Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une trentaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr .

www.motsmigrateurs.fr

 
Mercredi 14 mai 2008

J’ai suivi la route
En marchant dans mes doutes.
Couru après l’espoir
Mais me suis perdu dans le noir.
Je deviens pantin
De notre destin.
Conjuguer le passé
Pour enfin recommencer.
Meilleur juge
Je veux que dieu me re-juge.
De nombreuses peines
Rester sans appel.
Que ma souffrance soit réduite
Dans cette vie inconsciente.
Que les étoiles se retournent,
Pour que je les retrouve.
Que ma peine soit réduite
Avant que je sois détruite.
Je veux que demain
Soit débarrassé du malin.
Entre erreur et doute
Tout me dégoûte.
Le paradis m’est-il inaccessible,
Etre pour Satan sa cible.
La clé du bonheur
Derrière le malheur.
L’amour derrière la haine
Sans savoir où ça nous mène.
 
Mlle COLMAOR Jessica
Lycéenne

 

par Les Mots Migrateurs publié dans : Poésie
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Mardi 8 avril 2008

Poètes, descendez à la station la Muette !
Griots du suburbain, par Issy la sortie !
Sur le skaï on roupille sans sonnets dans la tête,
Métro Rimbaud dodo, cette fois c’est fini.
En bas les Parnassiens ne sont plus bienvenus.
Vos vers sont mis à pied, chers enfants de Vénus !
Taquineurs de quatrains, quittez ce souterrain !
A la Bastille on n’aime plus la fille de rien
Qui roulait en seconde le flot de ses mots crus,
Poésazie ne prendra plus le tape-cul.


Mais sans rimes à ses rames le métro se désole,
Le peuple souterrain à Marcel s’en bat l’œil. 
Les Filles du Calvaire ne sont plus des égéries,
Leurs courbes émeuvent moins que celles des profits.
La lyre n’a plus droit de Cité dans le tube,
Le mot de Cambronne s’efface pour la Pub.


Au métro Père Lachaise on enterre la Muse,
La belle Terpsychore arrive au terminus.
Mais le monstre du Biz Ness finira tel Méduse
Et le Phénix, Amis, renaîtra à Picpus !



Jean Gennaro

par Mots migrateurs publié dans : Poésie
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Mercredi 2 avril 2008

Cher ami,
Quand je sens dans mon corps une colère gronder : je voudrais la faire sortir pour qu’elle gronde ailleurs que dans mon corps, seulement j’ai peur des dégâts que cette colère pourrait provoquer. Comme je n’ai pas l’habitude de me mettre en colère, je ne sais pas au juste ce qui va sortir. Mon corps va peut-être avoir envie de taper n’importe quel idiot dans la rue. Le premier venu, ou alors ma femme, pour une raison que j’ignore mais que mon corps, lui, ne semble pas ignorer. Bref, je suis inquiet et embêté. Que faire de cette colère qui gronde avec l’envie de cogner. Pendant longtemps, j’ai pris un marteau pour enfoncer des clous dans du bois. Ma maison, qui est en partie en bois, a ainsi, par endroits, des milliers de clous qui témoignent de colères anciennes.

