Qui sommes-nous ?

Association Mots Migrateurs


L'association comprend aujourd'hui une cinquantaine de membres.


Collectif d’écrivains en Val d’Oise, ouvert à toute personne ayant un projet d’écriture : roman, recueil de nouvelles, pièce de théâtre, livre d’artistes, etc...

Une association à partager.

L’association Mots Migrateurs a pour objectifs de permettre à des écrivains, des auteurs de se rencontrer régulièrement, de faire connaître la littérature et l’écriture sous toutes ses formes, de mener toute action visant à promouvoir les écrits ou travaux littéraires de ses membres actifs, de faire vivre l’écriture contemporaine autrement.


mots.migrateurs@club-internet.fr 

www.motsmigrateurs.fr

 
Samedi 3 octobre 2009

Sauvage. Rien que l'endroit est déjà sauvage. A quelques kilomètres de la frontière italienne, dans un paysage désertique où le mistral, le soleil et la lumière font crier les pierres des collines, le bruit assourdissant d’un engin spécialisé dans le transport d’œuvres monumentales écrase le crissement des cigales. Grimpant la colline en laissant derrière lui les traces anguleuses de ses chenillettes, l’engin qui transporte une statue sanglée et protégée au maximum, stoppe sur le geste péremptoire d’une jeune femme. Elle est vêtue d’une ample blouse informe couleur de pierre qui lui bat les mollets et danse autour d’un corps que l’on devine parfait.
Il est encore très tôt, mais la chaleur fait déjà vibrer la colline. Parvenue à un endroit bien précis, ballotant dangereusement au bout de sa poulie à cause du mistral, la première des vingt-sept statues qui constitueront l’exposition de Victoire Tamina - dont la première présentation deux ans plus tôt, avait enflammé unanimement grand public et critiques d’art - est descendue lentement vers le sol, maintenue et retenue par trois ouvriers et l’artiste elle-même qui dirige les opérations de main de maître. Elle s’adresse tour à tour au cariste qui manœuvre l’engin élévateur et aux ouvriers en sueur qui manipulent la statue oscillant à vingt centimètres du sol.
- Non ! Ça ne va pas ! Remontez ! On la tourne de dix centimètres vers la droite… Non ! C’est trop. Dix centimètres. Posez ! DOUCEMENT ! Non ! Ce n’est pas ce que je veux. On recommence.
Trois fois, Victoire fait remonter la statue et exige un changement d’orientation ou d’emplacement. Enfin, la sculpture est en place et décrochée. Victoire et les hommes la débarrassent de ses protections. Au-dessus d’un socle fait du même matériau que la statue apparaît un jeune homme pétrifié dans une attitude qui met mal à l’aise : vêtu d’une simple serviette de toilette nouée autour de la taille - sculptée comme l’éphèbe avec un réalisme saisissant - il est dressé sur une seule jambe, et semble vouloir s’échapper en courant, la bouche ouverte sur un cri d’horreur muet. Victoire se recule d’une vingtaine de mètres pour juger de l’effet en se massant le bas du dos tandis que les hommes soufflent en échangeant quelques mots.
- A ce train-là, son expo sera jamais prête dans quinze jours…
- Vous avez vu ses yeux ? Moi j’arrive même pas à la regarder en face…
- Mais putain qu’elle est belle.
Aux regards frémissants que les hommes échangent, on voit qu’ils seraient tous prêts à aller déplacer la lune de deux centimètres et demi si elle le leur demandait.

Extrait de "LA PIERRESSE"
Thriller de Brigitte Bellac en recherche d'éditeur

 

Par Les mots migrateurs - Publié dans : Extrait roman
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Lundi 20 juillet 2009

Cher ami,

  J’aime faire du vélo un peu au hasard dans les rues, mais plus particulièrement sur une rue : celle de mon enfance, celle où, en vacances, j’habite encore. Pourquoi cette rue là ? Parce que parfois, il se produit un phénomène étrange assez déconcertant même pour mes voisins qui, pourtant, ont toujours habité cette rue. Ma rue se met à s’étirer démesurément. Par temps très chaud, certains soirs d’été ma rue qui mesure, normalement, environ une petite centaine de mètres,  s’allonge démesurément pour mesurer alors plus de neuf cents mètres.  Cela n’arrive qu’exceptionnellement, deux ou trois soirs dans un été, donc dans une année. Je ne boude pas mon plaisir, je roule neuf fois plus dans l’air chaud du soir et je me réjouis d’une telle dilatation. D’ailleurs mes voisins aussi adorent voir leur rue s’agrandir. Leur maison et leur jardin deviennent neuf fois plus grands. Et au prix de l’immobilier, c’est très appréciable ! Deux ou trois fois dans l’année, ils deviennent neuf fois plus riches.

