais qu’attendez-vous pour leur botter le cul à ces fainéants ? 

Je ne sais pas, moi, à votre place, j’aurais déjà créé un syndicat, peut-être même une fondation internationale, voire une ONG ! Car vos cousins au bonnet rouge et à la barbe blanche, où qu’ils soient dans le Monde, au Pôle Sud ou au Pôle Nord, sous les tropiques, sur les autres continents, ne valent pas mieux que vous ! 

Oui, je sais, vous allez encore me raconter des sornettes, que vous aussi vous avez été touché par La Crise, et que vous avez été obligé de licencier – à contrecœur - des millions de lutins dans vos fabriques de jouets ; que vos centres de tris – là-haut dans les nuages – ont été sévèrement perturbés par la grève massive des Pères Noël juniors, eux-mêmes inquiets pour leur retraite : dont on dit que l’âge de départ passerait bientôt de 574 à 599 ans ! 

Oui je sais tout cela ! J’ai même pu discuter avec l’un de vos rennes la nuit du 24, alors que votre traîneau faisait halte au Jardin de la Montgolfière. Je lui ai offert une cigarette qu’il a immédiatement cachée dans ses bois pour la fumer plus tard, tout à son aise. Lui aussi m’a expliqué sa crainte de voir le monde anéanti par un système économique devenu aussi fou qu’incontrôlable ! Tenez, me disait-il, savez-vous que pour 61 Euros l’hectare T.T.C., on peut d’ores et déjà acquérir via Internet une parcelle de terrain nu sur la Lune ? Et ceci en tout impunité, alors que le traité international de 1967, signé par 125 pays – dont la totalité des puissances spatiales de l’époque - interdit toute appropriation par l’un d’entre eux du satellite de notre bonne vieille Terre ! J’avoue que pour vous Père Noël, vous qui avez, comme tout le monde le sait, l’essentiel de vos installations sur la Lune, il y a de quoi se faire du mouron…

J’en conviens, les temps sont durs, même pour un être exceptionnel comme vous. Cependant, je vous en supplie, ne baissez pas les bras (sinon les jouets vont tomber par milliers sur les routes et les terrains vagues, et non dans leurs petits souliers !) ; ne vous laissez pas influencer par tous ces Pèrenoëlologues qui ratiocinent à longueur d’année à votre sujet, par tous ces politiciens qui croient encore au Père Noël (Le faux, pas vous évidemment !) lorsqu’ils annoncent une nouvelle année de plein emploi, sans guerres et sans catastrophes naturelles, sans raz-de-marée économiques, sans chasse à l’homme pour les clandestins, sans médicaments assassins, sans hausse des prix et sans OGM ! 

Mais revenons à nos chers bambins ! 

J’étais ému ce 25 décembre, en voyant qu’au Resto du Cœur de la rue Julia Bartet, à la Porte de Vanves, les bénévoles avaient ajouté une station dans la file de distribution des repas. Tous les mômes recevaient une grande pochette décorée en carton, parfois aussi grande qu’eux, dans laquelle ils trouvaient des petits trésors, friandises et jouets recyclés. Mon Dieu, j’en avais les larmes aux yeux. Si vous aviez pu voir le sourire de ses enfants, oubliant pour quelques instants, quelques heures, l’indigence de leur quotidien ! Même les adultes avaient quelque chose de nouveau dans leur regard, lorsqu’on leur tendait, avec le sourire et un « Joyeux Noël » en bouche, un petit sac rempli de noix, de dattes et de mandarines…

Oui, pour eux vous étiez là, Père Noël, mais pour les autres ? Tous les autres ?

Je crois que tous les enfants du monde ont le droit, au moins un jour par an, de connaître la joie de recevoir un cadeau et le plaisir d’être aimé. Faites quelque chose ! Je ne sais pas moi, lancez une pétition sur Facebook ou écrivez à l’ange Gabriel ! Il est grand temps, il…

 

*  *

*

 

- Père Noël ! Vous m’entendez ?

- Hum ! Qui ose me déranger pendant ma sieste…. Oh ! Ça alors ! L’ange Gabriel ! Cela fait bien longtemps que vous n’êtes pas venu sur la Lune ! Quel bon Dieu vous amène ?

- Arrêtez vos plaisanteries Noël, je viens pour une affaire pressante.

- Vous m’en direz tant ! Satan a encore échappé à votre vigilance ? C’est vrai que surveiller l’ensemble des cieux, il y a de quoi y laisser ses plumes ; c’est un peu comme si on voulait faire passer un chameau par le chas d’une aiguille… 

- Saint Matthieu, XIX, 24…

- Vous connaissez vos classiques par cœur cher ange.

- Je viens à propos d’une lettre de réclamation…

- Ah la lettre de Sébastien ? Je sais, je l’ai là dans la poche droite de mon manteau rouge, avec les 347 568 autres messages de protestation, et…

- Et vous l’avez lue ? 

- Non, juste les premières lignes. Vous savez, pour moi, le courrier est annuel, alors j’attendrai bien l’été prochain pour y répondre.

- Vous auriez pourtant dû la lire, il y a urgence !

- Mea culpa, saint ange, mais regardez comment vont les affaires en ce moment ; il n’y a pas que sur Terre que nous connaissons La Crise. Il ne vous a sans doute pas échappé que j’ai été obligé de licencier le mois dernier trois millions de lutins dans mes fabriques de jouets ; et que mes centres de tris ont été sévèrement perturbés par la grève massive des Pères Noël juniors, presque tous mobilisés contre la réforme des retraites ! Non, rien ne va plus Gabriel, je vous le dis. Tenez, j’ai même surpris ce matin un de mes rennes en train de fumer dans les toilettes ! Vous vous rendez compte ! Je me demande d’ailleurs où il a bien pu se procurer cette cigarette et…

- Cessez vos jérémiades Noël, et lisez s’il vous plaît, sans plus tarder !

 

*  *

*

 

Service des urgences à l’Hôtel Dieu, Paris, presque sous la protection des tours de Notre Dame.

- Violaine ? Où êtes-vous ?

- Ici, Docteur Vilhjalmur

- Ah, toujours le même cirque ! Je hais les nuits de 31 décembre ; entre les fêtards alcooliques qui se cassent la gueule et les personnes seules qui essayent de se suicider, nous ne savons plus où donner de la tête !

- Vous oubliez le pompier tombé de son échelle alors qu’il voulait soustraire une mère et son enfant des flammes de l’incendie rue de Tolbiac, et puis aussi ce SDF trouvé comme mort quai Panhard et Levassor, saisi dans son sommeil par le froid de la nuit…

- Que dit la Police ?

- Sans papiers sur lui, ils ne peuvent pour l’instant joindre sa famille. Ils tentent de retrouver son identité à partir de ses empreintes digitales.

- Un sans papier en plus ! Bon, écoutez Violaine, inutile de nous acharner à faire vivre ce bon à rien. Nous manquons cruellement de respirateurs artificiels disponibles. Si vous n’avez observé aucun signe d’amélioration d’ici à demain matin, 7 heures, alors débranchez-le !

- Mais non, c’est impossible, c’est inhum…

- Taisez-vous, j’en fais mon affaire. Après tout, un SDF de plus, un SDF de moins, quelle importance ! Les colonnes de faits-divers des journaux en sont remplies chaque hiver.

- Oh Docteur, je…

- Obéissez !

Et l’Interne de service, rappelé aux urgences par le vibreur de son Bip, planta là l’infirmière révoltée et sans voix.

Violaine passa dans le sas qui donnait accès aux salles de réanimation. Sans savoir pourquoi, elle se dirigea droit vers le lit du SDF. Elle fut surprise par la beauté et le calme profond qui émanaient du visage de cet homme. Elle constata sur les écrans que son état était malheureusement stationnaire, mais s’assura néanmoins que la cage thoracique se soulevait bien régulièrement, entraînant simultanément l’expiration du malade et le chuintement pneumatique du respirateur. Par habitude, elle poursuivit sa ronde dans la pièce adjacente où se trouvaient encore exposés les vêtements nauséabonds du malheureux. Elle s’en saisit pour les emporter à la laverie de l’hôpital. C’est alors, qu’une enveloppe tomba de la doublure du manteau de l’infortuné anonyme. Violaine s’en saisit et l’ouvrit en espérant pouvoir trouver quelque information qui aurait pu échapper aux inspecteurs de la Police.