Aujourd’hui, je prends une balle et je la frappe contre un mur avec une raquette. Parfois la balle éclate, d’autres fois, le cordage de la raquette explose… le mur lui, malgré les coups, n’a jamais rien, pas une égratignure. Il encaisse tout sans dire un mot. Pourtant je le pousse à bout : je tape de plus en plus fort mais lui, avec un calme impressionnant, me renvoie invariablement la balle en s’adaptant parfaitement à ma frappe. Quand je le tape doucement, il me renvoie la balle doucement. Quand au contraire, excédé, je tape un grand coup, lui me la renvoie avec vigueur. Ce mur du silence est, en fait, très à l’écoute des progrès de ma colère. C’est pourquoi finalement, j’y suis très attaché. Plus je bats le mur, plus il est lui-même capable de me battre. Plus j’ai la haine du mur lorsque je le frappe, une haine lamentable, plus lui, sans lamentation aucune, me remet la balle avec une ténacité qui force le respect. Il arrive effectivement un moment – au bout d’une heure ou deux - où face à ce pauvre mur et aux mauvais traitements que je lui inflige, je finis par avoir honte de mon comportement. Un tel silence impressionne. Pas une lamentation. Il reste très réservé et me renvoie toujours à moi-même. Je lui dis : Tiens, es-tu capable de reprendre cette foutue balle ? » « Et vous ? » « Quand auras-tu fini de m’énerver, sale mur? » « Et vous ? » « Es-tu donc de pierre face à ma colère ? » « Et vous ? » Vous avez remarqué sa distanciation : son vouvoiement face à mon tutoiement ? La sobriété de ses réponses. Je ne peux m’empêcher secrètement d’avoir de l’admiration devant autant de tenue. Il se tient toujours parfaitement droit alors qu’au bout d’une heure ou deux je suis voûté de fatigue, je jette l’éponge. J’ai voulu battre le mur mais c’est lui qui m’a battu. Et invariablement c’est lui. Je suis obligé de puiser mes ultimes  forces tant il me pousse dans mes derniers retranchements. Vraiment il est fort ! Et je constate aussi qu’une fois battue et complètement battue, la colère qui grondait dans mon corps est sortie faire un tour ailleurs… Je suis alors très reconnaissant à mon mur. Avec si peu de mots « Et vous ? » me guérir d’un mal si redoutable. Plus je rencontre la colère et plus je suis obligé d’aller visiter le mur. Pas moyen d’y échapper. Evidemment à force de le visiter, je finis par également hisser mon niveau de jeu. Il y a quelques temps, il y avait des balles que j’étais incapable de lui renvoyer, pris au dépourvu, il fallait que je courre dans tous les sens… alors, je me lamentais devant mon mur. Je le priais de ne pas m’envoyer la balle avec autant de force. Seulement, lui, doit avoir des principes éthiques et thérapeutiques que j’ignore. Mon mur est dur, il ne se laisse pas attendrir comme ça. Bien au contraire ! Plus je suis dur avec lui plus il est dur avec moi. C’est son éthique personnelle.

Quand je rentre défait, ma femme, comprenant vaguement ce qui s’est passé, me dit : « Pourquoi tu lui en veux tant  à ce pauvre mur ? »
« Je ne lui en veux pas. Bien au contraire, ce mur libère mon corps d’une colère qui y était bloquée. Ce mur aussi a le grand avantage d’être toujours là quand j’ai besoin de lui. » « Regarde toi ! A force de frapper comme un dément, tu es tout défait. Tu parles d’une victoire!»
« On dira ce qu’on voudra, être mis au pied du mur, parfois, ça fait du bien. »

Mais tous les murs ne sont pas aussi résistants. Je me souviens qu’il y a des années, entre ma future femme et moi, il y avait un mur d’incompréhension. Celui là s’est finalement désagrégé et a fini par s’écrouler. Depuis c’est l’amour sans entrave, sans limite.

Un amour comme je vous le souhaite, cher ami
Bien amicalement
Lucco

(Les « Lettres de Lucco » de Luc Hazebrouck)

par Mots migrateurs publié dans : Correspondance
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Dimanche 23 mars 2008