  Il n’y a qu’une vieille voisine qui n’apprécie pas ces jours-là. Elle revient chez elle neuf fois plus fatiguée et peste contre ses pauvres jambes. J’ai alors un peu honte à bicyclette de prendre autant de plaisir à me laisser aller en roue libre. Mais pourquoi faut-il toujours se sentir concerné par les problèmes des autres ? Ne suis-je pas en vacances ? Un plaisir comme celui-ci ne se refuse pas. Si l’on compte bien, il y en a si peu à l’intérieur d’une vie !

  Par contre, deux ou trois soirs par an, en hiver par temps très froid, ma rue subit le phénomène inverse. Elle rétrécit. Personne n’est content. Ni mes voisins, qui se retrouvent alors dans des maisons minuscules qui ne valent plus rien sur le marché de l’immobilier, ni moi qui ne peux profiter pleinement de ma rue en roue libre. Il n’y a alors que la vieille dame qui est contente. En effet, elle revient chez elle neuf fois plus vite !

  Bien amicalement,
  Lucco

  En espérant vous rencontrer un beau soir d’été, un de ces soirs où l’espace semble continuellement nous sourire et notre temps s’étirer avantageusement, comme les chewing-gums que nous mâchions enfants.

Luc Hazebrouck (les lettres de Lucco)

 

Par Les mots migrateurs - Publié dans : Correspondance
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Dimanche 12 juillet 2009

  Cher ami,

   C’est idiot, je suis en vacances  et je suis bloqué en haut d’un rocher. Impossible d’en redescendre. Pourtant en bas, il y a ma femme et ma fille qui m’attendent avec impatience pour jouer au ballon. Je les vois : elles me font de grands signes amicaux pour que je redescende afin de participer avec elles aux plaisirs de l’été. Rester ainsi, tout seul, à cette hauteur est idiot. Pourquoi donc me suis-je laissé piéger dans une solitude aride au sommet de cette colonne de pierre ? Impossible de contempler ou de créer quoi que ce soit. Je le vois bien. Un espace peu enviable : minuscule, pas du tout confortable, sans aucune indication pour la descente. Quel Idiot je fais ! Idiot, Idiot, Idiot ! J’atteins vraiment là des sommets.

    Pendant que ma femme et ma fille courent sur une belle pelouse ensoleillée, j’assiste dans mon désert de pierre à mon combat.  Tout là-haut, je combats l’ange… C’est dire si c’est un combat élevé ! Il faut atteindre de telles hauteurs que j’en ai le vertige. Je ne suis pas très valeureux, même si je m’acharne. Je trouve tout de même que mon combat ne me grandit pas aux yeux de l’ange. Au fond, si je regarde les choses en face, ma solitude m’est insupportable. Elle est stérile. Pourtant je sais, par expérience, qu’il existe une solitude bénéfique.  Mais l’ange qui est, on dira ce qu’on voudra, un mauvais diable, ne me l’accorde pas.  Pendant que ma femme et ma fille me crient joyeusement de venir les rejoindre, je pousse d’autres cris qui échouent à se muer en sons audibles. Des cris muets. Des cris de révolte face à un ange indifférent. C’est bête, pendant qu’elles vivent, en bas, le bonheur du corps en fête, je ne partage, en haut, que les tumultes intérieurs de mon esprit.

  Avant de partir en vacances, en famille, il faudrait toujours avoir sur soi une petite échelle télescopique portative qui permettrait de descendre à volonté du haut de son rocher afin de revenir sans effort vers sa famille. De nos jours, on invente tellement de gadgets inutiles !

  Je rumine ma cause. Voyons : combien faudrait-il de barreaux pour mon échelle ? Une bonne quinzaine, ce serait parfait pour monter et descendre avec un maximum de confort. J’éviterais la solitude aride et pourrais être solidaire des miens. J’aborderais alors en confiance mon combat… Croyez-vous qu’il soit possible de trouver une échelle de ce type en brocante ? Avec ma femme et ma fille nous allons bientôt chiner. J’attends de votre côté vos recherches.

En attendant, je vous souhaite, avec ou sans échelle, dans votre vie contemplative et créatrice une solitude salutaire pour réussir vos projets.
 