Elle déplia une grande feuille de papier - régulièrement réglée d’une écriture bleue et appliquée - et en déchiffra sans difficulté les premières lignes…

 

J'ai toujours quelques mots coincés dans mon sac pour le cas 

où il me viendrait l'envie de diffuser du bonheur…

 

Père Noël, si je vous écris ce soir, moi Sébastien, c’est parce que nous marchons dans le noir depuis trop longtemps. Non, ce courrier n’est pas la 5 948 647eme commande d’un enfant pour garnir généreusement ses pantoufles devant le sapin, c’est plutôt la missive d’un ancien gamin au cœur tendre, un message de 31 décembre, une lettre de réclamation.

Voyez-vous, cher vieil ami à barbe blanche…

 

Mais l’infirmière fut interrompue dans sa lecture par l’alarme réjouissante d’un électrocardiogramme. Un cœur venait de se remettre à battre sans l’aide de la machine. C’était à chaque fois pour elle un vrai miracle qu’elle attribuait à son ange gardien, l’ange messager venu apporter la bonne nouvelle à Marie et au monde entier, l’ange Gabriel qui annonça aux bergers la naissance de l’enfant roi dans une étable de Bethléem… Oui, pour elle, chaque sortie de coma était un peu Noël. Et c’est à cet instant que Sébastien ouvrit les yeux.

 

 

V. Gabralga

31 décembre 2010 – 1er janvier 2011

 

Par V. Gabralga - Publié dans : Nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 9 décembre 2010 4 09 /12 /Déc /2010 19:54

Comme un chapeau de sable

 

En sortant de notre visite au Musée Magritte Museum 

Nous nous sommes retrouvés en plein désert…

Etait-ce un hasard ?

 

Brussel et sable… 

Des dunes poussaient dans les rues 

sillonnées par les chameautobus caméléons.

Muni de notre Caravan Pass 

Nous allâmes d’un quartier l’autre

en admirant l’effaçade des maisons des siècles passés.

 

A la sortie du Musée Magritte Museum

assailli par une méharée de mirages 

nous nous sommes retrouvé sur le Mont Désert

à rechercher l’entrée des Arts

triste

 

A la place nous aurions mieux fait de visiter

le Musée de la Moustache, des Postiches et des Bacchantes

ou d’écumer comme un cheval les brocantes avoisinantes,

mais je n’avais pas eu le nez assez creux.

Cela devait arriver : j’ai voulu voir l’autoportrait

de l’Homme à la tête de Pipe

et je n’ai pas vu plus loin que le bout de Monet.

 

Toujours est-il qu’une tempête de marchand de sable 

issue du pinceau réaliste des Orientalistes

nous plongea dans un sommeil profond.

Sommeil de plomb transforme le rêve en or

                  Alchimie de l’art

 

 

 

Magritte dans sa Maison-iceberg

ourdit notre évasion urbi et orbite

pour que nos regard défenestrés

nourris à la fortune du beau

fassent trembler la femme de la bougie.

 

Quelle vision magique m’agrippa dans la Maison Magritte 

pour m’inviter à regarder dans le futuroviseur ?

Des images infidèles défilaient dans la foule effacée.

Le réel n’était plus un endroit sûr.

J’étais seul dans la file d’attente en vain.

La civilisation me démangeait comme un membre coupé.

J’avais perdu mon emploi à l’usine de sabliers :

le temps ne m’était plus compté…

Je ne pointais plus que sur la marche des pieds.

Je restais de marbre devant le spectacle d’une société

aussi absurde que cet escalier menant à un mur.

 

Alors, lassé de voir la Colombe déchirée

laisser couler sa chevelure de sang dans l’azur,

lassé de voir les pièces vivantes de l’échiquier du monde

faire toujours échec et masques à l’amour,

je suis parti me cacher quelque part dans le désert

où l’invisible court à perte de vue.

Et c’est là que je t’ai retrouvée, femme à la robe de pierre.

 

Loin des sirènes qui m’empoissonnaient l’existence

nous avons grimpé au sommet de la dune de sable

pour ouvrir la cage à nuages. 

 

… Nuages doux comme des agneaux aux ventres roses

sur lesquels s’imprimait l’empreinte de tes pas…

 

Assis sur le trésor de Shéhérazade

un vieux marin échoué grattait sa jambe de bois.

 

Jean Gennaro

Par V. Gabralga - Publié dans : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 22:08
Il était une fois un homme qui arriva dans une ville. Il était à bout de forces, il avait faim, il était à court d’argent, et ne savait où se procurer du travail. L’endroit où il était descendu était un port, où tous les gens venaient de tous les horizons. La ville était prospère et toutes les marchandises rendaient les habitants riches. 
Au même moment, le gouverneur de la ville était en train d’accueillir des marchands étrangers. Cependant, à cause de la barrière de la langue, la discussion tournait au drame. L’homme dont nous parlions tout à l’heure, s’avança, et se mit à converser avec les marchands. Puis il se tourna vers le gouverneur, et dans un dialecte parfait, il dit :
–  Il est heureux d’être là, et souhaite que l’échange soit fructueux. Ils sont allemands, ajouta l’homme.
Impressionné par ses prouesses linguistiques, le gouverneur se tourna vers lui :
– Parlez-vous couramment allemand ?
– Oui, répondit l’autre. Ainsi que l’anglais, le chinois, le perse, l’espagnol, plus quelques dialectes régionaux et encore ajoutons à cela quelques langue mortes, si vous me le permettez.
– Vraiment ? s’étonna le gouverneur.
– Oui, affirma l’homme.
– Eh bien, que faites-vous là ? fit-il, en balayant du regard ses vêtements disgracieux.
– Je cherche un endroit où dormir et un travail pour manger. 
– Etonnant, étonnant ! s’exclama le gouverneur en titillant sa moustache courbée. Je ne comprends pas pourquoi, avec tant de connaissances, vous ne désirez que les choses rudimentaires de la vie ! Ne valez-vous pas mieux que cela ?
Après quelques échanges verbaux plus approfondis que ce que nous venons de vous conter, le gouverneur déclara qu’il offrait le poste d’interprète dont il avait besoin. Ce soir-là, l’homme habillé d’un costume beau et raffiné, participait au dîner et traduisait les échanges commerciaux entre le gouverneur et ses invités. 
Peu à peu, l’homme apprit le commerce, les échanges de blés, de bananes, de noix, de dattes, d’épices… Il s’en trouva bientôt à sa tête.
C’était lui qui recevait les marchands venus de tous pays. Ayant des goûts raffinés, il commença aussi à s’intéresser à l’achat des étoffes coûteuses mais non moins magnifiques, de plumes venues d’oiseaux exotiques, de statues grecques et romaines, et autres. Il mit tout ceci sur le marché du port, mais les habitants n’en voyaient plus l’utilité, c’est ainsi que l’économie commença, au fil des mois, à s’effondrer.
Quelque temps après, l’homme dut quitter son poste, puis il quitta son logement, et enfin, quitta le pays. Il repartit comme il était venu.