Il l’aime.
Elle ne l’aime plus.
Il pleure, il s’accroche, il se lamente.
Maintenant qu’elle a pris sa décision, elle ne reviendra plus en arrière. Treize années de mariage, quelques unes de bonheur, une routine dangereuse, une lassitude, une envie d’autre chose.
Il ne comprend pas. Sans elle, il n’est rien. Il ne veut pas entendre ses raisons.
Pourtant, depuis deux années, elle va mal. Elle a essayé d’attirer son attention, elle a essayé de lui parler. Elle a même tenté de l’aimer encore en jetant par dessus son épaule ses doutes.
Elle a pensé que c’était une mauvaise passe, que l’amour reviendrait.
Elle a tellement culpabilisé.
Il la soupçonne d’avoir rencontré quelqu’un d’autre, sinon pourquoi le quitterait-elle ?
Elle lui assure que non. Comment lui expliquer qu’un jour on peut arrêter d’aimer. Qu’un jour toutes les petites manies que l’on trouvait attendrissantes deviennent énervantes, au point de ne plus les supporter !
Peut-elle continuer à mentir, à se mentir, à leur mentir, au risque de se perdre ?
Alors un jour elle s’est décidée. Elle continuerait sa route sans lui.
Sa fierté masculine en prend un coup. Etre quitté pour un autre aurait été finalement plus facile à admettre. Il aurait pu jouer au mari éploré et trompé par une épouse indigne.
Après l’apitoiement, il sort les griffes.
Il l’accuse de tous les maux.
Elle tient le coup. Elle ne veut pas être une de ces femmes qui subissent, de celles qui préfèrent mettre leur cœur en sourdine…
Et leurs deux filles, elle y pense ? Comment compte t-elle s’y prendre pour leur annoncer la nouvelle ?
Elle ne pense qu’à ça, qu’à préserver ses filles.
Elle sait qu’elle subira leurs assauts de jeunes filles en pleine crise d’adolescence.
Elle ne se facilite pas la tâche, pourtant, elle résiste.
Il supplie à nouveau, il pleure encore.
Il ne veut pas se retrouver seul, et en même temps il ne souhaite pas la garde de leurs filles : elles sont si difficiles en ce moment.
Après tout, c’est elle qui veut tout foutre en l’air, alors, qu’elle assume…
Commence la bataille judiciaire.
La famille, les amis y vont de leurs commentaires.
Souvent incomprise, montrée du doigt, elle a néanmoins le soutien de celles qui n’ont pas osé franchir le cap, et qui persévèrent dans une vie qui ne leur convient plus.
Ils ont l’intelligence de préserver leurs filles. Ils s’accordent au moins là-dessus.
Il n’a pas voulu voir que leur couple n’avait plus de sens.
C’est elle qui a pris les devants, c’est elle qui a pris tous les coups…
Ils sont officiellement séparés.
Elle est épuisée. Au milieu de son tumulte intérieur elle cherche à se reconstruire.
Un jour, peut-être, elle aimera à nouveau… Peut-être…
Déjà il vole vers d’autres bras, pour un peu il lui dirait merci…

Marie-Laure BIGAND
Texte écrit pour » la soirée au féminin », animée par l’association « Mots Migrateurs », en partenariat avec la Maison des Femmes de Cergy, et en écho à la journée Internationale des Femmes.

 

Marie-Laure BIGAND

Texte écrit pour » la soirée au féminin » du 18/03/08, animée par l’association « Mots Migrateurs », en partenariat avec la Maison des Femmes de Cergy, et en écho à la journée Internationale des Femmes.

 

par Mots migrateurs publié dans : Nouvelle
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Lundi 17 mars 2008

ME VOICI sur un plateau venteux, en promontoire des vallées montagneuses qui se découpent dans le lointain.

Région au climat doux. L'on pense aux Alpes du Sud, "Sils Maria"
ou "la Campanie". arrière-pays Niçois. Si cher au cœur de Nietzsche.

Cette aire sauvage, aux buissons d'épineux, et hautes herbes,
semble le lieu d'élection des rapaces.
Cet endroit n'évoque-t-il pas aussi ces domaines de grandes chasses, des indiens d'Amériques ?
AMATEURS DE PLUMES D'AIGLE POUR orner LEUR COUVRE-CHEF
ET ANIMAL TOTEMIQUE central dans leur mythologie.