 Bien amicalement
          Lucco


Luc Hazebrouck (les lettres de Lucco)

Par Les Mots Migrateurs - Publié dans : Correspondance
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Vendredi 26 juin 2009

Atelier d'écriture animé par Marie Souffron ; membre des Mots Migrateurs
Collège de La Justice à Cergy - Année 2008-2009 - Classe UPI TSL
Textes écrits par les élèves en fin d'atelier sur un marque-page pour remercier leur "professeur".

Ecrire...
"Pour moi, c'est un moyen de garder les choses que j'ai imaginées. J'aime partager les textes avec mes camarades." Nicolas

"L'atelier m'a appris à travailler avec les autres." Kevin

"L'atelier d'écriture m'a donné beaucoup de plaisir." Thomas

"Grâce à vous, maintenant, j'aime lire." Krystian

"J'ai aimé partager mon travail avec les autres et faire travailler mon imagination." William

"J'ai bien aimé travailler avec tout le monde et mettre en commun nos imaginations." Mickaël

"Pour ma part, l'atelier d'écriture c'est une chose qui m'inspire beaucoup et m'aide à réfléchir et à partager des idées avec d'autres." Adéwalé

"C'était un plaisir de travailler avec tout le monde ; ça m'a appris à écrire des mots et je vous remercie." Teddy

 

Par Mots Migrateurs - Publié dans : Témoignage
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Samedi 9 mai 2009

Inventer des maisons parasols pour les protéger de la peine.
Créer des livres parapluies pour ensoleiller les mots.
Dessiner des nuages de toutes les formes pour entendre rire le ciel.
Fabriquer des cœurs papillons pour que s’envolent les souffrances.
Construire des cathédrales en verre pour réchauffer les âmes perdues.
Semer des arbres médecines pour panser les plaies du monde.
Danser sur l’horizon pour retenir le soleil couchant.
Chanter à tue-tête pour que le printemps s’éternise.
Colorer le noir pour le broyer à jamais.
Marcher sur les silences pour qu’on les entende.
Allumer les étoiles en plein jour pour aller vers demain.
Il faudrait abandonner ta chrysalide pour renaître à la vie…

Marie-Laure Bigand

Par Les Mots Migrateurs - Publié dans : Poésie
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Mercredi 22 avril 2009

Non, attendez... laissez- moi prendre ma respiration, voilà !
"Il faut que je vous dise", le deuxième roman de Marie Souffron vient d'être publié !
Non, ce n'est pas une plaisanterie, je vous assure !
Son éditrice, Laura Mare, que nous savons présente ici par la pensée et la passion, et que nous remercions vivement, ... a fait un très beau travail.
"Il faut que je vous dise", le deuxième roman de Marie Souffron existe, je l'ai rencontré !
Voici un roman comme on les aime, plein de vie et de "je t'aime" à chaque page. En parcourant ses lignes, nous voyageons dans nos envies, nos peurs, nos rêves d'enfants et nos folies d'adultes...
L'auteur et le roman ne font qu'un, tellement imbriqués l'un dans l'autre que si vous caressez du regard les pages de l'ouvrage, vous sentez instantanément, à l'autre bout de la pensée, une écrivaine qui frisonne...
"Il faut que je vous dise..." est un livre au corps plein d'émotions, pour vivre une histoire d'amour posthume, un compte à rebours de la vérité, ou l'art de faire semblant.
Quentin, est un héros magicien qui a perdu sa plus belle étoile ! Il est brûlé par la douleur. Et, il ne sait pas, il souffre, il ne sait pas comment dire aux enfants, à ses enfants, Tom et Charlotte, que leur mère est partie.
La magie suffira-t-elle à ressusciter la maman disparue ?
"Il faut que je vous dise..." est le titre du roman, comme une promesse, comme une épreuve, comme un soulagement. Combien d'entre nous ont été marqué(e)s dans leur vie, le jour où ils ont osé enfin dire à leur père, à leur mère, à leur frère ou soeur, à leur meilleure ami(e), à leur conjoint.... "tu sais, il faut que je te dise..."
C'est cela Marie Souffron, un style bien à elle, qui mûrit au fil invisible de ses romans.
Plutôt que de suspens, je préférerais parler d'accouchement. Il y a un rite, pour ne pas dire un rythme de passage, avant d'aboutir à la délivrance.
En fine psychologue, Marie sait parler de choses graves avec une écriture d'espérance.
On ne lit pas du Marie Souffron, on le vit de l'intérieur.
Quelle chance nous avons de la compter parmi les membres des Mots Migrateurs.
"Il faut que je vous dise...", Marie n'écrit pas des romans, elle écrit la vie magnifiquement...
Et c'est troublant ! Et c'est formidable ! (chuchoté). Merci.