Firouzeh Ephreme
Par V. Gabralga - Publié dans : Nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 20:50

- Alors, parlez- moi un peu de ce collège d’auteurs… Comme l’appelez-vous déjà ?
- Les Mots Migrateurs !
- Ah oui, c’est cela Les Mots Migrateurs ! Un drôle de nom quand même. Ils sont nombreux ?
- Oui, une sacrée bande ; on dit qu’ils ont établi leur QG à Cergy-Pontoise.
- Je vois, l’ex-ville nouvelle, le XXIe arrondissement de Paris, loin des influences de la capitale, pour opérer en toute tranquillité…
- C’est, comment pourrait-on dire, comme un terrier d’écrivains en Ile de France !
- Et que font-ils dans cette base de grande banlieue ?
- Eh bien, c’est pourtant simple, ils écrivent.
- Incroyable !
- Mieux, ils publient aussi !
- Non, vous voulez dire qu’ils éditent des livres ? Mais, c’est délicieusement décadent !
- Ou révolutionnaire !
- Tout de suite les grands mots.
- C’est qu’ils sont habiles à décliner des vers !
- Grand Dieu ! Il faut de ce pas les faire enfermer…
- Ou les féliciter !
- Vous plaisanter ?
- Toujours en littérature…
- Vous êtes drôle
- Tenez, laissez-moi vous présenter quelques-uns de ces oiseaux…
- Migrateurs !
- Hum, commençons par les membres fondateurs ! Vous avez le choix entre Le Russe, La Portugaise, L’Indien ou la Mystérieuse…
- J’ai bien envie de commencer par la Mystérieuse.
- Eh bien, si vous aimez les histoires de famille…
- Une psycho généalogiste ?
- Dans le mille ! Auteur de deux romans magnifiques qui fleure bon le sapin…
- Où l’on flingue à toutes les pages ?
- Pas tout à fait, mais, « Il faut que je vous dise… »
- Et l’Indien ?
- Gennaro ? Un postier qui excelle dans les lettres
- C’est un pléonasme !
- Non, une figure de style !
- Un grand homme en quelque sorte ?
- Un type un peu tango sur les bords…
- Il danse
- Seulement sur les péniches, d’après lui, c’est plus classe ; c’est tout dire !
- Voyons la Portugaise
- Sensuelle et radiophonique…
- Donc elle est blonde
- Vous avez un de ces pouvoirs de déduction, mon cher ! Vous savez, Gonçalves, ce qu’elle dit avec les mains est épatant, mais ce qu’elle écrit est encore mieux…
- Et sur les ondes ?
- Déjà enfant, on lui donnait un micro à la place de sa tétine. Alors vous pensez ! On l’a d’ailleurs entendu plusieurs années sur Radio Alpha, puis dans une émission sur radio RGB à côté du Russe.
- Trafic de drogue ?
- Pire : trafic d’influence…
- Littéraire ?
- Oui, comme une assiette anglaise !
- Mais, dites-moi, de quoi vivent-ils ces Mots Migrateurs, émigrés d’on ne sait où ?
- De trois fois rien
- C’est déjà trop sans doute
- Il faut demander à Lucco
- Manquait plus qu’un Italien pour compléter le tableau !
C’est le cerveau du gang ?
- Ça dépend, si vous aimez Michaud, et Devos, et la clarinette…
- Une clarinette à bretelles ? C’est sans doute très utile pour forcer les portes…
- Les portes de l’imaginaire. Ecoutez, si vous voulez en savoir plus, demandez lui qu’il vous écrive une lettre…
- Cher Monsieur, c’est sans aucun détour que…
- Arrêtez mon ami !
- Qu’y a t-il ?
- Rien, rien, je pense que « L’heure », « L’heure est mûre », « L’heure est mûre… »
- Et les minutes tombent sur le silence comme la pluie… (silence)
- Vous vous sentez mal ?
- Non, je suis admiratif devant tous leurs exploits. Au dernier salon, j’ai pu lire les titres de leurs ouvrages. Il n’y a pas à dire, ça vous en bouche un coin, et puis penser que demain certains feront la une des prix littéraires et des journaux…
- Les journaux vont mal, Le Monde vient d’être racheté
- Nous sommes sauvés alors !
- Si vous êtes abonné à « Free », tout ira bien
- Hum, mais revenons aux écrits illusoires
- Aux écrits illusoires ?
- Aux écrivains ! Pardi ! Voyez vous je me perds en conjectures. Entre Alby qui veut « Laisser son empreinte »,  Foucart qui nous promet « Un monde meilleur » et  Villers des « Chansons douces » ! Voyez aussi « Le chien qui fond » ….
- L’humour de Lécuyer
- Qui monte à cheval…
- Pour « La traversée du désert »
- De Chenu et d’Hazebrouck
- Au sud de l’Equateur, là où…
- « De temps en temps » tous les auteurs aiment se retrouver,
- En « Couples mixtes », comme dirait Gonçalves,
- Entre leur moi, leur surmoi et leur ego
- Proéminent !
- Immense !
- Insatiable !
- Inassouvi !
- Ce fameux « Complexe 13 B » si bien décrit par Sophie Fedy
- Tout juste !
- Vous vous demandez aussi, « Mais qu’y a t-il derrière la porte ? »
- Sans doute, « Pour un enfant », « Le premier pas », « D’une vie à l’autre »… ?
- Presque un conte de fées…
- Ou un roman ?
- Avec Bigand, on peut s’attendre à tout depuis qu’elle caracole dans le hit parade du café du lecteur. Forcément, Bigand, deux gants… (hésitation) ; vous me suivez ?
- Pas du tout !
- Tant mieux ! En fait, elle n’a pas son pareil pour extraire de ses deux mains l’émotion des coffres les plus rétifs.
- Même les nouveaux Fichet-Bauche avec double blindage et verrouillage par serrure à clé à double panneton ? Elle est balaise Bigand !
- Idiot ! Je voulais simplement dire qu’aucun cœur de lecteur ne lui résiste !
- C’est une métaphore,
- Un météore lui conviendrait mieux,
- Alors elle a les yeux bleus !
- « Le bleu arrivant malgré moi ; les poètes sont bleus ; moi, c’est une couleur qui me stresse… »
- C’est du Bigand ?
- Non, du Tafoiry ?
- Parce qu’il y a des plasticiens en plus dans leur ménagerie de littérateurs ?
- Quelque uns oui, Altazin, Aizier, Aubin, Chenu, et Tafoiry..
- C’est beau, on dirait une énumération à la Prévert !
- Les peintres sont des poètes qui s’ignorent
- Et les auteurs des plasticiens du verbe
- C’est ce qu’ils essaient de montrer tous les deux ans en organisant une exposition d’arts croisés intitulée « Mots Arts ». Pas mal le jeu de mots, non ?
- Moi, vous savez les musiciens, ce que j’en pense ?
- Vous m’inquiétez là, cher ami ! ?
- Que voulez-vous, à force de lire tous ces manuscrits…
- Vous avez lu « Les écureuils dans les blés, ou l’enfant de papier » ?
- De Buscail ? J’ai adoré !
- Et puis, tous ces œuvres aquatiques « La mer des pluies » de Guyon, les « Rivages » d’Aizier, « Prométhéa » de  Bellac, le « Collier d’entre rives » de Chaouche, on voyage, on navigue, on tangue à l’intérieur… jusqu’à la souffrance douce-amère, parfois même tragique, de nos souvenirs d’enfance
- En fait, vos Mots Migrateurs sont sur tous les fronts, on les trouve même jusque dans les lieux d’incarcération…
- Je constate que vous faites partie des gens qui écoutent au dos des portes les conversations de Prolonge ; « De l’usage de l’apologue en maison d’arrêt » ou encore comment sortir de l’Enfer par la nouvelle méthode du « Jogging d’Euydice ».
- « La prison des mortels » de Lecoeur ?
- En quelque sorte !
- On dit aussi que vos lettrés s’entraînent dans des ateliers d’écriture ?
- Bien sûr, il faut entretenir la création ; voyez Boudin, Rançon, Beaudoin, Thoren, Sailly, Sourice, Diquéro, Leray, des fidèles à l’exercice.
- Oui, je vois, ces ateliers sont un peu comme des viviers à idées.
- Et puis, outre ceux qui reçoivent, il y a aussi ceux qui donnent et animent des ateliers en milieu scolaire, en thérapie, au café, pour enfants ou pour adultes, en do dièse ou en si bémol mineur…
- Campos, Jaume, Leprat, Souffron, Gonçalves, Burguière…
- Une symphonie fantastique de doux dingues, sans oublier les pros
- Comme Nathalie Fremaux
- Qui ont poussé le vice jusqu’à écrire un livre sur les ateliers d’écriture !
- Un comble !
- Une aventure
- Une réussite…
- Comme je vous l’ai déjà dit, les Mots Migrateurs ont fait aussi vœux d’éditions collectives et ils en sont déjà à leur deuxième opus
- Un bon moyen pour se faire connaître
- Surtout un bon moyen de montrer la richesse de leurs malfaiteurs littéraires
- Ou leur génie !
- On le saurait ! Ecoutez, quand on se paye le « Coup de feu » de Corin Bolis, « L’eau dans le gaz » d’Arielle Alby, la « Quintessence » de Vincent Matrat, « La pluie sur le Nil » de Sandrine Villers, et les « Bribes » de Mireille Jaume, sans oublier les 19 autres récits courts qui alimentent l’ouvrage « Les quatre éléments », on en a pour ses yeux et ses sentiments
- Et pour son argent !
- Comme vous dites !
- J’avoue que j’y vois un peu plus clair sur la saga des Mots Migrateurs
- Ils ont pourtant écrit et joué « Où es-tu mon pays ? »
- Pardon ?
- Non, rien, je voulais juste insister sur le côté cosmopolite du gang, le côté conte africain et immigré clandestin avec Isaac N’Kaya, le côté « déracinés » avec « L’éternelle Espagne » de Kyra Gomez ou l’« Ancre en éclats » de Paula Gonçalves
- Les auteurs sont peut-être des enfants de la page blanche ?
- Il faudra demander cela à Dominique Gogendeau, leur créatrice de papier…
- Et ils ont de nouvelles recrues !
- Oui, pas une semaine sans qu’un auteur solitaire rejoigne cette grande famille, et de nouveaux prénoms peuplent régulièrement leurs réunions : Chris, Arsinoé, Firouzeh, François, Jimmy…
- Que vont devenir les Mots Migrateurs ?
- Ils vont d’abord regretter la fin de la Barakamo
- La quoi ?
- La baraque à mots, un repaire pour brigands de la langue française…
- Dommage, ça sonnait bien !
- N’ayez craintes, les filous de la plume sauront trouver de nouveaux ports d’attache et garderont toujours dans leur cœur le drapeau de la Barakamo, le drapeau noir au sourire accueillant, celui de l’encre et de l’amitié.