La tradition veut qu'un Indien se doive de peindre un rêve sur la toile de son tipi. Lors de son départ, le motif est acquis très cher par les guerriers de la tribu. On porte haut, ici, la valeur de ces rêves divinatoires et révélateurs.

Je souligne à ma partenaire la variété des spécimens rencontrés.
Ici un vol soudain, proche de nos têtes... et lui décille les yeux, niant l'identique et affirmant, car c'est bien de différents types dont les plumages, les faciès, les couleurs de ces oiseaux témoignent.

Plus loin, dans un village, après une errance dans les ruelles,
me voici dans une bibliothèque où un homme feuillette en notre compagnie, un "in folio" grand format, ouvrage du XIXe siècle semble-t-il, reliure en parchemin ou peau de chagrin au plat fileté d'un cadre doré.

La page de garde est pourpre, puis l'intérieur se dévoile et des "similigravures", phototypies soignées, mais dont la chromie reste celle des premières conquêtes, occupent la "belle page" :
soit un couchant style "grand espace américain et lac dans son miroir...".

Nous parvenons à une gravure, dont la "marie-louise”, scandée de filets d'or fin et de bandeaux exfoliés, concentriques, aux teintes "pistaches", isole le visage d'un homme, celui d'un notable "gentleman-farmer" souriant et malicieux, non sans distinction.

Légende : "le Marquis d'Ombrebise."

A par moi, je réalise, que, de ce fait, j'ai franchi et apprivoisé les réticences des autochtones, et suis l'élu de cette consultation d'initiés.

Cadre pour rehausser l'aménité, la distinction et la décontraction (Je crois que c'est le visage de William Faulkner... dans la mouvance... Maurice Genevoix, peut-être Mallarmé !...Julien Gracq, un officier de 14...). d'un homme, Dieu bienveillant.

Ses origines rurales indubitables, son style "Français" ne font aucun doute, le tout ennoblit et raréfié par des générations successives pour proposer ce portrait "policé", courtois, souriant et malicieux. Plante de serre.

Loin de la brutalité quotidienne,
de la vulgarité du bas peuple, de la haine ordinaire.

Est-ce l'oiseleur ?

Rêve-texte de François Egler – Graphiste, Studio de Création Melody à Cergy le Haut

par Mots migrateurs publié dans : Essai
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Mercredi 20 février 2008

J’étais occupée, en permanence occupée, possédée. Je tournais dans la maison comme un lion en cage. Et quand je ne tenais plus, je prenais le premier objet à portée de main et je me frottais dessus. Un petit corps en sueur et qui tremble.
Une cascade d’eau qui se déverse pour le goulot d’une bouteille.
Dans ces moments-là, plus rien n’existait. Il n’y avait plus que ça. Et ma frayeur.
Il faut imaginer : je n’étais qu’une enfant. Je n’étais qu’une enfant…
Et personne à qui dire simplement, explique-moi, je ne comprends pas ce qui m’arrive, j’ai mal.
Une enfant seule et déjà une droguée en quête de sa dose de sexe.
Je ne faisais pas partie des schémas convenus des hommes, pas de ceux que l’on étale aux yeux de tous. Oui papa Freud aura dit la perversité de l’enfant, et cela on l’entend, du moins intellectuellement. Mais voir une petite fille, une tétine dans la bouche, les yeux révulsés de désir, le vagin trempé, assoiffée d’une bite ou de tout autre bout de chair à absorber, cela, qui peut l’entendre ? M’entendez-vous ? Me reconnaissez-vous ?
Oui, là mon appel. Et là ma révolte, je ne peux plus porter en silence ce dégoût face à l’innommable de moi, de vous.
Je ne peux plus croire que je suis un cas à part, sentence assénée par vos non-dits multimillénaires.
Et n’est-ce pas lui, l’adulte, qui m’a initiée, qui a réveillé mon mal en forme de manque ?