Discours de Philippe Raimbault – Président des Mots Migrateurs.
Lancement du livre de Marie Souffron « Il faut que je vous dise » au Château de Théméricourt (95) le 14 avril 2009.

Par Les mots migrateurs - Publié dans : Note de lecture
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Samedi 18 avril 2009

J’ai trop longtemps marché
Sur ces chemins de pierres,
Ne pouvant espérer
De mes nuits solitaires,
Que les parfums sucrés
D’un amour suicidaire.

Or mes pas ont laissé
Sur ces sentiers de terre,
Les traces d’un passé
Que les vents ont fait taire.

J’ai posé ce bagage
Et regardé derrière,
Comme le ferait un sage
Observant les chimères,
Pour ne voir de cet âge
Que tempête et poussière.

Le cœur plein de courage,
J’ai mis mon âme à terre,
Embrassant le rivage
D’un océan désert.

Peu m’importe où me guident mes pas,
Ils suivent le chemin menant à mon destin.

 

Dabat.D.1996

 

Par V. Gabralga - Publié dans : Poésie
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Samedi 11 avril 2009

Les pas de l’étrangère sont si légers ce soir, sur la poussière blonde du chemin. Le vent effiloche encore quelques rares nuages et les rassemble patiemment au-dessus du bosquet où ils s’enroulent en volutes nonchalantes, deviennent moutons blancs pour offrir leurs flancs à la caresse rose du soleil qui commence à descendre vers la colline, là-bas.
Dans la plaine dorée, les blés murs ont frémi, leur tête agitée d’une houle nouvelle.
Comme d’énormes voiles poussiéreuses, de l’horizon s’élèvent d’inquiétantes nuées, et l’air vibre au loin d’un sourd grondement.
Tapie dans ce nuage de terre et de son, la bête rutilante, articulations bien huilées, mâchoires acérées, poursuit en grommelant sa marche régulière, inexorablement dessine dans les champs une nouvelle géométrie.
Les grands blés ont cédé la place aux chaumes. Leurs grains dodus gavés de chaleur s’entassent dans la profonde remorque du camion que les deux hommes voudraient bien ramener à la ferme avant la nuit.
Quentin, droit campé sur ses deux pieds de fier et honnête paysan, calcule déjà dans sa jeune tête le profit de la récolte, élabore des projets qu’il soumettra à l’approbation de l’aîné.
C’est que Maxime, de toute la puissance de sa massive stature, patient, endurant et solide comme le vieux chêne, en impose encore à son cadet
Il est descendu posément de la moissonneuse et s’attarde auprès d’elle comme autrefois il voyait son père, reconnaissant du travail accompli, s’attarder auprès des chevaux, lève vers le ciel un visage dense et grave, comme façonné de la terre généreuse de son pays, roule dans sa grande main la promesse des grains blonds et se décide enfin à rejoindre le jeune homme.
Il est descendu posément de la moissonneuse et s’attarde auprès d’elle comme autrefois il voyait son père, reconnaissant du travail accompli, s’attarder auprès des chevaux, lève vers le ciel un visage dense et grave, comme façonné de la terre généreuse de son pays, roule dans sa grande main la promesse des grains blonds et se décide enfin à rejoindre le jeune homme.

Satisfaits de la journée qui s’achève, unis dans une même fatigue et laissant pour demain les mots qui parfois désunissent, ils échangent enfin un sourire complice et « en route, faudrait pas tarder, le ch’tiot nous attend à la maison»
C’est à cet instant qu’elle prend conscience qu’ils ont remarqué sa présence.
Petite silhouette grise au bord du chemin, ses pas l’ont conduite, une fois de plus, à la limite raisonnable pour une promenade solitaire, là où les dernières maisons du village côtoient les vastes étendues céréalières, à l’orée de la mélancolie terrée sous l’or pale des champs.
Elle a tant aimé hier, lorsque le froid soleil d’hiver l’invitait au dehors, deviner sous la neige la griffe brune des sillons labourés ; et c’est avec une attention presque maternelle qu’elle suivait, du printemps à l’été, l’éclosion progressive des couleurs, des pastels vert pâle réveillant les taillis et les haies jusqu’aux nuances bleutées de la naissance des blés ; Sous la lumière changeante des ciels de Picardie, elle les a vus grandir et troquer leur livrée verte pour une parure d’or, s’est enivrée dans l’air tremblant des soirs d’été, de leur suave senteur mêlée à celle de la terre encore chaude.
Et ce soir, comme maint autre soir, leur nécessaire chute sous les lames mécaniques ravive en elle des souvenirs, évoque d’autres fins….