 

Philippe Raimbault, président des Mots Migrateurs

 

Par V. Gabralga
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 17:31

Voix suave Gare de Lyon : « Le TGV Paris - Genève - quai N°12 partira à 14h53. Attention à la fermeture des portes » -. Ça y est, Yoda ! Il faut absolument que tu sois mon Maître de la Force, ma chérie aujourd’hui, tu sais ça, hein ? Oui, scrouitch scrouitch sur la nuque. T’adores ça, hein, coquine. Qui ça peut bien être cette fille de la voix des trains ? Est-ce qu’elle a fait l’amour cette nuit ? Sûrement. Une voix pareille, on n’a qu’une envie, c’est de la faire hurler. J’ai bien fait de nettoyer toutes mes vitres et mes miroirs avant de partir. C’est toujours bien de faire le ménage avant de s’en aller. A moins plus ‘une’, Yoda, tu as vu, c’était le quai N°13 ! Ça nous aurait porté la poisse en plus, va savoir ! Yoda arrête de me lécher les doigts. Il n’y a plus un seul milligramme de confiture. Regarde-toi. Tu n’es qu’une petite chienne de rien du tout. Trois kilos dont un demi kilo de poils, et ça veut faire la loi ? Tu n’es rien pour les gens qui nous voient qu’un chien-chien à sa mémère. Mets-toi bien ça dans ta petite tête de Gremlin. Il faut à tout prix éviter le péché d’orgueil, Yoda. Toi quatre ans et demi, moi cinquante-trois. Trop vieille pour une demoiselle et trop jeune pour être une mémère, non ? ! C’est ça, gratte-toi l’œil. Merci. Tu as toujours le sens de la répartie. Une sonnerie stridente. Ça y est. On est parties… Sur des roulettes en coussin. Ça chuinte doux le TGV. C’est agréable. On n’a plus de pieds. J’aurais dû le prendre avant. Toute ma vie, je n’ai connu que des omnibus. On s’arrête un peu, plus ou moins longtemps mais jamais vraiment, histoire de croire qu’un jour on oubliera la silhouette d’Apollon se découpant en lumière bleu nuit dans l’entrebâillement d’une porte de cuisine. Explosion de cellules magiques dans l’âme entière. Et on n’oublie plus jamais. Et ce souvenir-là est bel et bon. Il m’a clouée pour la vie, de sorte que c’est pour cela, je pense, que je n’ai jamais eu de véritable compagnon de route et pas d’enfant. On parle français à Genève : moins de problème de compréhension. La compréhension précède-t-elle l’action ? Ou est-ce dans l’action que réside la compréhension ? Quarante-cinq ans que je me pose la question. Heureusement, d’ici quelques heures, j’aurai la solution ! Finis les glups avec leurs réponses qui changent toutes les vingt secondes. A tout jamais. Tu te rends compte, Yoda ? En moins de dix secondes - c’est contractuel ou je leur fais un procès ! -, j’aurai TOUTES LES SOLUTIONS, toutes les résolutions. Une nanoseconde suffira peut-être d’ailleurs ? Espace tendu. Attendu. Espace à temps. Espace/temps. On ira voir les étoiles et les prodigieuses nébuleuses de près, promis ma chérie.

Découvrant Yoda dans son sac de voyage qui sort ses pattes comme si elle était accoudée à un balcon en regardant le quai qui s’effiloche, mon voisin, qui s’installe côté couloir, rigole. Un Noir tellement géant qu’il doit au moins être champion de basket. Soit ça, soit… je vois pas. Il a du mal à introduire ses jambes immenses derrière le dos du fauteuil qui lui fait face. La personne devant donne un bon coup de dos pour signifier que le gus de derrière a intérêt à calmer ses ardeurs. Gentiment, mon bon Black écarte alors les jambes, les cale d’un côté et de l’autre du fauteuil, écrasant son genou droit sur toute ma cuisse gauche. Il a un petit rire de connivence un peu gêné qui est grand comme l’Afrique. Genre «  Désolé de vous envahir, mais je ne peux pas faire autrement ! ».

Moi non plus je ne peux pas faire « autrement ». Il faut que j’aille là-bas. Il faut régler cette ‘histoire’, une bonne fois pour toutes. Il sent bon cet homme, c’est à tomber. Musc bien sûr, en première tête, mais son odeur se décline en plusieurs épices. Toutes fragrances qui me retournent. Basiques certes, mais si émouvantes : cannelle, miel, gingembre confit, et quoi ? Euh… Mmm… ? ‘Satin mouillé’. Oui. C’est ça ! Au labo, ils me diraient encore que je suis « persillée du noze », mais je maintiens. ‘Satin mouillé, plus plus’. Un arrière de sensation tactile : rideaux froissés. « Yoda, arrête de vouloir faire des bisous à Monsieur ! C’est pas parce qu’un être humain sent si bon qu’il faut que tu le violes ! » Je ne le dis pas naturellement, mais Yoda comprend toujours ce que je pense. « Pardon Monsieur ! Excusez-la, elle ne sait pas ce qu’elle fait… » dis-je sottement dans un relent de Bible. « Et vous, vous savez toujours pourquoi vous faites quelque chose plutôt qu’une autre ? » m’interroge-t-il en riant. Clouée. En six secondes de mots, ce jeune homme radieux qui répand autour de lui un parfum de dieu, m’a clouée aux rails du TGV qui prend de la vitesse.