            Je suis de vous.
Issue de vos embrassades nocturnes et de vos accouplements dérobés, (toujours dérobés). J’ai lu vos livres et contemplé vos œuvres, j’ai accueilli vos soupirs et vos plaintes, j’ai dormi dans vos lits et caressés vos tourmentes, j’ai visité vos cathédrales, j’ai écouté vos sermons, j’ai suivi vos religions, j’ai ri avec vous, j’ai pleuré.
Je me reconnais dans la lueur de vos regards suintant d’envie, dans vos gestes calculés de séducteurs masqués, dans la torsion de vos doigts malhabiles en quête de quelque épiderme à frôler, dans le velouté de vos seins déployés, dans la moiteur de vos langues pendues à vos lèvres, dans vos souffrances de bambins soumis aux caprices de leurs bites-vagins.
Je vous ai vus et je me suis reconnue en vous.
Je suis le monde qui balance entre plaisir et dégoût et qui joue de jouir, en pleurant.
Je suis vous. Comment pourriez-vous n’être pas moi ?

Extrait de l’ouvrage « Baisant, seule », récit de Camélia Montassere, paru dans la collection Les Flueurs aux Editions Le Grand Souffle : http://www.legrandsouffle.com/livres_baisant.html. Camélia sera l’invitée de l’émission Les Mots Migrateurs sur Radio RGB le dimanche 6 avril à 22 h 00 (Radio RGB, 99,2 FM en Val d’Oise ou en streaming sur www.radiorgb.net).

par V. Gabralga publié dans : Extrait roman
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Mercredi 13 février 2008

Vous n’auriez pas dû prendre ce thé allongé avant de partir de chez vous, voilà que vous avez subitement envie de vous soulager, mais vous êtes en pleines courses, en transport en commun, au volant….

Comme tout être normalement constitué, vous allez chercher le lieu d’aisance le plus proche : au sous-sol d’un bistro, au bout du quai de la gare, à l’entrée de la station de métro… Quelques secondes, quelques minutes, parfois plus, vous oubliez tout, devenez guetteur à l’affût du premier panneau « WC public » venu, d’autant plus avisé que votre nécessité est pressante.

Enfin, à l’entrée d’un square, vous avez trouvé ce que vous cherchiez, en lieu « Water Closed », où l’eau est enfermée pour pouvoir vous libérer en toute intimité.

La poésie des lieux est minime, tout comme la couleur des murs (toujours à vous donner envie de rester le moins longtemps possible) et l’odeur, qui dans le meilleur des cas fait le yoyo entre la fougère, la violette bon marché des rouleaux de papier et l’eau de javel. Mais heureusement, il y a le sourire de madame-lavabo, qui, quand elle n’est pas occupée à nettoyer à force gants de caoutchouc rose et à grands bruits (de chasse d’eau), se tient derrière son comptoir les mains remplies d’objet à tuer le temps : journal, tricot, transistor….

Avec sa blouse blanche, jaune ou bleue délavée par les produits d’entretien et la pâleur des néons, vous avez toujours cette désagréable impression d’être attendue par une infirmière pour une sombre piqûre, ou par un professeur pour un inquiétant examen. D’ailleurs, le regard qu’elle vous lance dès votre entrée en dit long quant à l’opinion qu’elle porte déjà sur vous.

Assis, assise sur le trône, vous contempler votre royaume, où des mains inconnues ont griffonné, « graphité », tailladé sur les murs des cœurs enlacés, des dessins obscènes (sauvagement mal effacés par la gardienne du temple), des heures de rendez-vous, des « Georgette, je t’aime ! »  et juste à côté des « Va te faire …, grosse salope ! », « Rémy est un PD ! » et autres affirmations toujours plus poétiques ! C’est de l’expression triviale, voire tribale, une sorte d’art brut et virile, qui s’étale à vos yeux en toute discrétion. Un mur sociologique entre espoirs et lamentations, un journal intime sans pudeur, un espace qui devrait être interdit aux enfants, et où l’on aimerait qu’il y ait moins de fautes d’orthographe…