Elle salue simplement les deux hommes d’un discret mais amical signe de tête : « Bonsoir », juste mesure pour ne passer ni pour une sauvage, ni pour une « pimbêche de la ville ».
Bientôt, il faudra qu’elle aille à la mairie, et peut-être au café ou au presbytère, chiner quelques renseignements ; elle doit avoir un entretien avec le maire et rencontrer certains de ses administrés.
Demain, elle devra trahir sa chère solitude pour investir un peu le village, chercher réponse à ses questions, s’imprégner autant que possible de cette humanité campagnarde qu’elle craint d’avoir oubliée, mais dont il lui revient des bouffées de souvenirs rescapés du plus profond de l’enfance.
Demain … est un autre jour.
Pour l’heure, se hâter vers l’abri de son modeste logis temporaire ; ne pas tenter le sort en traînant plus tard au dehors.

Hélène Buscail – Début de son roman « Un écureuil dans les blés ou l’enfant de papier ».

 

Par Mots Migrateurs - Publié dans : Extrait roman
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Dimanche 29 mars 2009

A quelques kilomètres de la frontière italienne, dans un paysage désertique où le mistral, le soleil et la lumière font crier les pierres des collines, le bruit assourdissant d’un engin spécialisé dans le transport d’œuvres monumentales écrase le crissement des cigales.
Grimpant la colline en laissant derrière lui les traces anguleuses de ses chenillettes, l’engin qui transporte une statue sanglée et protégée au maximum, stoppe sur le geste péremptoire d’une jeune femme. Elle est vêtue d’une ample blouse informe couleur de pierre qui lui bat les mollets et danse autour d’un corps que l’on devine parfait.
Il est encore très tôt, mais la chaleur fait déjà vibrer la colline. Parvenue à un endroit bien précis, ballotant dangereusement au bout de sa poulie à cause du mistral, la première des vingt-sept statues qui constitueront l’exposition de Victoire Tamina - dont la première présentation deux ans plus tôt, avait enflammé unanimement grand public et critiques d’art - est descendue lentement vers le sol, maintenue et retenue par trois ouvriers et l’artiste elle-même qui dirige les opérations de main de maître. Elle s’adresse tour à tour au cariste qui manœuvre l’engin élévateur et aux ouvriers en sueur qui manipulent la statue oscillant à vingt centimètres du sol.
- Non ! Ça ne va pas ! Remontez ! On la tourne de dix centimètres vers la droite… Non ! C’est trop. Dix centimètres. Posez ! DOUCEMENT ! Non ! Ce n’est pas ce que je veux. On recommence.
Trois fois, Victoire fait remonter la statue et exige un changement d’orientation ou d’emplacement.
Enfin, la sculpture est en place et décrochée. Victoire et les hommes la débarrassent de ses protections. Au-dessus d’un socle fait du même matériau que la statue apparaît un jeune homme pétrifié dans une attitude qui met mal à l’aise : vêtu d’une simple serviette de toilette nouée autour de la taille - sculptée comme l’éphèbe avec un réalisme saisissant - il est dressé sur une seule jambe, et semble vouloir s’échapper en courant, la bouche ouverte sur un cri d’horreur muet.
Victoire se recule d’une vingtaine de mètres pour juger de l’effet en se massant le bas du dos tandis que les hommes soufflent en échangeant quelques mots.
- A ce train-là, son expo sera jamais prête dans quinze jours…
- Vous avez vu ses yeux ? Moi j’arrive même pas à la regarder en face…
- Mais putain qu’elle est belle.
Aux regards frémissants que les hommes échangent, on voit qu’ils seraient tous prêts à aller déplacer la lune de deux centimètres et demi si elle leur demandait.
*
Au fil des jours qui passent, malgré la difficulté de l’ouvrage et la chaleur accablante, les ouvriers, subjugués par le charisme de Victoire et sa beauté - donnent le meilleur d’eux-mêmes jusqu’à travailler de l’aube au crépuscule, week-ends compris. Entre eux, ils la surnomment : ‘La Pierresse’.
C’est ainsi qu’une semaine plus tard, la colline s’est peuplée de vingt et un hommes pétrifiés. L’un d’eux, totalement nu, est lové paisiblement dans la posture d’un dormeur confiant, à moitié recouvert d’un drap de pierre. Un autre est à genoux, les mains tendues, implorant la pitié. Un autre encore, simplement vêtu d’un short, est à quatre pattes, les fesses en l’air, la langue pendante, dans l’attitude d’un chien qui veut jouer avec la balle qu’il tient entre ses mains. Chacun a une posture particulière, de la plus morbide à la plus surprenante, souvent dérangeante, parfois franchement comique. Mais ce qui est commun à tous ces hommes, c’est la beauté et l’harmonie de leurs jeunes corps musclés et souples. Toutes ces statues sont d’un naturel et d’un réalisme si puissants que l’on s’attend à chaque instant à ce qu’ils se mettent à bouger et poursuivent leur mouvement.
Les éclats de quartz du matériau dans lequel ils ont été sculptés jettent mille feux sur la colline écrasée de soleil. S’inscrivant dans le paysage, selon un plan déterminé, ces hommes de pierre, érigés parmi les pierres, font une impression très étrange.
A chaque nouvelle statue en place, armée d’un maillet, Victoire, la bouche entrouverte et la respiration haletante, donne avec amour un petit coup de burin par ci, un léger coup de ciseau par là, peaufinant son œuvre jusqu’à la dernière minute, rectifiant de quelques microns le drapé d’un vêtement, une fossette légère au creux d’un menton ou l’ondulation d’une chevelure. Parfois, son doigt s’attarde sensuellement sur l’ovale d’un visage ou sur la saignée d’un bras.
L’artiste caresse ses statues.