- Vous faites toujours ça, de humer à grandes enjambées de narines, les gens qui vous entourent ? » Clouée encore je suis.

- Oui. Quand leur odeur personnelle est aussi resplendissante que la vôtre.

- Vous êtes « nez » en parfumerie ou vous voulez qu’on baise ?

- L’un n’exclut pas l’autre, mais il se trouve qu’à l’heure qu’il est, là où on est, mettons que je mets mon job et mes pulsions hors d’atteinte de nuire à quiconque.

- On va arrêter la dialectique. Vous êtes trop sympa pour qu’on s’embrouillle à neuf minutes de Paris vu qu’on a pas loin de quatre heures à passer l’un contre l’autre. Dites stop dès que je me trompe. Vous êtes dans le parfum ?

- Yes. Je suis un « nez ». Bien devi… né. » Dans ces cas-là, je me giflerais. Pourquoi m’appesantir sur un jeu de mots ? Il aurait compris, sans ce temps d’arrêt stupide. Il fait mine d’oublier que je suis con.

- Vous créez ou recréez une séduction passée ! Ç’est très fort… souffle-t-il, comme se repliant sur lui-même.

Je le regarde comme on regardait son premier bon point donné par la maîtresse. Je parle d’un temps… etc.

- Exact ! Et merci… Mais ce qui est le plus exaltant c’est de « créer » un parfum qui sera plus tard, voire bien plus tard… ‘une séduction passée’.

Un temps. Il regarde en lui-même de nouveau.

- Comme moi. Je veux dire, un peu comme ce que je fais…

- Qu’est-ce que vous faites ?

Son odeur est tellement ‘embastillante’ que je me sens prisonnière d’une révolution qui n’aura jamais lieu.

- Thanatopracteur, dit-il avec fierté, genre ‘Sûr que vous savez pas ce que c’est ?’ Mais où serait le plaisir de rencontrer des gens qui n’aurait aucun défaut ? Je sais très bien ce qu’est un thanatopracteur, d’ailleurs le hasard est tout de même foudroyant dans cette histoire, mais tant qu’à faire durer le plaisir de le voir, de le humer, et de l’entendre, je questionne.

- Ayant trois ans de grec derrière moi, ça a un rapport étroit avec la mort ? « thanatos » ?

Il est estomaqué mais essaye de ne pas le montrer. Dommage pour lui. Si je suis dans ce train c’est précisément parce que je suis trop pleine des sensations de chaque être que je rencontre. Moi, je ne montre rien du tout : détachée, sereine, tout comme il faut, - je sais très bien le faire depuis cinquante ans que je m’y applique - mais j’en ai pris un vieux coup dans les gencives. Qui vont se rétracter, je le sais. Deux ou trois heures après. Et découvrir les dents.

- Comment vous faites pour éviter la rétractation des gencives ? C’est tellement laid.

Pour la première fois, il me regarde vraiment. Ses yeux si noirs et si blancs me scrutent. Interrogatifs puissance 345. Je stoppe mon autopsie, alertée par Yoda qui vient d’être dérangée dans sa ligne de vie par une courbe du train. Les chiens et beaucoup d’autres animaux, voire tous, je ne suis pas sûre, ne sont pas capables «d’anticiper ». Yoda, qui était encore statufiée sur ses deux pattes arrière en appui pattes avant sur le bord de son travel-home, buvant des yeux et du nez l’homme avec lequel je parle depuis 17 minutes, a failli s’affaler dans son sac de voyage. Il lui gratouille la nuque. Elle est aux anges.

-         Elle est craquante votre chienne. Elle s’appelle comment ?

-         Yoda. Déjà bébé, elle avait des oreilles immenses ! ‘Yoda’ s’est imposé. En plus, le côté Maître de la Force, c’est encourageant. On pense forcément qu’elle vivra 100 ans… Enfin, on rêve de ça.

-         En sachant que c’est impossible. Quel âge elle a ?

Je baisse les yeux.

-         Presque cinq ans.

C’est encore tenable mais je lui demande :

-         Ce serait gentil de vous déplier et de vous lever, il faut que j’aille aux toilettes.

-         Bien sûr ! sourit-il déjà debout tant ses gestes sont à la fois souples et dynamiques.

-          Naturellement, je vous demande de protéger Yoda pendant l’affaire. Et de la retenir fermement dans la mesure où il y a des chances pour qu’elle veuille me suivre.

-         Je la serrerai contre moi.

-         Quelle chance elle a…

On se regarde avec un joli sourire avec juste ce qu’il faut de coquin pour que ce soit une petite fête pour moi. Je remonte l’allée du train - en essayant vainement de faire croire que j’ai le pied marin - m’accrochant astucieusement et à point nommé à certains dossiers - vers les icônes ‘Homme/Femme’... toutes deux rouges. Merde. On se retrouve trois femmes sur l’étroit palier qui nous sépare du soulagement. Les femmes sont effectivement des pisseuses. Il suffit de voyager pour le savoir indubitablement. On se mesure d’un regard déjà incisif de quelques micro-instants pour être sûres qu’aucune d’entre nous ne va s’arranger pour passer avant celle qui est arrivée ‘avant’. Je ne capte pas très bien la petite première. Une jeunette qui s’immerge de pomme verte. Piercings. Cheveux gras/mouillés. Allure vintage naze. Néanmoins charmante grâce à de grands yeux bleu. Et mince et fluide. Attaches fines. De jolies mains. Dans dix ans, si elle comprend ce que l’on attend d’elle, elle sera très belle. La deuxième, pas grand-chose à en dire. C’est probablement une très jeune grand-mère, permanentée pour l’occasion de ce voyage et qui sent la laque bas de gamme à plusieurs mètres à la ronde. Mais la plus passionnante est celle ‘avant moi’. Et témoigne hautement de son amertume lorsque la N°2, apparemment dans l’urgence, pénètre dans les toilettes ‘Homme’ qui viennent de se libérer. Elle émet un « O » en plusieurs exemplaires autour de la bouche, plein de haine mal réservée, un arrondi de lèvres écarlates comme le cœur de 4 grammes d’un oursin dont se régalent les faux riches. Elle a combien ? Entre 71, si elle s’est fait tirer, ce que je parie à 100 contre Un… et 83. Mais au maximum quand même. Elle a dû être belle « avant ». Très belle, même. Aujourd’hui elle veut faire croire - à elle d’abord, et au reste du monde surtout - qu’elle est encore jeune à grandes épaisseurs de fond de teint qui brillent dans tous les replis de sa triste figure, sans parler du stick lèvres voulant évoquer pour le public masculin que même les lèvres de sa bouche sont ‘mouillées’. Fantasme radical. Quel degré de souffrance et d’abandon a-t-il fallu subir pour en arriver là ? Voilà très exactement ce à quoi je ne ressemblerai jamais. Mon Dieu ! Merci ! Voyez Vous-même ce que j’aurais pu devenir à force de solitude et d’aveuglement ? Sauf que moi je n’ai jamais été belle. Mais j’aurais pu sombrer quand même… De cette ex-femme me parviennent des effluves très divers, voire cruellement opposés. La note dominante est un rush de champignons de forêt. Humus de feuilles rougies par l’automne en pourritude. Contrecarré par un ton de magnolia dû à un soin pour le corps, je présume, donc trop inattendu pour être honnête. Il y a aussi un zeste de patchouli pour signifier : « J’ai fait 68, voyez comme je suis djeune », et un rayon de rose mielleuse pour dire : « N’ayez surtout pas peur de moi ». C’est la plus abominable odeur que j’ai eu à respirer de toute ma vie. Et même son Guerlain n’y peut rien. C’est dire ! Il faut imaginer Sysiphe heureux, pensé-je en faisant pipi…

Yoda a été très mignonne. Parce que mon grand Noir a eu la gentillesse de mettre entre ses cuisses ma grosse écharpe moelleuse restée sur mon siège.

- … Qu’elle a dû gratter ardemment - genre ‘labourage et pâturage’ - pour se faire un nid tout chaud ?