Voilà, vous quittez le sous-sol étroit, vous vous sentez soulagé(e)… Vous oubliez bien vite la dame-lavabo et les cinquante centimes qu’elle vous a réclamés : « Comment a t-elle osé ? ». C’est tout juste si vous avez pensé à regarder la plante verte qui pousse miraculeusement dans cet univers clos, « closet », sans lumière naturelle, hygiénique...  C’est tout juste si vous vous rendez compte qu’il y a là une dame qui nettoie et travaille depuis 27 ans à rendre service à toutes les couches sociales de la population d’un quartier : 81 000 heures de vie en silence, très souvent seule… trop seule.

Texte écrit par Philippe Raimbault pour l’émission Les Mots Migrateurs de février 2008 sur Radio RGB

par V. Gabralga publié dans : Témoignage
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Vendredi 11 janvier 2008

2008    -    Nœud de Moebius au mouchoir de la nuit,

                  le huit frappe à l’huis de nos vies,

                  nombre doublant le zéro à l’infini

                  avec son galbe féminin d’instrument d’harmonie.

 

2008    -    On ne fume plus dans les bars.

                  Quelqu’un a mis son âme en vente sur EBay,

                  mise à prix : un million de dollars…

                  Les enchères ont commencé – êtes-vous intéressé ?

 

2008    -    Il fait jour chez les Inuits

                  Il fait noir chez les bonzes de Birmanie.

                  On souhaite toujours la paix sur la terre

                  mais jamais, jamais la fin des militaires.

 

2008    -    Adieu vœux vaches, cochons, ampoulés !

                  Inutile de nous promettre la lune, on ne voit que le doigt !

                  Ce qu’on attend de ceux qu’on aime, c’est la sincérité.

                  On veut d’un monde où l’Amour serait Loi.

 

2008    -    Si le monde finit l’an meilleur qu’il fut au premier janvier,

                 on pourra dire d’huit que ce fut une bonne cuvée.

                 Aussi je vous souhaite de la passer en douceur

                 et en art-monie avec tous nos amis des Mots Migrateurs.

             

 

… et n'oubliez pas que ce qui éloigne le plus les humains du bonheur,

c’est l’idée qu’ils s’en font.

 

 

Amies et amis, bonne année à tou(te)s !
Jean Gennaro
                 

par V. Gabralga publié dans : Nouvelle
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Vendredi 7 décembre 2007

C'est quoi ce goût bizarre
Ce petit goût sucré
Qui ravit mon palais
Cet étrange nectar  
Euphorise mon esprit
Sublime tous mes sens
Ma langue qui papille
Endort mon agueusie
J'assaisonne, j'épice, j'aromatise
Je cueille la gourmandise
Je m'autorise et me grise
Toute estourbie
Proche de l'apoplexie
Je découvre quintessence
Jouissance, excellence
Je goûte de l'inconnu
Du neuf, de l'oublié
Je regoûte à la vie
Entre Paradis
Et Enfer maudit
Je goûte sans réticence
J'en profite, c'est permis
De ce petit goût bizarre
De ce petit goût sucré 
Rare et précieuse saveur
Ce fumet de douceur
C'est celui du bonheur

Celui du chocolat y ressemble parfois

Florence Foucart

par Florence Foucart publié dans : Poésie
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Dimanche 2 décembre 2007

Il était une fois, dans une maison ultramoderne,  un petit garçon,  triste,  soucieux, angoissé et tremblant de peur au moindre petit bruit.

Ses parents travaillaient tous les deux et ils confiaient sa garde à une nourrice peu scrupuleuse. Elle l’installait du matin au soir devant une télévision dernier cri,  immense, écran plat, au doux son agressif « dolby ».