Brigitte Bellac (début de son roman « La Pierresse », en cours d’écriture)

Par Mots Migrateurs - Publié dans : Extrait roman
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Mercredi 25 mars 2009

Vous m’avez écrit pour rendre ce livre, Belle du Seigneur, que j’ai gardé un peu trop longtemps chez moi. C’est vous qui me l’aviez conseillé, rappelez-vous. Ne m’en veuillez pas, mais vous aviez glissé votre parfum entre ses pages magnifiques, tout comme j’y glisse cette lettre, et quand je l’ouvrais vous étiez avec moi, je respirais votre présence. Trouvez-y mon cœur, à présent. Vous êtes la nouvelle bibliothécaire – quel nom barbare pour un si joli métier ! Il est aussi dur et sans charme que vous êtes douce et gracieuse. Aussi, belle gardienne des livres, je vous ai donné ce nom : Lirelei. Fée des eaux calmes de la lecture.
Bien sûr, vous avez remarqué que je vous dévore du regard, car depuis votre arrivée ici, je viens presque tous les jours. Ma thèse sur le cinéma nippon, c’est du bidon. Mais j’adore vous demander de me mettre des ouvrages de côté : comme ça, vous vous occupez un peu de moi. Avez-vous lu le petit poème que j’ai laissé pour vous dans l’Attrape-Cœur de J.D. Salinger ? Non, visiblement. Tant mieux. Je suis un poète mal engagé. Mais si vous lisiez en moi comme si j’étais le dernier Modiano, comme si j’étais un être de mots, vous sauriez que je suis là pour vous, rien que pour voir vos beaux yeux bleu-vert effleurer ces pages dont je suis jaloux. Oui, je voudrais être un livre pour épouser vos yeux.
Je vous guette de derrière les rayonnages, tout en faisant mine de chercher un titre. Lorsque vos fines mains caressent avec amour le vieux cuir scarifié d’un volume rare de la Comédie Humaine, je frémis de tout mon être. Ah ! Si je pouvais être votre livre de chevet, effleurer votre délicat visage avec mes pages, recueillir vos éclats de rire et vos soupirs, boire vos larmes comme un buvard, sentir votre sein palpiter au moment où vous vous endormez sur moi, clore vos paupières quand vous glissez dans le sommeil pour m’emporter avec vous au pays des songes… Je serais, ma Lirelei, le plus heureux des hommes, l’ivre de joie permanent !
Celui qui vous offre son cœur de lecteur amoureux,


Votre Marc Page


Lettre de Jean Gennaro pour "Partagez l’émotion du Courrier"
Concours de lettres d’amour

 

Par V. Gabralga - Publié dans : Correspondance
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