Il rit en saluant la métaphore et en me rendant mon dernier amour qui me tend les pattes.

- Quoi qu’elle fasse, je suis folle de cet amour de petit chien, qui est le dernier mammifère à me faire rire sur Terre.

Il me sourit gentiment et sort un bouquin. Je ne saurai pas ce qui le fait rire, lui… Fin d’un acte. Il en a assez de notre conversation. De notre connivence montante qui ne peut déboucher sur rien. C’est ce « dernier mammifère » qui lui a mis la puce à l’oreille. Halte là ! Ça sent trop la tristesse. Il s’est fait Bernard l’Hermite. S’est recroquevillé sur sa vie à lui. Il a bien fait !

Yoda est de nouveau dans son sac de voyage. Elle sommeille tandis que je lui gratte le cou doucement. Le soir prend tout aussi doucement possession du jour. « Sysiphe », mon grand ami Camusien. Encore et encore remonter la pierre qui redégringole à l’infini au bas de la montagne. Et voilà le devoir le plus fort pour moi ce soir : ne plus jamais remonter la pierre. Pour l’Eternité . Je suis trop fatiguée. C’est pour ça que je suis dans ce train. Maman aura tout de même la force de s’occuper de mes plantes. Moi qui lui postillonnais à la face à quinze ans, éructant « qu’elle ne me comprenait pas ! » Merveilleuse Maman. Tu vas avoir mal, Mère, je n’en doute pas, mais c’est une histoire de balance. On n’avait pas les mêmes poids pour jouer. C’est pour ça que je me mets à l’abri avant toi. Parce qu’en plus de tout le reste, je suis lâche, Maman. « Maman »… « Marraine »… Non !!

J’ai tout à coup le cœur qui descend de vingt étages en trois secondes. Mon drap ! Brodé par Marraine. Meilleure ouvrière de France à 86 ans ; reçue et « ennoblie » par Chichi - elle bossait comme un âne de génie depuis l’âge de 14 ans -. Mon drap ? Je dérange Yoda ; mon voisin. Me baisse. Ouvre la fermeture éclair de mon sac de voyage à moi. Presque aussi grand que celui de Yoda. Soulagement… « Le drap brodé A S » est sur le dessus. Pour pas trop de faux plis. Ça ferait sûrement mauvais genre. Et faire mauvais genre, c’est une des pires choses que je redoute dans cette occasion. Ce qui est cool, c’est que je n’ai pratiquement rien dans mon sac ! Pour un voyage pareil, vous vous rendez compte ? Un long tee-shirt blanc taille 50 et un mascara. Noir. Comme mes yeux. J’ai toujours voulu avoir de grands cils. J’avoue. Un peu de poudre aussi. Un nuage. Histoire de ne pas avoir le pif qui brille comme le satin du coussinet de tête. Absolument TOUT est prévu. Je n’ai jamais vu mes cils les yeux fermés. Peut-être paraissent-ils plus longs. Tiens, voilà une chose toute bête me concernant que je ne saurai jamais. De quoi j’ai l’air quand je dors ? De la même manière que je n’ai reçu que deux fois dans ma vie un brin de muguet le 1er mai de la part d’un homme. De quoi j’ai eu l’air quand il n’y avait aucun homme dans ma vie le 1er Mai ? Imbécile ! Mille fois imbécile. Pas de l’avoir été ! De te le reprocher encore aujourd’hui alors que toutes les cartes possibles ont été jouées.

 

¤

 

Presque Genève. Déjà ? Ça va vite le TGV, c’est vrai. Mon voisin me reparle.

-         Dites, j’espère que vous avez un billet pour votre… «  gremlin ? ». Sinon, ça va vous coûter chaud !

-         C’est rigolo de t’appeler ‘gremlin’ ! Hein mon Bébé ? Tu y ressembles, c’est vrai. Mais oui, ne vous inquiétez pas, elle a un billet aller simple comme moi. Mais à demi-tarif.

-         A un cinquième du tarif ils auraient pu la faire notre Yoda !

Si j’étais une nana normale, je devrais sourire de ces mots tendance « on est toujours copains », mais ça m’énerve qu’il dise « notre Yoda » dans la mesure où il ne nous a plus reparlé depuis trois heures. Je ne sais pas pourquoi je me sens aussi blessée…  Evidemment, c’est de ma faute, mais je ne sais pas où j’ai fauté. L’homme en casquette arrive à notre hauteur. « Mesdames et messieurs… », je ne suis même pas sûre qu’il se souvienne des mots qu’il doit dire tellement ils sont déjà morts depuis longtemps dans ses moustaches tombantes. Encore un qui, au moment de mourir, regrettera la vie pour faire comme tout le monde. « Vous avez un billet pour le chien, hein, ou sinon, ça joue pas !» annone-t-il avec une lenteur navrante. Je lui donne à poinçonner et à viser tout ce dont il a besoin. Passeport et tous papiers de vaccinations en règle pour ma Puce exigés. On est à Genève, dans un pays où on ne rigole pas avec les formalités. Enfin, ça dépend lesquelles. Bref. Je ne suis pas là pour entrer en guerre avec la Suisse et ses banques ignorantes, Suisse qui précisément va m’enlever tout souci en m’évitant toutes sortes de formalités accablantes Le contrôleur douanier est bien content que certaines personnes sachent qu’un chien doit payer sa place même s’il est sur les genoux de son maître. Et on arrive à Genève. Après un gentil mais bref salut au dernier homme dont l’odeur m’aura bouleversée, je sors Yoda de son sac de voyage et elle a la bonne idée de faire pipi devant le poste de douane. Je fais un peu de charleston avec mes pieds sur la flaque comme si j’étais atteinte de Parkinson et le tour est joué comme on dit ici à tout propos. Intérieurement, je jubile. Pourquoi ce coffre-fort montagneux a refusé d’entrer dans la zone euros, hein ? Pour que nos chiens fassent pipi devant les casemates douanières. Voilà.

 

¨

 

J’erre vaguement au jour tombé en sortant de la gare, tirant Yoda tirant sur sa laisse. Coup de blues soudain. J’erre toujours. Il fait nuit noire maintenant. Déjà… Je suis à la recherche d’un taxi qui me convienne. Entre les Mercedes et les Porsche (taxis à Genève, oui !) j’avise un 4X4 limite pourri. Ça me convient. D’autant que par l’ouverture de la vitre, émane d’un bras blond de camionneur féminin posé sur le bord de la portière un parfum ineffable. Un mélange de terre fertile pour la vie souterraine, de jasmin pour le souvenir jaillissant, un soupçon de rose pour l’éclat, de romarin pour la force de douceur, de basilic pour la fausse froideur, de thym pour être un homme/femme, de lavande pour se faire pardonner et de farigoule pour Pagnol. Sur lesquels domine une senteur de vraie vanille. De quoi aurait-elle peur cette femme de mon âge à peu près qui, à mon sens, a, elle aussi, pratiquement TOUT vécu. De rien. Même pas de mourir. Une femme droite dans ses bottes. Carrée et douce. Un personnage. Une personne rare. Je maraude autour du 4X4. Elle sait tout déjà, j’en suis sûre. Quelque chose d’indistinct qui doit émaner de moi. Mais qui émane fort.

-         Vous allez où ?

-         Très loin, mais à vol d’oiseau je dirais douze minutes.

Elle a comme un  hoquet minuscule.

-         OK. Montez.

Moi, dans la tête, j’ai la dernière scène de ‘Martin Eden’ de Jack London qui se laisse couler le long du paquebot de sa réussite. ‘On est le même pour toujours et à jamais’. Moi, c’est imbibée de cette idée là que je suis venue là. Même si je suis loin d’avoir connu ses gloires et ses honneurs fébriles juste après avoir vécu toutes les humiliations et la misère, Martin ne peut que murmurer en coulant: « J’étais le MÊME… j’étais le même. » Incompréhension totale. Interrogation absolue. Pourquoi on ne nous aime pas lorsque personne ne nous aime et pourquoi tout le monde vous aime lorsque tout le monde se met à vous aimer ?