L’enfant, qui portait le prénom chevaleresque d’Arthur, regardait n’importe quel programme  parvenant à ses yeux. Il se cachait au moindre cri, goutte de sang ou robot monstrueux. Ses nuits étaient peuplées de gigantesques dragons et de cauchemars à répétition. Ses parents, inquiets, dormaient très peu, mais ne soupçonnaient pas les raisons de ces rêves terrifiants.

Un jour, il vit, tout à fait par hasard, un film fantastique sur la planète et ses habitants en danger : « Un Jour sur Terre ».

Il  sentit comme une petite transformation à l’intérieur de son cœur !

Il faut dire qu’un nuage rose prénommé : Cirrus, était passé, ces jours derniers, au dessus de la maison et avait ressentit la détresse et la solitude d’Arthur.

Ce jour-là, le nuage décida de s’infiltrer dans la demeure en profitant d’un courant d’air opportun et changea le programme télévisuel.

Il s’était entortillé autour de l’enfant afin de lui constituer un petit nid douillet, chaud et protecteur.

Tous deux regardèrent avec recueillement le film quand tout à coup, aux dernières images, tel un vaillant chevalier de la Table Ronde, Arthur se dressa sur le canapé, brandissant sa peluche préférée, en hurlant : «  Je vais le sauver ! »Il s’agissait d’un ours polaire en mauvaise posture sur une banquise agonisante.

La nourrice accourut, dans le salon, affolée aux cris du bambin, plutôt tranquille d’habitude pour constater sa disparition mystérieuse.

Cirrus avait pris Arthur sur ses moutonnements célestes et tous deux étaient  partis en direction de la mer.

Ils embarquèrent sur le navire de « Pirate des Caraïbes » et se dirigèrent vers le grand nord.

Arrivés sur une banquise s’effilochant en lambeaux, ils découvrirent l’ours polaire en train de se noyer, à bout de force, ne retrouvant pas de glace ferme à se mettre sous les pattes.

Le nuage se transforma en corde et s’entortilla dans la toison neigeuse.

Le garçon fixa l’autre bout au bateau et se mit à pagayer vers un point lumineux, au loin, sur la terre gelée, peut-être un village, un phare, la balise d’une base de recherche ?

L’ours, épuisé, se laissait entraîner. Il n’avait plus aucune force pour réagir et se débattre. Résigné, il attendait la mort, quand tout à coup,  son museau heurta quelque chose de dur. Il souleva péniblement ses paupières et vit enfin ce qu’il cherchait depuis de longues heures.

Il rassembla ses dernières forces, réconforté par les douces paroles  d’Arthur et tiré par Cirrus, il mit ses grosses pattes sur un rocher et l’escalada !

Assis sur le bord de l’eau, de grosses larmes de fatigue et de reconnaissance perlaient aux yeux du mammifère.

L’enfant et le nuage reprirent le chemin de la maison, en envoyant des adieux à l’ours et disparurent dans la brume hivernale.

Arthur se retrouva, allongé sur le canapé de chez ses parents,  lové  dans une grosse couette duveteuse. Sa nourrice était près de lui. La télévision était éteinte. Une douce chaleur envahissait la pièce.

Au dehors, un épais brouillard rose encerclait la maison et commençait à s’effilocher.

Le bambin eut  un sourire de remerciement et d’adieu au nuage et bu le bon  chocolat fumant que sa nourrice éplorée lui apportait.

Il n’avait plus peur.

Il savait que sa nounou avait eu très peur de sa disparition et qu’elle ne le laisserait plus seul ni devant la télé, ni ailleurs.

Il savait également que quand il serait grand, il se battrait pour sauver la planète et les animaux menacés de disparition.

Il savait encore, qu’au retour de ses parents, il ne dénoncerait pas sa nourrice et ne parlerait pas de son voyage, mais il les inciterait à économiser l’eau, le chauffage…Comme il l’entendait fréquemment à la télévision !

 

Conte écrit par Joëlle Altazin suite à l'atelier d'écriture "mots migrateurs" où l'étude du conte était au programme...

par Joëlle Altazin publié dans : Nouvelle
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