-         Hé ! Vous allez où ? Il va pas pisser dans ma caisse votre chien au moins ?

Elle est peut-être suisse mais mâtinée Belleville.

-         Aucun risque. Yoda a fait pipi il y a dix minutes devant la douane. Et puis dans son sac, il y a une grosse serviette de bain. Au cas où il pleuvrait trop fort dans votre caisse pourrave.

Ça ne doit pas être plusieurs fois par jour, mais elle se marre. On se regarde dans le rétro. C’est comme si on se connaissait depuis mille ans.

-         Donc vous allez où ?

-         117 rue des Blés d’Or.

Elle passe mal la seconde en éructant un gargouillis. Elle savait.

-         117 ? Vous êtes sûre ?

-         Ben oui. Je vous ai choisie pour ça.

Dans le rétro, je vois son front qui se met à transpirer. Elle emballe le moteur en passant mal les vitesses. Elle n’est plus chauffeur de taxi. Elle cherche des mots qui pourraient tout arrêter.

-         Faites pas ça.

-         D’où vous connaissez cette adresse ?

-         J’en ai déjà emmené quatre avant vous. Quatre. Droits comme une épée chauffée à blanc. Comme vous. C’est à ça qu’on vous reconnaît. Mais eux ils ont eu besoin de le dire.

Un long silence plein d’odeurs de vie et d’humanité généreuse.

-         Faites pas ça.

-         Vous aurez été une des dernières personnes au monde que j’aurais appréciée à sa vraie valeur d’être humain, mais fermez-là. Vous me déposez là-bas avec ma chienne et c’est tout.

-         On est arrivées.

J’ouvre mon sac vers portefeuille.

-    Combien je vous…

-         Je veux pas que vous me payiez. Ça joue ‘pô’… » Qu’elle ajoute en se disant qu’elle aurait pu s’en passer. Mais c’est dit. « What is done, cannot be undone » comme dit Shakespeare. « Ce qui est fait ne peut être défait ». Pas si étrange que ça que je pense à William à ce moment… « La Tempête »… dans mon crâne. Malgré ma volonté irrévocable.

Ma taxi-woman à la carrure de catcheuse se mouche en m’ouvrant la porte. Faut dire que le temps est pluvieux. Elle me prend la main entre ses deux mains. Elle serre. Désespérance. Elle a compris que j’étais déjà ailleurs. Yoda lui file un coup de langue sur le poignet.

-         Vous… vous êtes SÛRE ?

-         Oui. Absolument et sereinement sûre. Vous êtes une femme comme j’aurais aimé être un être humain. Entre autre parce que vous sentez infiniment bon, naturellement. Moi j’ai fini mon taf. Je sens le chrysanthème pourrissant. J’ai beaucoup travaillé en croyant que j’étais une artiste. Je suis fatiguée de ne plus arriver à le croire. J’ai la faiblesse d’aimer trop, donc mal. J’ai à peine survécu à la mort de mon Père. Je ne survivrai pas aux départs de ma Mère, de mon Frère, de l’Amour de ma vie, et plus risqué à court terme, à la mort de ma petite chienne à la tête de Gremlin. Donc, c’est comme ça. Vous m’avez donné, moi qui ai un long pif, des bonheurs de fragrances merveilleuses que je vais emporter précieusement. Bonne vie à vous.

Je m’arrache à elle dans la lourdeur nuiteuse du Lac tout proche. Yoda couine.

 

©

- Bonsoir Madame Sangre. Nous vous attendions. Avec impatience.

« Impatience ». Très joli en la circonstance. Cet accent de chocolat fondu, c’est insupportable.

- J’ai vingt minutes d’avance sur l’heure prévue, pourtant ! » ne peux-je m’empêcher de rectifier, comme si c’était le lieu et le temps ?

- Oui, je comprends. Si vous voulez bien me suivre, nous allons, hélas, devoir remplir un certain nombre de formalités.

- Dites, vous n’êtes pas obligée de me parler comme une cloche qui sonne le glas !

- Oui, je comprends. Bien sûr. Mais nous sommes tous toujours un peu nerveux, c’est compréhensif.

- Compréhensible, vous voulez dire.

- Oui bien sûr, vous avez certainement raison.

A trois, je la claque.

Un !

- Je vous présente le Docteur Delors.

Je me pense « Delors = en barre » derechef, vu les prix prohibitifs de l’affaire. On se serre la main, lui, très chaleureux. Trop. Il fait comme si je comptais dans sa vie, lui qui va me l’enlever sans coup férir dans une petite heure. Comédien plus commercial = hypocrite absolu.

-    Heureux de vous rencontrer, chère Madame.

-         Mademoiselle ! rétablis-je la vérité, archi bêtement.

La grande sotte avec sa blouse bleu ciel façon nuages si déstressants qui lui empote les genoux, sursaute en voyant poindre le nez de Yoda de son sac que j’ai en bandoulière.

-         Mais !!!!???? - éructe-t-elle comme si elle avait vu un crapaud faire l’amour à une souris -, vous ne nous aviez pas dit que vous veniez avec un petit chien ?

Deux !

-         Laissez Agathe, je reçois Mada...demoiselle Sangre.

La grande bringue l’a échappé belle. Je suis reçue dans un bureau pas assez blanc pour faire clinique et pas assez bleu pour faire la vie en rose.

-         C’est possible que vous fermiez votre gueule à partir de maintenant ? Vous et « elle » ?

Le toubib est choqué mais prend l’air de quelqu’un de communicant, connivant. Il la ferme. Elle, la blouse bleue couleur d’ailleurs écarte difficilement mais efficacement un relent du ragoût de mouton du midi. Tout se fait entre personnes de bon aloi.

Je suis si fatiguée. Ils baissent la tête comme avant de recevoir la communion. Lâches. Ils ne sont pas arrivés à me dire l’essentiel…

«

Requiem  de Mozart. Ce que j’avais exigé. Est-ce qu’on se doit d’être humble même à sa dernière demi heure ? Non. Lumières douces façon aurore boréale. Ils ont bien lu mon dossier. Visions en panoramique de ce qu’il y a de plus beau dans l’univers. Je suis si zen éclatée, je voudrais dire « en joie absolue», que je sens à peine une descente lumineuse lorsqu’il me pique ‘ailleurs’ où, je sais pas, le dos, le bas du dos, le bout d’un doigt. Impossible de savoir. Avec une douceur extrême.

- Vous êtes bien ? me demande mon Docteur ad patres. Pas d’angoisse ?

- C’est sublime, arrivé-je à chuchoter. Mais où est Yoda ?

J’ai le continuum verbal digne d’une limace. Je ne peux plus prononcer la  moindre consonne : «  Est suime ! Eh où ê Yo a ? »

Soudain, je suis à 3500 bits à la seconde. Me ressaisis totalement sur le silence de mon bon docteur.

- Yoda ? Il est bien convenu que je pars, mais qu’elle part juste après moi ? Où elle est ? Je la voulais sur moi. Moi d’abord. Elle juste après. Et direction Auvers sur Oise dans la même boîte. Où est Yodaaa !?

Dans la salle blanche, je surélève toute mon âme sur ce qui doit être mon lit de mort paisible. Je hurle. Autour de mes mots criés, on s’affole. Mais dans la douceur financière absolue.

-         Ecoutez. Nous avons un problème.

Je me rappelle les mots d’Appollo 13 en détresse. J’arrache la perf.

-         Quel problème ? Attendez… qu’est-ce que vous me faites ? Yoda devait être dans la boîte avec moi, partir SUR MOI, déjà partie. Je la VEUX SUR MOI ! YODAAAA ! Ils vont me tuer sans toi !!!

Dans la salle d’attente, les deux autres futurs morts par volonté farouche ont claqué la porte. Leur mort attendra leur heure véritable…

 

j

« Nous pouvions, pouvons encore si vous en êtes d’accord, vous euthanasier, vous, c’est légal, et vous avez payé pour ça, là-dessus ça joue, ce qui ne joue pas, c’est euthanasier des animaux en pleine forme. Je suis désolé de ce malentendu. »

Pour le coup, je crois que je vais crever par moi-même. Yoda est sur mes genoux, frétillante. Tous mes membres me font un mal absolu. Je suis ‘hors de moi-même’. De fureur, de ressentiment. De fatigue. Je n’ai même plus de parole à ma disposition. Plus rien. Effondrée. Laminée. Comme morte. Hélas, bien vivante. Revenue de Mozart, de son Requiem et des aurores boréales.

-         Je…

-         Vous ?

-         Rien. Décidément le Grand Patron ne veut pas de moi.

-         Je… nous ne sommes pas sûrs de vous suivre ?

Là, je dégage. Je ne signerai plus jamais rien, aucun papier de ma vie. Surtout sur internet. En sortant de la clinique, j’ai la nausée. Je vomis. Un grand bras blond qui sent la vraie vanille me tient le menton sur les hortensias. Et tient de l’autre bras le sac de Yoda qui n’y comprend rien. On a beau être intelligent, on a ses limites.

- Allez, venez, je savais qu’y aurait forcément un blème. Vous avez encore trop plein de choses à « jouer ». Je vous ramène à Paris. La course est pour moi. On ira manger un plateau de fruits de mer. Vous sentez bon, on vous l’a déjà dit ?

 

 

Texte de Brigitte Bellac

¤

 

Par V. Gabralga - Publié dans : Nouvelle
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 20:15

Je longeais à petits pas
L'arène en forme de trèfle
Où les cris de joie
Des enfants sonnaient telles des trompettes.

L'arbre éléphant,
Paisiblement barrissait
Tout en me lorgnant.
Je fus plongée dans mon passé.

La petite fille aux yeux violets,
Chevelure brune au vent, ondulée,
Bravait tous les dangers
Sur sa balançoire, envolée.

Pirouette, cacahuète !
A la limite du saut périlleux,
Propulsée vers son espace céleste,
Elle fit trois tours et hop ! Petite peste...

Sur le toboggan, la petite blonde
Marchait, remontant le courant.
Je fus saisie une seconde
Par le souvenir, jambe cassée, de mon enfant.

Mes yeux se posèrent sur le tourniquet
Où jadis, j'attrapais le hoquet.
Dans le petit train me cachant,
Je revins au présent.

Jeux d'enfants, jeux d'antan,
Jeux joyeux, m'enivrant.

Arielle Alby

Par V. Gabralga - Publié dans : Poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 19:39

Sauvage. Rien que l'endroit est déjà sauvage. A quelques kilomètres de la frontière italienne, dans un paysage désertique où le mistral, le soleil et la lumière font crier les pierres des collines, le bruit assourdissant d’un engin spécialisé dans le transport d’œuvres monumentales écrase le crissement des cigales. Grimpant la colline en laissant derrière lui les traces anguleuses de ses chenillettes, l’engin qui transporte une statue sanglée et protégée au maximum, stoppe sur le geste péremptoire d’une jeune femme. Elle est vêtue d’une ample blouse informe couleur de pierre qui lui bat les mollets et danse autour d’un corps que l’on devine parfait.
Il est encore très tôt, mais la chaleur fait déjà vibrer la colline. Parvenue à un endroit bien précis, ballotant dangereusement au bout de sa poulie à cause du mistral, la première des vingt-sept statues qui constitueront l’exposition de Victoire Tamina - dont la première présentation deux ans plus tôt, avait enflammé unanimement grand public et critiques d’art - est descendue lentement vers le sol, maintenue et retenue par trois ouvriers et l’artiste elle-même qui dirige les opérations de main de maître. Elle s’adresse tour à tour au cariste qui manœuvre l’engin élévateur et aux ouvriers en sueur qui manipulent la statue oscillant à vingt centimètres du sol.
- Non ! Ça ne va pas ! Remontez ! On la tourne de dix centimètres vers la droite… Non ! C’est trop. Dix centimètres. Posez ! DOUCEMENT ! Non ! Ce n’est pas ce que je veux. On recommence.
Trois fois, Victoire fait remonter la statue et exige un changement d’orientation ou d’emplacement. Enfin, la sculpture est en place et décrochée. Victoire et les hommes la débarrassent de ses protections. Au-dessus d’un socle fait du même matériau que la statue apparaît un jeune homme pétrifié dans une attitude qui met mal à l’aise : vêtu d’une simple serviette de toilette nouée autour de la taille - sculptée comme l’éphèbe avec un réalisme saisissant - il est dressé sur une seule jambe, et semble vouloir s’échapper en courant, la bouche ouverte sur un cri d’horreur muet. Victoire se recule d’une vingtaine de mètres pour juger de l’effet en se massant le bas du dos tandis que les hommes soufflent en échangeant quelques mots.
- A ce train-là, son expo sera jamais prête dans quinze jours…
- Vous avez vu ses yeux ? Moi j’arrive même pas à la regarder en face…
- Mais putain qu’elle est belle.
Aux regards frémissants que les hommes échangent, on voit qu’ils seraient tous prêts à aller déplacer la lune de deux centimètres et demi si elle le leur demandait.

Extrait de "LA PIERRESSE"
Thriller de Brigitte Bellac en recherche d'éditeur

 

Par Les mots migrateurs - Publié dans : Extrait roman
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 21:57

Cher ami,

  J’aime faire du vélo un peu au hasard dans les rues, mais plus particulièrement sur une rue : celle de mon enfance, celle où, en vacances, j’habite encore. Pourquoi cette rue là ? Parce que parfois, il se produit un phénomène étrange assez déconcertant même pour mes voisins qui, pourtant, ont toujours habité cette rue. Ma rue se met à s’étirer démesurément. Par temps très chaud, certains soirs d’été ma rue qui mesure, normalement, environ une petite centaine de mètres,  s’allonge démesurément pour mesurer alors plus de neuf cents mètres.  Cela n’arrive qu’exceptionnellement, deux ou trois soirs dans un été, donc dans une année. Je ne boude pas mon plaisir, je roule neuf fois plus dans l’air chaud du soir et je me réjouis d’une telle dilatation. D’ailleurs mes voisins aussi adorent voir leur rue s’agrandir. Leur maison et leur jardin deviennent neuf fois plus grands. Et au prix de l’immobilier, c’est très appréciable ! Deux ou trois fois dans l’année, ils deviennent neuf fois plus riches.

  Il n’y a qu’une vieille voisine qui n’apprécie pas ces jours-là. Elle revient chez elle neuf fois plus fatiguée et peste contre ses pauvres jambes. J’ai alors un peu honte à bicyclette de prendre autant de plaisir à me laisser aller en roue libre. Mais pourquoi faut-il toujours se sentir concerné par les problèmes des autres ? Ne suis-je pas en vacances ? Un plaisir comme celui-ci ne se refuse pas. Si l’on compte bien, il y en a si peu à l’intérieur d’une vie !

  Par contre, deux ou trois soirs par an, en hiver par temps très froid, ma rue subit le phénomène inverse. Elle rétrécit. Personne n’est content. Ni mes voisins, qui se retrouvent alors dans des maisons minuscules qui ne valent plus rien sur le marché de l’immobilier, ni moi qui ne peux profiter pleinement de ma rue en roue libre. Il n’y a alors que la vieille dame qui est contente. En effet, elle revient chez elle neuf fois plus vite !

  Bien amicalement,
  Lucco

  En espérant vous rencontrer un beau soir d’été, un de ces soirs où l’espace semble continuellement nous sourire et notre temps s’étirer avantageusement, comme les chewing-gums que nous mâchions enfants.

Luc Hazebrouck (les lettres de Lucco)

 

Par Les mots migrateurs - Publié dans : Correspondance
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Présentation

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés